Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
Gary hocha la tête pour ne pas décevoir son nouvel ami.
— Il est dans un musée de Chicago. C’est un chef-d’œuvre… C’était un collectionneur remarquable. À sa mort, il a légué soixante-sept tableaux à l’État, des Degas, des Pissarro, des Monet, des Cézanne, et l’État français les a refusés ! Il les trouvait « indignes ». Tu te rends compte, la mentalité !
Jérôme semblait outré.
Gary fut impressionné et Jérôme devint un ami.
Enfin… un copain qu’il saluait en passant devant la boutique, le matin. Assis sur un tabouret, derrière la caisse, il lisait un livre sur le méconnu Caillebotte.
— Salut Jérôme ! lançait Gary en mettant un pied dans le magasin.
— Salut l’Anglais !
Et il repartait.
Ça lui faisait un repère de plus. Il se sentait de moins en moins étranger dans la ville…
Un peu plus loin, au Pain Quotidien, il y avait Barbie. Noir réglisse, haute comme trois pruneaux, la tête tressée de dreadlocks avec des perles multicolores. Elle ressemblait à un crochet X. Elle chantait dans les chœurs de l’Elmendorf Reformed Church, le dimanche matin, dans l’Upper East Side. Tout en haut dans Harlem. Elle insistait pour qu’il vienne l’entendre, il promettait… mais, le dimanche matin, il dormait. Il ne mettait pas le réveil et restait au lit jusqu’à onze heures et demie.
Le grand rire de Liz le secouait pour aller acheter l’édition du dimanche du New York Times qu’ils lisaient au lit avec un grand bol de café et des cookies en se disputant les pages Arts and Leisure. C’était un rite.
Barbie l’attendait à l’église chaque dimanche et le lundi, elle faisait la tête.
Lui tendait ses croissants et ses pains au chocolat sans le regarder.
Lui rendait la monnaie, le front baissé. Passait au client suivant.
Alors il achetait deux pains au chocolat, en enveloppait un dans du papier de soie et revenait le lui offrir comme un bouquet de fleurs. En s’inclinant. En prenant l’air contrit. Elle souriait en baissant la tête pour dissimuler son sourire. Il était pardonné.
Jusqu’au dimanche suivant…
— Mais tu veux me convertir ou quoi ? il demandait, la bouche pleine de croissant au beurre en buvant son double café bien serré.
Elle haussait les épaules et disait que Dieu saurait le trouver. Qu’un de ces jours, Il se mettrait sur son chemin et il viendrait chanter avec elle, tous les dimanches. Elle le présenterait à ses parents. Ils ne connaissaient pas de pianiste anglais.
— Je suis un animal curieux ? C’est ça, hein ? disait-il en souriant, les babines grasses.
Elle changeait la couleur de ses perles une fois par mois et s’il ne le remarquait pas, elle boudait encore.
C’était un véritable casse-tête, Barbie.
En fait, elle s’appelait Barbara.
Et puis, il y avait le parc. Central Park. Il s’était procuré une carte du parc et l’arpentait chaque jour en revenant du magasin de pianos.
Et chaque jour, il en découvrait un nouvel aspect.
C’était un résumé du monde entier. Des hommes en costume-cravate, des femmes en tailleur de P-DG, des obèses en bermuda, des squelettiques en short, des enfants en uniforme d’écolier, des joggeurs, des bodybuildés, des taxis pousse-pousse, des joueurs de base-ball, des joueurs de boules, des marins en goguette, des clochardes qui faisaient du crochet, des manèges, des stands de barbe à papa, des saxophonistes, un moine bouddhiste pendu à son portable, des cerfs-volants et des hélicoptères dans le ciel, des ponts, des lacs, des îles, des chênes séculaires, des cabanes en rondins, des bancs en bois avec des plaques dorées, vissées dessus. Des plaques qui disaient « Ici, Karen m’a donné un baiser qui m’a rendu immortel, ou Embrassez la vie avec gratitude et elle vous le rendra au centuple »… et des écureuils. Des centaines d’écureuils.
