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Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]

Электронная книга - «Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, planète géante, le pouvoir est partagé entre le Coronal qui représente, le Pontife qui administre, et la Dame des Rêves qui inspire dans leur sommeil les milliards d’humains et de membres d’autre espèces.
A la mort d’un Pontife, le Coronal lui succède et nomme un nouveau Coronal. Jamais dans l’histoire multimillénaire de Majipoor, aucun n’a choisi son propre fils.
Or, mille ans avant le règne de Lord Valentin, tandis que le Pontife Prankipin agonise, les ambitions attisent les passions. Prestimion est le candidat idéal bien qu’il n’ait pas été encore désigné par le Coronal en titre, Lord Confalume.
Mais Confalume a un fils, Korsibar, d’autant de prestance que Prestimion. Et dont la soeur jumelle, la belle Thismet, est ambitieuse pour deux.
Sous le règne pacifique et prospère de Prankipin, adepte des sciences occultes, oracles, mages et sorciers ont conquis la faveur des grands, puis de tout le peuple, embrumant les esprits et répandant le désir de connaître et de maîtriser l’avenir.
La guerre qui s’annonce, dont personne ne veut, risque d’être aussi celle des ténèbres.
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Prestimion donna en souriant une tape sur l’épaule de Svor.

— Une chose à la fois, Svor, une chose à la fois ! Mais ce serait une bonne décision politique, non ? Lord Prestimion triomphant prend pour épouse la fille du Pontife Confalume, rétablissant ainsi l’ordre ébranlé par le stupide Korsibar. L’idée me plaît. Oui, une bonne décision politique. Mais il y a aussi la princesse… pour elle-même…

— Comme tu viens de le dire, on pourrait faire pire.

— En effet.

Il indiqua à Svor qu’il souhaitait rester seul un moment ; le petit duc se retira.

Prestimion s’enroula dans sa cape et déambula entre les tentes sans être dérangé, revenant en esprit sur la tournure surprenante des événements.

Thismet !

C’était si étrange, si inattendu. Elle se servait de lui, bien entendu, pour exercer une manière de vengeance sur Korsibar ; il ne faisait aucun doute que son frère avait été à l’origine d’une déconvenue, qu’il avait peut-être essayé de lui imposer un mari dont elle ne voulait pas. En tout état de cause, il l’avait suffisamment mécontentée pour qu’elle s’enfuie à l’autre bout de la planète et se jette dans les bras de son ennemi. Soit. Il leur serait certainement possible de s’entendre, dans leur intérêt commun. Ils se comprenaient, Thismet et lui. Elle se servirait de lui comme il se servirait d’elle. Il ne pouvait espérer meilleur parti, tout le monde le savait.

Outre les questions de politique, il y avait bien sûr la personne de Thismet. Cette femme ardente, passionnée, qu’il observait avidement de loin, depuis si longtemps. Qui venait à lui. Qui s’offrait à lui. Il avait mené assez longtemps une vie ascétique. On ne pouvait refuser une telle proposition.

— Prestimion ? C’est bien toi, emmitouflé dans cette cape ?

La voix dans son dos était celle de Septach Melayn.

— Oui, répondit-il. Tu m’as reconnu.

— Svor m’a raconté, pour Thismet.

— Oui.

— On peut dire, je le pense, qu’elle est la plus belle femme du monde. Toutes mes félicitations. Mais les ennuis l’accompagnent partout où elle va.

— Je le sais, Septach Melayn.

— Est-il souhaitable, Prestimion, que les ennuis viennent jusque dans notre armée ? À la veille du combat, pratiquement ?

— Laisse-moi en être juge.

— Je viens d’en parler avec Gialaurys et…

— Eh bien, n’en parlez plus. Elle est à sa toilette dans ma tente ; quand elle sera prête, j’irai la rejoindre et si des ennuis surviennent, tant pis. Mais je ne veux pas entendre un mot de plus.

Prestimion posa la main sur l’avant-bras de Septach Melayn, juste au-dessus du poignet.

— Écoute-moi bien, mon vieil ami, fit-il en souriant, d’une voix douce mais empreinte d’une grande fermeté. Je ne te donne pas de conseils sur la manière d’utiliser ton épée ; ne m’en donne pas sur ce que je dois faire de la mienne.

