Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Серия: Le Seigneur des Anneaux #1
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois
- ISBN: 9782267027419
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
« Demi-tour, demi-tour ! cria Aragorn. Virez ! Virez si vous le pouvez ! » Il enfonça sa pagaie dans l’eau pour retenir l’embarcation et la faire tourner tête à queue.
« Je me suis trompé dans mes calculs, dit-il à Frodo. Je n’avais pas idée que nous étions parvenus si loin : l’Anduin coule plus vite que je ne le croyais. Le Sarn Gebir doit être déjà tout près. »
Au prix de maints efforts, ils stoppèrent les bateaux et les firent lentement virer de bord ; mais au début, ils ne purent beaucoup avancer contre le courant, qui les entraînait toujours plus près de la rive orientale. Elle s’élevait de plus en plus haut dans la nuit, sombre et menaçante.
« Tous ensemble, pagayez ! cria Boromir ! Pagayez ! Ou nous irons nous fracasser sur les écueils. » À ce moment même, Frodo sentit sous lui la quille racler la pierre.
Des cordes d’arc vibrèrent alors : plusieurs flèches sifflèrent au-dessus de leurs têtes, et quelques-unes tombèrent parmi eux. L’une d’elles atteignit Frodo entre les omoplates, et il plongea en avant avec un cri, lâchant sa pagaie ; mais la flèche retomba, déjouée par sa cotte de mailles invisible. Une autre traversa le capuchon d’Aragorn ; et une troisième se ficha dans le plat-bord de la seconde barque, près de la main de Merry. Sam crut discerner des formes sombres courant çà et là sur les plages de galets qui s’étendaient sous la berge orientale. Elles semblaient très proches.
« Yrch ! » fit Legolas, s’exclamant dans sa propre langue.
« Des Orques ! » cria Gimli.
« Y a du Gollum là-dessous, je parie, dit Sam à Frodo. Et ils ont choisi un bon endroit, en plus. On dirait que le Fleuve nous entraîne tout droit dans leurs bras ! »
Tous se penchèrent en avant, faisant force de rames : même Sam y mit du sien. À tout moment, ils s’attendaient à sentir la morsure de flèches empennées de noir. Elles piaulaient au-dessus d’eux en grand nombre, ou pleuvaient sur l’eau alentour ; mais aucune autre ne fit mouche. Il faisait noir, mais pas assez pour faire échec à la vision nocturne des Orques ; et à la lueur des étoiles, la Compagnie devait offrir une assez bonne cible à ces tireurs experts – à moins que les capes grises de la Lórien et le bois gris des bateaux elfiques n’aient déjoué la malveillance des archers du Mordor.
Ils pagayèrent sans relâche. Dans les ténèbres, ils n’étaient jamais vraiment sûrs d’avancer réellement ; mais peu à peu, les remous diminuèrent et l’ombre de la rive orientale se fondit de nouveau dans la nuit. Enfin, pour autant qu’ils aient pu en juger, ils avaient regagné le milieu du cours d’eau et ramené leurs embarcations à quelque distance en amont de la saillie rocheuse. Puis, virant à demi, ils les poussèrent de toutes leurs forces vers la rive occidentale. Ils s’arrêtèrent dans l’ombre de buissons penchés au-dessus de l’eau et reprirent leur souffle.
Legolas déposa sa pagaie et se saisit de l’arc qu’il avait reçu en Lórien. Il bondit alors sur la terre ferme et remonta la berge de quelques pas. Il banda son arc et mit la corde en place, puis encocha une flèche et se retourna, scrutant les ténèbres sur le Fleuve. Des cris stridents montaient de l’autre côté, mais rien ne se voyait.
Frodo leva les yeux vers l’Elfe au-dessus de lui, dressé de toute sa hauteur et sondant la nuit en quête d’une cible. Sa tête était sombre, couronnée d’étoiles blanches et perçantes qui scintillaient derrière lui dans les étangs noirs du ciel. Mais les grands nuages déployèrent leurs voiles et montèrent alors du Sud, dépêchant de sombres avant-coureurs dans les champs étoilés. Une peur soudaine s’empara de la Compagnie.