Ils passaient à travers les trous des grillages, s’arrêtaient pour ronger des glands, se poursuivaient, se chamaillaient, faisaient rouler des canettes, tentaient de monter dessus, tombaient, recommençaient… Reprenaient les canettes à pleines mains.
Ils avaient de longs doigts fins de pianistes.
Le premier qu’il rencontra était en train d’enterrer un casse-croûte sous un arbre. Il s’approcha. L’écureuil continua de creuser, indifférent. Puis, épuisé, il remonta se poser sur une branche et s’affala les quatre pattes écartées. Gary éclata de rire et le prit en photo.
Il allait avoir plein de copains.
Le samedi et le dimanche étaient jours de fête pour les écureuils qui devenaient l’attraction du parc. Les enfants les poursuivaient en riant, reculaient, terrifiés, s’ils s’approchaient trop près. Les amoureux, allongés sur les vastes pelouses, leur jetaient des bouts de sandwichs et ils passaient de groupe en groupe, grappillant nourriture et compliments, la queue en parachute, l’œil vigilant. Ils partaient déposer leur butin dans les branches des arbres, dans les fourrés, sous un tas de feuilles et revenaient faire la manche, infatigables quémandeurs.
Le samedi et le dimanche, ils étaient les rois. Des touristes leur tendaient des dollars pour les photographier, ils les reniflaient et partaient, dépités, en petits bonds dédaigneux, pour qui les prenait-on ?
Le samedi et le dimanche, ils ne savaient plus où donner de la tête et entassaient des provisions pour la semaine.
Mais le lundi…
Le lundi, ils descendaient, empressés, de leurs arbres et cherchaient leurs amis du week-end. Pelouses désertées, plus d’amis. Ils sautillaient, poussaient des petits cris, leurs têtes tournaient en gyrophares, ils attendaient, attendaient, repartaient, la queue basse, remontaient dans les arbres, déconfits. On ne les aimait plus, ils avaient fini de plaire. Du haut de leur abri, ils épiaient les vastes pelouses vertes. Plus de joueurs de base-ball, plus d’enfants, plus de jets de cacahuètes. Le show était fini. Ils avaient fait leur temps. Ainsi va la vie… On croit qu’on est éternel et puis, on vous oublie.
Alors le lundi, en revenant de ses longues stations sur le tabouret de piano défoncé, il leur distribuait du pain de mie et des noix de cajou pour les réconforter. Il se disait, eux aussi, ils se sentent seuls parfois. Eux aussi, ils ont besoin d’amis… On est pareils, les rats à queue flamboyante et les humains.
Il leur tendait la main. Il en cherchait un qui deviendrait son copain. Il le cherchait parmi tous les écureuils gris. Un effronté malicieux qui serait son ami…
Il pensait aux écureuils roux du château de Chrichton.
Il n’avait plus jamais reçu d’appel de Mrs Howell et il s’en moquait bien.
Cela lui semblait loin, si loin. Comme si ce souvenir s’adressait à un autre homme. Un homme de jadis. Il n’avait plus rien à voir avec cet homme-là. Il se laissait tomber sur la pelouse, faisait rouler dans l’herbe les dernières cacahuètes qu’il lui restait…
Il appelait sa grand-mère.
Il claironnait tout va bien, Mère-Grand, je survis dans la grande ville. Et je ne dépense pas tout ton argent. Il ne lui disait pas qu’il n’aimait pas trop cet argent, mais il le pensait. Il admettait que cette allocation lui avait été bien utile, mais il savait aussi qu’un jour, il la rembourserait jusqu’au dernier penny.
— Tu serais fière de moi ! Je travaille mon piano le matin et je pétris la pâte tous les après-midi…
— Tu n’as pas tes papiers ! Tu es illégal ! s’exclamait Mère-Grand.
— Ah… tu sais qu’il faut un permis pour travailler ici ! Dis donc, Mère-Grand, tu es drôlement au courant. T’es branchée, on dirait !
— Tu sais, pendant la guerre, moi aussi, j’ai connu les restrictions ! J’avais une carte d’alimentation comme tout le monde… et je mettais bien moins de beurre dans mes cakes.