Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Серия: Majipoor (fr) #5
- Год: 1998
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-08515-9
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]». Краткое содержание книги:
A la mort d’un Pontife, le Coronal lui succède et nomme un nouveau Coronal. Jamais dans l’histoire multimillénaire de Majipoor, aucun n’a choisi son propre fils.
Or, mille ans avant le règne de Lord Valentin, tandis que le Pontife Prankipin agonise, les ambitions attisent les passions. Prestimion est le candidat idéal bien qu’il n’ait pas été encore désigné par le Coronal en titre, Lord Confalume.
Mais Confalume a un fils, Korsibar, d’autant de prestance que Prestimion. Et dont la soeur jumelle, la belle Thismet, est ambitieuse pour deux.
Sous le règne pacifique et prospère de Prankipin, adepte des sciences occultes, oracles, mages et sorciers ont conquis la faveur des grands, puis de tout le peuple, embrumant les esprits et répandant le désir de connaître et de maîtriser l’avenir.
La guerre qui s’annonce, dont personne ne veut, risque d’être aussi celle des ténèbres.
Autour de Sisivondal s’étendait une vaste contrée désertique et poussiéreuse. Un vent sec et brûlant la balayait sans discontinuer. Elles gardèrent le flotteur hermétiquement fermé et, quand Thismet se tournait vers Melithyrrh, elle voyait la blonde chevelure couverte d’une pellicule de sable et savait qu’il en allait de même pour elle. Du sable dans les yeux, du sable entre les dents, du sable sur les bras et entre les seins. Sa peau était sèche ; sa gorge était sèche. Son âme même était desséchée. Jamais elle ne s’était sentie si sale, si négligée, si ordinaire, au point que nul n’aurait pu reconnaître en elle la princesse Thismet du Château de lord Confalume. Elles poursuivirent leur route en priant pour que se termine enfin cette morne et sablonneuse plaine ; leurs prières furent exaucées, l’air retrouva une douceur et le paysage une beauté dignes de Majipoor.
— Nous devons approcher de Gloyn, du moins je l’espère, dit Thismet un matin particulièrement beau et ensoleillé, tandis qu’elles traversaient d’immenses prairies d’un vert étincelant.
Elles firent halte pour se renseigner dans une ferme où une plante aux feuilles pourpres et à l’aspect mystérieux était cultivée dans des champs qui s’étendaient à perte de vue. Gloyn ? Gloyn ? Ah ! oui, Gloyn ! C’était sur la route de Marakeeba, sauf erreur. Eh bien, elles avaient dépassé la route de Gloyn depuis plus de mille kilomètres. Il fallait repartir à Kessilroge, prendre sur la droite, parcourir cinq cents kilomètres, chercher des panneaux indiquant Gannamunda et, à Gannamunda, suivre la route d’Hunzimar…
Soit. Demi-tour jusqu’à Kessilroge.
L’armée de Prestimion avait établi son campement dans le val de Gloyn, une vaste savane s’étendant au centre-ouest d’Alhanroel, à peu près à mi-distance entre le Mont et la côte d’Alaisor. Toute la plaine isolée était couverte d’un épais tapis d’une herbe aux reflets cuivrés, montant à la hauteur des tibias, appelée gattaga, dont les brins étaient si serrés qu’en marchant dessus on laissait une trace qui se voyait encore une demi-heure plus tard ; ces centaines de kilomètres de gattaga nourrissaient d’immenses troupeaux d’herbivores qui y vivaient comme ils les faisaient cent mille ans ou un million d’années auparavant.
Ce jour-là, le duc Svor, qui avait quitté seul le bivouac à dos de monture, se tenait près de la pointe aiguë d’une des montagnes naines qui parsemaient la plaine, des empilements de rochers hauts de vingt-cinq à trente mètres, s’élevant au-dessus du tapis d’herbe comme de petites îles de pierre. De ce poste d’observation, il contemplait avec émerveillement un des gigantesques troupeaux.
Le tapis de gattaga s’étendait jusqu’à l’horizon. À ses pieds paissaient dix, vingt ou cinquante mille klimbergeysts, ces gros quadrupèdes trapus, au museau plat, à la peau marquée de moirures rouge et or. On eût dit des milliers de petits soleils allant en liberté dans la plaine. Sur sa gauche s’élevait un bouquet d’arbres de haut fût gris, hérissé de pointes, dont plusieurs dizaines d’animaux à long cou, hauts de près de quinze mètres, broutaient les tendres feuilles des branches supérieures. Svor n’avait pas la moindre idée du nom de ces animaux. Leurs longues pattes minces, raides et anguleuses, étaient articulées par trois genoux équidistants ; leur cou, aussi flexible que le corps d’un serpent, se terminait par une tête réduite à une bouche géante et des yeux ternes qui se déplaçaient en tous sens. Ils arrachaient inlassablement les jeunes pousses des arbres imposants qui, tout aussi inlassablement, produisaient de nouvelles feuilles après leur départ.
