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Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]

Электронная книга - «Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, planète géante, le pouvoir est partagé entre le Coronal qui représente, le Pontife qui administre, et la Dame des Rêves qui inspire dans leur sommeil les milliards d’humains et de membres d’autre espèces.
A la mort d’un Pontife, le Coronal lui succède et nomme un nouveau Coronal. Jamais dans l’histoire multimillénaire de Majipoor, aucun n’a choisi son propre fils.
Or, mille ans avant le règne de Lord Valentin, tandis que le Pontife Prankipin agonise, les ambitions attisent les passions. Prestimion est le candidat idéal bien qu’il n’ait pas été encore désigné par le Coronal en titre, Lord Confalume.
Mais Confalume a un fils, Korsibar, d’autant de prestance que Prestimion. Et dont la soeur jumelle, la belle Thismet, est ambitieuse pour deux.
Sous le règne pacifique et prospère de Prankipin, adepte des sciences occultes, oracles, mages et sorciers ont conquis la faveur des grands, puis de tout le peuple, embrumant les esprits et répandant le désir de connaître et de maîtriser l’avenir.
La guerre qui s’annonce, dont personne ne veut, risque d’être aussi celle des ténèbres.
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— J’espère que vous réussirez, Svor. À votre avis, ajouta-t-elle un peu plus tard, comme si elle n’avez pas déjà posé la question, le prince Prestimion croira-t-il à la sincérité de mon repentir ?

Prestimion n’avait pas éprouvé un tel choc depuis le jour déjà lointain où il avait découvert en entrant dans la Cour des Trônes Korsibar sur le siège du Coronal, le front ceint de la couronne à la constellation. Thismet était dans le campement ? Elle demandait à être reçue sans délai dans sa tente, en tête à tête ?

Il lui semblait irréel qu’elle soit venue dans un endroit si écarté. Cette apparition qui s’offrait à ses regards devait être l’œuvre des sorciers. Mais non, elle était bien réelle, cela ne faisait aucun doute. Vêtue de guenilles. La chevelure ébouriffée. Sans aucun bijou, sans la plus petite trace de maquillage. Les traits tirés, le visage fatigué. Elle ressemblait beaucoup plus à une fille de cuisine qu’à la fille d’un souverain et la sœur d’un autre ; mais la grâce majestueuse qui émanait d’elle, les yeux ardents, les lèvres pleines, le modelé délicat du visage, tout lui disait qu’il s’agissait indéniablement de Thismet. Là, devant lui. À Gloyn, aussi invraisemblable que ce pût être.

— Il faut d’abord que je vous dise, monseigneur, que je porte une arme sur moi.

Elle releva sa manche déchirée, découvrant la gaine du poignard fixée à son bras. Elle la détacha et la lança à Svor d’un geste désinvolte.

— Il n’était destiné qu’à me défendre pendant le voyage, reprit Thismet. Je ne vous veux aucun mal, monseigneur. Je n’ai pas d’autre arme sur moi, ajouta-t-elle avec un sourire enjôleur qui fit courir des frissons par tout le corps de Prestimion. J’accepterai que l’on me fouille, si vous y tenez.

Mais autre chose que son comportement aguicheur avait retenu l’attention de Prestimion.

— À deux reprises, Thismet, vous m’avez appelé « monseigneur ». Que signifie ce titre dans votre bouche ?

— Ce qu’il signifie pour tout un chacun. La même chose que cela.

Sans cesser de sourire, les yeux plongés dans ceux de Prestimion, elle leva les deux mains pour former le symbole de la constellation.

— Vous refusez à votre frère le droit à la couronne, Thismet ? demanda-t-il lentement, après un silence.

— Du fond du cœur, monseigneur.

— Appelez-moi Prestimion, comme avant.

— Prestimion, soit. Comme avant.

Ses yeux étincelaient. Il avait l’impression de regarder des éclairs.

— Mais je vous reconnais pour Coronal de Majipoor. Ces imbéciles du Château, ces êtres stupides et vils, je me dégage de tout lien avec eux.

— Approchez, dit Prestimion.

— Ce serait peut-être une bonne idée de la fouiller d’abord, suggéra Svor, resté discrètement à l’écart.

— Crois-tu ? fit Prestimion en souriant. Tu penses à un autre poignard caché quelque part sur sa personne ?

— Venez, Prestimion, fouillez-moi ! lança Thismet, les yeux flamboyants. Qui sait, poursuivit-elle en posant la main entre ses seins, j’ai peut-être un second poignard caché ici ?… ou là ?

Elle plaça la main au bas de son ventre, les doigts écartés.

— Venez vérifier, monseigneur ! Voyez si je suis encore armée !

