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Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]

Электронная книга - «Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, planète géante, le pouvoir est partagé entre le Coronal qui représente, le Pontife qui administre, et la Dame des Rêves qui inspire dans leur sommeil les milliards d’humains et de membres d’autre espèces.
A la mort d’un Pontife, le Coronal lui succède et nomme un nouveau Coronal. Jamais dans l’histoire multimillénaire de Majipoor, aucun n’a choisi son propre fils.
Or, mille ans avant le règne de Lord Valentin, tandis que le Pontife Prankipin agonise, les ambitions attisent les passions. Prestimion est le candidat idéal bien qu’il n’ait pas été encore désigné par le Coronal en titre, Lord Confalume.
Mais Confalume a un fils, Korsibar, d’autant de prestance que Prestimion. Et dont la soeur jumelle, la belle Thismet, est ambitieuse pour deux.
Sous le règne pacifique et prospère de Prankipin, adepte des sciences occultes, oracles, mages et sorciers ont conquis la faveur des grands, puis de tout le peuple, embrumant les esprits et répandant le désir de connaître et de maîtriser l’avenir.
La guerre qui s’annonce, dont personne ne veut, risque d’être aussi celle des ténèbres.
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— Je ne suis pas une ennemie, Svor.

Il la considéra fixement, sans répondre.

— Mon frère est un imbécile et ses conseillers de vils personnages. Je ne veux plus avoir affaire à eux. Pourquoi croyez-vous que nous avons traversé, Melithyrrh et moi, la moitié d’Alhanroel pour arriver jusqu’ici ? Ce voyage fut un véritable cauchemar. Nous avons dormi dans des taudis, avalé des brouets abjects, repoussé les avances de quantité de malotrus, de goujats… Quand je pense que nous avons détruit le flotteur à quelques kilomètres du but, reprit-elle, après un silence. Nous ne savions plus que faire, Svor, quand vous êtes arrivé. Croyez-vous qu’il me sera possible de faire un brin de toilette quelque part avant que vous me conduisiez auprès de Prestimion ? Cette couche de crasse que j’ai sur moi me dégoûte. Je n’ai pas pris de bain depuis au moins deux jours, peut-être trois. Jamais de ma vie je ne me suis sentie aussi sale.

— Il y a un ruisseau tout près d’ici, fit Svor en tournant la tête vers la gauche.

— Montrez-nous.

Il leur fit parcourir une centaine de mètres dans l’herbe dense. C’était le ruisseau qui alimentait le bourbier où s’était échoué leur flotteur ; l’eau y était vive et limpide.

— Restez près de votre monture, ordonna Thismet. Regardez de l’autre côté et ne vous retournez pas.

— Vous avez ma parole.

Une seule fois pendant leur bain, il lança un coup d’œil à la dérobée et seulement quand il n’y tint plus. Cet unique regard par-dessus l’épaule lui montra les deux femmes dans le ruisseau, de l’eau jusqu’aux genoux, dans leur nudité triomphante. Melithyrrh, le dos tourné, puisait de l’eau dans sa chemise et la versait sur Thismet qui se tenait de profil. La vue des fesses blanches et rebondies de Melithyrrh et des rondeurs parfaites des seins de la princesse se grava à jamais dans l’esprit de Svor et, après ces longues semaines de célibat, le laissa tremblant, les genoux flageolants.

— Vous vous sentez bien, Svor ? demanda Thismet quand elle revint du ruisseau avec Melithyrrh, plus propre et plus détendue. Je vous trouve très pâle, d’un seul coup.

— J’ai eu la fièvre la semaine dernière, répondit-il. Je suppose que je n’ai pas complètement récupéré.

Il aida Thismet à se hisser sur la selle et bondit derrière elle, les cuisses contre ses hanches, les bras serrés autour de sa taille. Cela l’excita tant qu’il crut devenir fou. Il cria à Melithyrrh de ne pas s’éloigner du flotteur tant qu’on ne serait pas venu la chercher et éperonna sa monture.

— Vous êtes donc complètement brouillée avec votre frère, madame ? demanda Svor après avoir chevauché un moment en silence au milieu des denses troupeaux de vongiforins et de klimbergeysts.

— Vous n’êtes pas très loin de la vérité en exprimant les choses ainsi. J’ai quitté le Château sans prévenir Korsibar, mais il doit savoir maintenant où je suis allée. Un jour, d’un seul coup, j’ai compris que je ne pouvais plus rester au milieu de ces gens-là. Une répulsion pour le Château m’est venue et je me suis dit que nous avions commis une erreur en arrachant le trône à Prestimion. Que c’était un horrible péché contre la volonté du Divin. J’ai décidé d’aller le voir pour le lui dire et implorer son pardon. C’est ce que j’ai l’intention de faire. Croyez-vous qu’il consentira à me pardonner, Svor ?

