Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Серия: Le Seigneur des Anneaux #1
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois
- ISBN: 9782267027419
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
Sous les étoiles argentées brillant à Toujoursoir,
Auprès des murs de Tirion des Elfes d’Eldamar.
À Eldamar, ses feuilles d’or longtemps ont bourgeonné
De mille et une feuillaisons aux branches des années.
Mais ici-bas, de ce côté des Mers Séparatrices,
Les arbres pleurent leur hiver comme autant d’Elfes tristes.
Ô Lórien ! L’Hiver s’en vient, la longue Journée morte.
Les feuilles choient dans le courant, le Fleuve les emporte.
Sur ce Rivage, trop longtemps, je me suis attardée
Tissant les gerbes desséchées de l’elanor dorée.
Mais si je chantais un vaisseau, lequel viendrait à moi ?
Lequel pourrait, ô Eldamar, m’emporter jusqu’à toi ?
Tandis que le Navire-Cygne l’abordait, Aragorn arrêta sa barque. La Dame acheva sa chanson et les salua. « Nous sommes venus vous dire un dernier adieu, dit-elle, et vous souhaiter bon voyage en prodiguant les bienfaits de notre pays. »
« Bien que vous ayez été nos hôtes, dit Celeborn, vous n’avez encore jamais mangé en notre compagnie ; ainsi, nous vous convions à un festin d’adieu, ici entre les eaux vives qui vous emporteront loin de la Lórien. »
Le Cygne poursuivit lentement sa descente jusqu’au quai, et ils tournèrent leurs embarcations pour le suivre. Là, sur l’herbe verte, à la toute dernière extrémité d’Egladil, se tint le festin d’adieu ; mais Frodo but et mangea très peu, tout absorbé par la beauté de la Dame, et par sa voix. Elle ne semblait plus désormais périlleuse ou terrible, ni investie d’un pouvoir caché. Déjà, elle lui paraissait telle que les Elfes apparaissent encore parfois aux hommes des jours ultérieurs : présente et lointaine à la fois, une vision animée de ce que le flot continuel du Temps a pourtant laissé loin derrière.
Après qu’ils eurent mangé et bu, assis sur le gazon, Celeborn les entretint à nouveau de leur voyage. Levant la main, il désigna les bois qui s’étendaient au sud de la Langue.
« À mesure que vous descendrez sur l’eau, dit-il, vous verrez les arbres disparaître, et vous arriverez dans une terre inculte. Là-bas, le Fleuve coule dans des vallées rocheuses au milieu de hautes landes, jusqu’à ce qu’enfin, après bien des lieues, il gagne la haute île de l’Aigreroc, que nous appelons Tol Brandir. Là, il passe ses bras autour des rives escarpées de l’île et se jette alors avec grand bruit et vapeur dans les cataractes du Rauros, au pied desquelles s’étend le Nindalf, ou Plain-Palus, comme on l’appelle dans votre langue. Il s’agit d’une vaste région de marais stagnants où le Fleuve devient tortueux et divise beaucoup ses eaux. C’est à cet endroit que se déversent les multiples bouches de l’Entévière, qui trouve sa source à l’ouest, dans la forêt de Fangorn. De part et d’autre de cette rivière, de ce côté-ci du Grand Fleuve, s’étend le Rohan. Sur l’autre rive se trouvent les mornes collines des Emyn Muil. Là-bas, le vent souffle de l’est, car elles donnent vue sur les Marais Morts et les Terres Désertes jusqu’à Cirith Gorgor et aux portes noires du Mordor.
« Boromir, et tous ceux qui iront avec lui pour gagner Minas Tirith, feraient bien de quitter le Grand Fleuve en amont du Rauros et de franchir l’Entévière avant qu’elle n’atteigne les marécages. Mais ils devraient se garder de trop remonter cette rivière, au risque de s’empêtrer dans la forêt de Fangorn. C’est un étrange pays dont on ne connaît pas grand-chose de nos jours. Mais Boromir et Aragorn n’ont, sans nul doute, aucun besoin de cet avertissement. »
« Assurément, nous avons entendu parler de Fangorn à Minas Tirith, dit Boromir. Mais ce que j’ai entendu dire ressemble bien souvent à des contes de bonne femme, comme on en raconte à nos enfants. Tout ce qui est au nord du Rohan nous paraît désormais si lointain que l’imagination peut s’y mouvoir à sa guise. Jadis, Fangorn se trouvait aux frontières de notre royaume ; mais aucun d’entre nous ne l’a plus visitée de la vie de maints hommes, histoire de prouver ou de réfuter les légendes qui nous sont héritées des années lointaines.