De l’autre côté, Svor observa un animal trapu comme un char, à la cuirasse luisante, pas très différent en apparence d’un mollitor, mais à l’évidence beaucoup moins agressif, qui allait placidement en bordure d’une zone marécageuse où pointaient les pousses roses d’une plante aquatique. Derrière, par l’ouverture d’un vallon secondaire que deux des petites îles de pierres encadraient comme des piliers, il distingua un autre troupeau énorme, des vongiforins cette fois, ces animaux porcins au groin aplati qui fouissaient l’herbe à la recherche des petites graines sucrées dont ils étaient friands. Le soleil était chaud et agréable ; des nuages floconneux passaient en hauteur ; un vent doux soufflait du sud. Une scène idyllique, se dit Svor. Presque idyllique. Il remarqua la présence, au sommet d’une des montagnes naines, d’un trio d’animaux de proie, au corps élancé, au pelage fauve, des kepjitaljis qui surveillaient avec intérêt les vongiforins en train de paître. Les carnivores – une mère et deux petits, supposa-t-il – avaient un corps long et effilé, une tête triangulaire aux fortes mâchoires, des yeux brillants comme des étoiles rouges, des pattes avant aux griffes acérées et de puissantes pattes arrière qui leur permettaient de se projeter rapidement vers leur proie par grands bonds inexorables. Il les avait déjà vus l’avant-veille, grondant, les babines couvertes de sang, sur un tas de côtes à demi rongées. Nul doute qu’ils se préparaient à tuer de nouveau.
Derrière lui, sur l’autre versant de la montagne miniature dont il avait fait son poste d’observation, se trouvait le camp de Prestimion.
La nouvelle armée était plus imposante que celles qui l’avaient précédée et continuait de grossir de jour en jour sous un afflux de volontaires de toutes les régions d’Alhanroel venant se rassembler sous la bannière du prince rebelle. Les survivants des débris de l’armée du Iyann avaient été les premiers à s’enrôler et ils étaient plus nombreux que Prestimion n’avait osé l’espérer ; il avait retrouvé le duc Miaule de Miaule, le casque d’or de Spalirises de Tumbrax, le robuste Gynim de Tapilpil avec son bataillon de frondeurs et bien d’autres hardis combattants qui ne se lassaient pas de raconter comment ils avaient échappé aux flots déchaînés et étaient avides de se venger d’un ennemi qui avait lâchement précipité sur eux toute l’eau du réservoir.
D’autres aussi étaient arrivés, une multitude d’autres ; une légion de combattants des terres australes, venus de Stoien, d’Aruachosia et de Vrist ; une troupe de la brumeuse Vrambikat, très loin à l’est, au-delà du Mont du Château, des hommes de plusieurs villes situées au pied du Mont, Megenthorp, Bevel, Da, des troupes de la cité de Matrician, la capitale du riche duché placé sous l’autorité de Fengiraz, dont la mère avait été la meilleure amie d’enfance de celle de Prestimion ; Gomoth Gehayn et ses fils intrépides, accompagnés de leurs hierax apprivoisés, venus de leur province occidentale pour espionner l’ennemi du haut du ciel. D’autres encore, jour après jour ; et jour après jour, de l’aube au crépuscule, Prestimion, Gialaurys et Septach Melayn se dépensaient sans compter pour les incorporer à la force unie qui allait bientôt se mettre en marche vers l’est et affronter les troupes du faux Coronal.
Certains de ces hommes étaient venus à Gloyn par amour pour Prestimion, d’autres parce qu’ils ne supportaient pas l’usurpation du trône par Korsibar, un grand nombre parce qu’ils avaient eu vent des rumeurs selon lesquelles le Coronal serait un Métamorphe déguisé et que cela leur était intolérable. Certains étaient seulement en quête d’aventure ; d’autres espéraient améliorer leur sort. Nombreux étaient ceux qui avaient rejoint le camp des rebelles par simple dégoût pour l’ignoble destruction du barrage de Mavestoi. Parmi ces derniers figurait un groupe de fermiers de la vallée du Iyann, qui avaient tous perdu des parents dans l’inondation et qui, bien qu’ils ne fussent ni prédisposés ni formés à la guerre, étaient venus à Gloyn armés de haches, de pelles, de fourches et autres outils agricoles susceptibles d’être utilisés contre l’usurpateur et son armée.