— Le prince Prestimion nourrit à votre endroit les pensées les plus bienveillantes, répondit Svor d’une voix douce. Nul doute qu’il accueillera votre revirement avec un plaisir sans mélange.

Mais il se demanda de nouveau s’il ne s’agissait pas de quelque tortueuse machination de Korsibar contre Prestimion ou, plus vraisemblablement, de Dantirya Sambail pour le compte du Coronal. Mais de quelle nature ? Quel bénéfice Korsibar pouvait-il espérer en envoyant la princesse et sa dame d’honneur sans escorte, à des milliers de kilomètres, dans le campement de Prestimion ? Nourrissait-elle le dessein insensé de plonger son poignard dans le cœur du prince dès qu’il serait à sa portée ? Svor refusait de le croire. Surtout dans la position où il se trouvait, les yeux sur la courbe gracieuse du cou de la princesse, les cuisses collées à ses jambes, les bras refermés sur sa taille, juste au-dessous de la poitrine.

Son esprit s’égara un moment dans le tourbillon effréné d’un désir impossible. Puis il s’entendit dire, très doucement, dans le creux de l’oreille délicate qui se trouvait à quelques centimètres de ses lèvres :

— Puis-je vous dire quelque chose, madame ?

— Allez-y, Svor.

— Si vous êtes véritablement dans notre camp, il me sera peut-être possible de vous offrir ma protection dans cet environnement hostile.

— Votre protection, Svor ?

Elle avait la tête tournée de l’autre côté, mais il eut l’impression qu’elle souriait.

— Quelle protection pourriez-vous m’offrir, reprit-elle, au milieu de tant de rudes combattants ?

Il préféra ne pas relever l’allusion.

— Je veux dire que vous auriez ma compagnie, madame, que vous ne seriez pas seule pour repousser ceux qui viendraient vous importuner. Voyez-vous à quoi je pense ?

Il tremblait comme un jouvenceau énamouré, lui qui avait fait son chemin dans la vie en conservant en toute occasion une vision claire et assurée des moyens à employer pour atteindre ses objectifs.

— Je dois vous avouer, madame, que, depuis mon arrivée au Château, j’éprouve pour vous l’amour le plus profond et le plus honorable…

— Non, Svor ! Vous aussi !

Ce n’était pas encourageant. Mais il insista, incapable de résister, sans essayer d’endiguer le flot de paroles qui montait à ses lèvres.

— Je n’ai jamais pu révéler mes sentiments, surtout après le froid qui a commencé à se développer entre votre frère et le prince. Mais, en toutes circonstances, je vous ai regardée avec un ravissement sans égal, le cœur débordant d’amour, avec le désir sincère, avide et dévorant de vous demander d’être mienne…

— À combien de femmes avant moi avez-vous déclaré un désir aussi sincère et avide, Svor ? demanda Thismet avec une surprenante douceur.

— Je ne parle pas seulement de désir, madame, mais de mariage. Et la réponse à votre question est : pas une seule.

Elle garda le silence pendant un moment qui sembla durer dix mille ans.

— Vous choisissez de fort étranges circonstances pour demander ma main, mon cher duc : serrés l’un contre l’autre sur le dos de cette monture, chevauchant dans ce lieu du bout du monde, entourés d’animaux sauvages qui grognent et s’ébrouent à n’en plus finir, moi en haillons, vous m’étreignant par-derrière. Farquanor, au moins, avait fait sa demande dans un cadre plus convenable.

— Farquanor ? lança Svor, horrifié.

— N’ayez pas d’inquiétude, Svor, je l’ai éconduit. Avec indignation, pour ne rien vous cacher. Je serai moins rude avec vous, car vous valez infiniment mieux que Farquanor. Mais vous n’êtes pas pour moi. J’ignore si cet homme existe, mais je sais, en tout cas, que ce n’est pas vous. N’en concevez pas d’amertume, Svor, et n’abordons plus jamais ce sujet.

— Comme vous voudrez, fit Svor, aussi stupéfait de l’audace qui l’avait poussé à ouvrir son cœur que de la douceur de la réponse de la princesse.

— Vous pouvez essayer avec Melithyrrh, reprit Thismet un peu plus tard. Maintenant que nous ne vivons plus à la cour, elle se sent très seule et elle pourrait accueillir favorablement vos avances. Je ne saurais dire si c’est d’un mari qu’elle a envie, mais il me paraît également douteux que vous cherchiez une épouse. Vous devriez, je pense, lui en toucher un mot.

— Merci pour cette suggestion, princesse.

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