« Moi-même, il m’est arrivé d’aller au Rohan, mais je ne l’ai jamais traversé vers le nord. Quand j’ai été dépêché comme messager, je suis passé par la Brèche au pied des Montagnes Blanches, et j’ai franchi l’Isen et le Grisfleur pour me rendre en Norlande. Un long et pénible voyage. Quatre cents lieues j’ai comptées, et il m’a fallu plusieurs mois pour les parcourir ; car j’ai perdu mon cheval à Tharbad, en passant à gué le Grisfleur. Fort de ce voyage, et du chemin parcouru depuis avec cette Compagnie, je ne doute pas d’être capable de traverser le Rohan, et Fangorn aussi, à la rigueur. »
« Je n’ai donc rien à ajouter, dit Celeborn. Mais ne dédaignez pas la tradition qui nous vient des années lointaines ; car souvent il se trouve que les bonnes femmes gardent en mémoire le récit de choses que les sages se devaient autrefois de savoir. »
Lors Galadriel se leva de l’herbe moelleuse, et prenant d’une de ses demoiselles une coupe, elle la remplit d’hydromel blanc et la remit à Celeborn.
« Il est maintenant temps de boire la coupe d’adieu, dit-elle. Buvez, Seigneur des Galadhrim ! Et que votre cœur ne soit pas triste, quoique la nuit doive suivre le midi et que déjà, notre soir approche. »
Elle porta alors la coupe à chacun des membres de la Compagnie, les invitant à boire et à faire bonne route. Mais quand ils eurent tous bu, elle leur enjoignit de se rasseoir sur l’herbe, et des chaises furent installées pour elle et pour Celeborn. Ses demoiselles se tinrent en silence auprès d’elle, et elle observa un moment ses invités. Enfin, elle parla de nouveau.
« Nous avons bu la coupe de la séparation, dit-elle, et les ombres s’interposent entre nous. Mais avant que vous nous quittiez, voici des présents que j’ai apportés dans mon navire, et qui vous sont offerts par le Seigneur et la Dame des Galadhrim, en souvenir de la Lothlórien. » Elle les appela alors chacun à tour de rôle.
« Voici le cadeau de Celeborn et de Galadriel au chef de votre Compagnie », dit-elle à Aragorn, et elle lui donna un fourreau spécialement conçu pour épouser la forme de son épée. Il était recouvert d’un motif de fleurs et de feuilles, fait d’or et d’argent ouvrés, et incrusté de gemmes traçant en runes elfiques le nom d’Andúril et le lignage de l’épée.
« L’épée tirée de ce fourreau ne sera jamais souillée ni brisée, même dans la défaite, dit-elle. Mais désires-tu autre chose de moi avant que nous nous séparions ? Car les ténèbres monteront entre nous, et il se peut que nous ne nous revoyions jamais, si ce n’est loin d’ici, sur une route dont on ne revient pas. »
Et Aragorn répondit : « Madame, vous connaissez tout mon désir, et vous avez longtemps gardé le seul trésor auquel j’aspire. Mais il ne vous appartient pas de me le donner, quand même vous le souhaiteriez ; et seule la voie des ténèbres m’y conduira. »
« Ceci pourrait néanmoins soulager votre cœur, dit Galadriel ; car il m’a été confié pour que je vous le donne, si jamais vous passiez par ici. » De son giron, elle souleva alors une grande pierre vert clair, montée sur une broche d’argent ouvré en forme d’aigle aux ailes déployées ; et comme elle l’élevait, la gemme étincela tel le soleil jouant à travers les feuilles printanières. « Cette pierre, je l’ai donnée à Celebrían, ma fille, qui l’a donnée à la sienne ; et voici qu’elle vous est remise en signe d’espoir. Prends aujourd’hui le nom qui t’est prédestiné, Elessar, la Pierre-elfe de la Maison d’Elendil ! »
Aragorn accepta alors la pierre et épingla la broche à sa poitrine, et ceux qui le virent en furent saisis ; car ils n’avaient jamais remarqué combien sa taille et son port étaient majestueux, et ils eurent l’impression que maintes années de labeur étaient tombées de ses épaules. « Pour tous les cadeaux que vous m’avez faits, je vous remercie, dit-il, ô Dame de Lórien dont furent issues Celebrían et Arwen l’Étoile du Soir. Peut-il y avoir plus grand éloge ? »