— Vous ne manquez assurément pas d’armes, fit Prestimion, et les endroits que vous montrez sont bien ceux où vous les portez. Et je ne doute pas d’être en grand danger. Puisque j’ai votre permission, Thismet, poursuivit-il en souriant, je crois que je vais faire une petite fouille.

— Monseigneur… souffla Svor.

— Silence, fit Prestimion. Mais dites-moi d’abord, poursuivit-il à l’adresse de Thismet, la véritable raison de votre présence.

— Eh bien, je suis venue conclure une alliance avec vous, répondit-elle sans détour, d’une voix d’où toute trace de coquetterie avait disparu. Il est vrai que j’ai voulu que Korsibar soit roi à votre place, non parce que je vous estimais indigne de le devenir, mais parce que j’étais avide de voir mon frère sur le trône. C’était une grave erreur et j’ai honte aujourd’hui du rôle que j’ai joué pour y parvenir. Korsibar est mon frère, j’ai encore pour lui l’amour d’une sœur, mais il n’aurait jamais dû être roi. Je le proclamerai de mon plein gré à la face du monde. En me tenant à vos côtés, Prestimion, et en saluant en vous le nouveau Coronal.

Il crut comprendre où elle voulait en venir.

— Et quel rôle comptez-vous tenir, demanda-t-il avec précaution, quand je serai sur le trône de Confalume ?

— J’ai été la fille d’un Coronal, puis la sœur d’un Coronal, répondit-elle. Jamais dans l’histoire de notre planète une femme n’a pu en dire autant. Je me distinguerais encore plus des autres en devenant aussi l’épouse d’un Coronal.

Svor laissa échapper un petit cri. Prestimion lui-même fut interloqué par tant de franchise. Plus question de coquetterie diplomatique, il ne restait que l’expression sans ambiguïté d’une volonté inflexible.

— Je vois, fit-il. Une alliance au sens littéral.

Il se représenta en esprit non la Thismet éprouvée par un long voyage, qui se tenait devant lui, mais la radieuse, la glorieuse Thismet du Château, vêtue d’une magnifique robe de léger satin blanc, au cou enserré dans d’étincelants cercles d’or ; puis, toujours en esprit, il vit la lumière de hauts chandeliers filtrant à travers cette robe lui révéler les courbes souples de la poitrine, du ventre et des cuisses de la princesse. Un torrent de passion inonda son âme avec une telle violence que Prestimion crut un instant se retrouver au pied du barrage de Mavestoi, au moment d’être englouti par les flots.

Il tourna la tête vers Svor. Lut une mise en garde dans ses yeux, vit le pli de perplexité qui lui barrait le front. Svor, l’homme à femmes, versé dans les voies du désir, voulait assurément lui faire comprendre qu’il devait se méfier de la magie exercée par le corps de cette femme, qu’elle pouvait être plus puissante que le plus puissant sortilège connu du haut mage Gominik Halvor ou de ses confrères en sciences occultes.

Oui. Très probablement. Et pourtant… pourtant…

— Monseigneur, reprit Thismet, rompant le silence qui se prolongeait, si je pouvais disposer d’une heure et d’une cuvette d’eau chaude, et si on pouvait aller chercher mes vêtements qui se trouvent dans le flotteur accidenté dans la vallée…

— Bien sûr. Je donne immédiatement des ordres. Allez dans ma tente, Thismet.

— Nous avons déjà envoyé chercher les bagages dans le flotteur, dit Svor. Et Melithyrrh qui attend là-bas.

— Bien, fit Prestimion, avec un petit signe de tête, avant de se tourner vers Nilgir Sumanand, son aide de camp.

— Assurez-vous que la princesse Thismet ait tout ce dont elle a besoin pour se rafraîchir. Elle a fait un long et pénible voyage.

— Que vas-tu faire, Prestimion ? demanda Svor quand ils furent seuls.

— À ton avis ? Que ferais-tu à ma place ?

— Je comprends, fit Svor avec un petit sourire triste. Qui pourrait résister ? Je ne te cache pas, poursuivit-il d’une voix douce, que je suis, moi aussi, amoureux d’elle. Depuis longtemps. Comme tout le monde au Château, je suppose. Mais je me contenterai, en bon subordonné, de Melithyrrh.

— On peut faire pire, fit Prestimion.

— En effet, approuva Svor. Tu te sens capable de rester seul avec elle ? ajouta-t-il en jetant un coup d’œil vers la tente.

— Je crois, oui. Je ne pense pas qu’elle essaiera de me tuer.

— Probablement pas. Mais elle est dangereuse, Prestimion.

— Peut-être. C’est un risque à courir.

— Et si tout se passe bien, penses-tu vraiment faire d’elle ton épouse ?

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