Ils se trouvèrent enfin face à face, seuls dans la tente. Thismet s’était lavée et avait passé une robe blanche arachnéenne, sans rien dessous. Il voyait les pointes sombres des seins dressées contre l’étoffe légère et la marque plus sombre sur le bas-ventre. Mais, sans bijoux et sans maquillage, il émanait d’elle une étrange pureté ; aussi bizarre qu’il pût être d’appliquer ce mot à Thismet, c’est pourtant celui qui convenait. Elle était loin des bravades dont elle avait fait montre une heure plus tôt en l’invitant à la fouiller pour chercher une arme sur sa personne. Elle paraissait tendue, hésitante, presque effrayée. Jamais il ne l’avait vue comme cela, jamais. Mais il comprenait. Il éprouvait un peu la même chose. Il sentit soudain poindre en lui la possibilité qu’il pût y avoir entre eux autre chose que la simple soif de pouvoir qui unit deux conspirateurs et autre chose aussi que le plaisir des sens. Peut-être. Peut-être.

— C’est moi qui ai incité Korsibar à s’emparer de la couronne, dit-elle. Le saviez-vous, Prestimion ? Je l’ai poussé à agir. Sans moi, il ne l’aurait jamais fait.

— Dantirya Sambail me l’avait laissé entendre, répondit-il. Peu importe. Ce n’est pas le moment d’en parler.

— J’ai commis une grave erreur ; je l’ai compris aujourd’hui. Il n’était pas fait pour être roi.

— Ce n’est pas le moment de parler de cela, Thismet, répéta Prestimion. Laissons les historiens débattre de la question.

Il fit un pais vers elle, les bras ouverts. Elle recula, lui intimant d’un petit geste de la main de rester où il était. Puis, avec un sourire qui était comme le soleil réapparaissant après l’orage, elle fit glisser la robe blanche et transparente de ses épaules et se tint nue devant lui.

Elle paraissait si petite ; un corps mince qui arrivait à peine à la poitrine de Prestimion, une taille fine dont la courbe brusque au-dessus des hanches évasées accentuait la fragilité des formes. Malgré cela, son corps semblait ferme, vigoureux et robuste ; un corps d’athlète aux épaules larges comme celles de son frère, aux muscles longs et nerveux, un corps gracieux aux proportions élégantes. Et elle était extrêmement féminine. Les seins, petits, étaient ronds et hauts, avec de petits mamelons durs, d’aspect virginal. La peau était mate. La dense toison noire et bouclée du pubis avait le même éclat luisant que les cheveux.

Elle était parfaite. Il n’avait jamais imaginé pareille beauté.

— Nous sommes restés si longtemps des étrangers l’un pour l’autre, murmura-t-elle. « Bonjour, princesse Thismet », me disais-tu, et je répondais : « Bonjour, prince Prestimion. » C’était tout. Rien d’autre que cela pendant toutes ces années passées au Château. Quel gâchis ! Quel triste et stupide gâchis de notre jeunesse !

— Nous sommes encore jeunes, Thismet. Nous avons tout le temps pour prendre un nouveau départ.

Il fit un autre pas vers elle ; cette fois, elle ne se déroba point. Il fit courir ses mains sur le satin de la peau de Thismet. Elle plaqua les lèvres sur les siennes et il sentit la pointe ardente de sa langue, et ses ongles qui lui griffaient le dos.

— Prestimion… Prestimion…

— Oui.

8

Deux autres semaines s’écoulèrent dans le campement du Val de Gloyn. Puis les espions que Prestimion avait envoyés sur tout le continent rapportèrent que Korsibar était descendu du Mont avec une armée gigantesque et commençait de marcher vers l’ouest. Les fils de l’éleveur de hierax décollèrent sur le dos de leurs oiseaux géants et confirmèrent l’information : une troupe colossale de soldats se dirigeait vers eux.

Deux messages arrivèrent peu après au campement de Prestimion : ils étaient rédigés sur le raide papier-parchemin utilisé par le Coronal et portaient le sceau à la constellation.

L’un d’eux, adressé à Prestimion, lui intimait de mettre fin une fois pour toutes à la rébellion et de se constituer immédiatement prisonnier auprès des représentants de l’autorité les plus proches, afin d’être jugé pour trahison. S’il ne déposait pas les armes, lui-même et ses principaux officiers seraient condamnés à mort lorsqu’ils seraient capturés ; si Prestimion se rendait sur-le-champ, la vie des officiers serait épargnée.

L’autre message était adressé à lady Thismet. Il l’informait que, dans son auguste clémence, le Coronal lord Korsibar son frère lui pardonnait la faute qu’elle avait commise en se rendant chez l’ennemi et s’engageait à lui permettre de circuler librement sur le continent, si elle décidait de rentrer au Château pour y reprendre sa plaisante et confortable existence à la cour.

— Voilà, fit Prestimion d’un ton dégagé, après avoir lu les deux missives à ses officiers, le choix qui s’offre à nous est on ne peut plus clair. Je me mets en route dès aujourd’hui pour les provinces orientales, je trouve Korsibar et me jette à ses pieds pour implorer sa pitié. J’emmène sa sœur et je la remets à sa garde en jurant solennellement que je la lui rends dans l’état où elle est venue à moi.

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