« Elbereth Gilthoniel ! » soupira Legolas, levant la tête. Et à ce moment même, une forme noire – tel un nuage, mais non un vrai nuage, car elle allait beaucoup plus vite – se détacha de la noirceur du Sud et vola vers la Compagnie, avalant toute lumière à son approche. Bientôt, elle prit l’aspect d’une grande créature ailée, plus noire que les puits du ciel. Sur l’autre rive, des voix féroces s’élevèrent pour l’accueillir. Frodo se sentit parcouru d’un soudain frisson qui l’agrippa au cœur ; et un froid mortel, comme le souvenir d’une vieille blessure, lui glaça l’épaule. Il s’accroupit comme pour se cacher.
Soudain, le grand arc de Lórien chanta. La flèche siffla, quittant la corde elfique. Presque au-dessus de l’Elfe, la forme ailée plongea brusquement. Il y eut un cri éraillé, semblable à un croassement, tandis qu’elle s’écrasait du haut des airs et disparaissait dans les ténèbres de la rive opposée. Le ciel retrouva sa pureté. Un tumulte s’éleva, comme de nombreuses voix jurant et gémissant dans l’obscurité, puis ce fut le silence. Plus une flèche, plus un cri ne vint de l’est cette nuit-là.
Au bout d’un moment, Aragorn les fit remonter le courant. Ils longèrent la rive sombre sur quelque distance, jusqu’à une anse peu profonde. Là, quelques arbres bas poussaient au bord de l’eau, sous une berge rocheuse et escarpée. La Compagnie décida de s’y arrêter pour attendre l’aube : il était inutile de tenter d’aller plus loin cette nuit-là. Ils ne firent aucun campement et n’allumèrent aucun feu, mais se blottirent au fond des embarcations amarrées les unes auprès des autres.
« Loués soit l’arc de Galadriel, et la main et l’œil de Legolas ! dit Gimli, tout en mastiquant une gaufrette de lembas. C’était un formidable tir à l’aveugle, ça, mon ami ! »
« Mais qui saurait dire ce qu’il a touché ? » dit Legolas.
« Pas moi, dit Gimli. Mais je suis content que l’ombre n’ait pu s’approcher davantage. Je ne l’aimais point du tout. Elle me rappelait trop l’ombre que j’ai vue en Moria – l’ombre du Balrog », acheva-t-il en un murmure.
« Ce n’était pas un Balrog, dit Frodo, encore frissonnant. C’était quelque chose de plus froid. Je crois que c’était… » Puis il s’arrêta et demeura silencieux.
« Que croyez-vous ? » demanda Boromir avec avidité, se penchant hors de sa barque, comme s’il voulait entrevoir le visage de Frodo.
« Je crois… Non, je ne veux pas le dire, répondit Frodo. Mais qu’importe ce que c’était, sa chute a semé le désarroi chez nos ennemis. »
« Il semblerait que oui, dit Aragorn. Mais où ils sont, et combien, et ce qu’ils feront ensuite, nous n’en avons pas la moindre idée. Cette nuit, nous serons tous privés de sommeil ! L’obscurité nous enveloppe, pour l’instant. Mais qui sait ce que le jour révélera ? Gardez vos armes à portée de main ! »
Sam contemplait le ciel en tapotant la poignée de son épée, comme s’il comptait sur ses doigts. « C’est très étrange, murmura-t-il. La Lune est la même dans le Comté et la Contrée Sauvage, ou en tout cas elle le devrait. Mais soit qu’elle a changé sa course, soit je me fourre le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Vous vous rappelez, monsieur Frodo, la Lune décroissait quand on a passé la nuit sur le flet en haut de l’arbre : à vue de nez, elle devait avoir été pleine une semaine avant. Hier, il y avait à peine une semaine qu’on était repartis, et v’là qu’une nouvelle lune apparaît, mince comme une rognure d’ongle, comme si on n’était jamais restés dans le pays des Elfes.
« Eh bien, moi, je me rappelle d’au moins trois nuits là-bas, et j’ai comme l’impression qu’il y en a eu bien d’autres, mais je mettrais ma main au feu que c’était pas un mois complet. C’est comme si le temps avait pas compté, dans le pays des Elfes ! »
« C’est bien possible, dit Frodo. Là-bas, nous vivions peut-être en un temps qui, partout ailleurs, est révolu depuis longtemps. C’est quand l’Argentine nous a ramenés sur les eaux de l’Anduin, je pense, que nous avons retrouvé le temps qui s’écoule dans les terres mortelles, jusqu’à la Grande Mer. Et je n’ai vu aucune lune, nouvelle ou autre, à Caras Galadhon : rien que les étoiles de nuit et le soleil de jour. »