San-Antonio met le paquet
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #35
- Год: 1971
- Язык: французский
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «San-Antonio met le paquet». Краткое содержание книги:
Une aventure vraiment extraordinaire, vous pourrez en juger par la suite si vous avez la patience de poursuivre.
Une aventure comme, à dire vrai, il ne m'en était encore jamais arrivé.
Un peu sidéré, le mastodonte, en apprenant qu’il a acheté pour le compte de Lutèce-Midi un petit enfer pavé, non de bonnes intentions, mais d’ossements.
— C’est épouvantable ! bave-t-il. Que doit penser mon cher ami Simon !
— Des tas de choses désagréables, conviens-je. Pour tout vous dire, puisque nous sommes entre nous, il l’a plutôt saumâtre.
— Je vais lui téléphoner !
— Pas maintenant, il reçoit ! Et il reçoit des ministres, pas des condoléances…
Le gros enflé se dégonfle. Euphémisme, naturlich, comme disent les flics en bourgeois. Faudrait pas qu’il s’assoie sur un clou parce que ça ferait une sacrée décompression dans la taule.
— Maintenant, monsieur Barbautrou…
— Tour !
— Pardon ?
— Pas trou, tour… Barbautour.
— Excusez. Maintenant il s’agit de mettre ce mystère K.-O. et vous devez me donner un sérieux coup de main.
— Moi ?
— Vous !
— Mais co… co…
Je le contemple, me demandant s’il est de la jaquette flottante. Le voilà qui m’appelle Coco à c’t’heure !
— Mais co… co… comment puis-je vous aider ? complète-t-il à mon profond soulagement.
Il est épouvanté. Faut le comprendre, cet homme ! C’est dimanche et y a un canard à l’orange qui mijote dans le four de sa cuisinière. Il se voit déjà partant dans la nuit brune pour d’intrépides aventures. Sa bedaine en est meurtrie par l’appréhension. Y a de la navrance dans sa besace ; de la panique dans ses glandes salivaires ; du branle-bas de combat dans ses muqueuses et du sauve-qui-peut dans ses croquantes. Il imagine le brave Barbarie sur un plat d’argent, fumant comme la loco du Transsibérien ; doré, odorant, craquant, juteux, nappé, suggestif… Et il pense que sa family va se lancer à l’abordage du volatile, lui régler son compte sans lui. Quand il rentrerait, y aurait plus que le gésier, tout racorni, et p’t-être le cou à la grande rigueur.
— Vous pouvez m’aider en me donnant l’historique de cette maison, maître Barbapoil.
— Autour ! Barbautour…
— Excusez encore, je n’ai pas la mémoire de certains noms. Les noms des propriétaires antérieurs sont certainement mentionnés dans l’acte de vente ? D’autant que la construction m’a paru assez neuve.
— Elle l’est ! Venez dans mon bureau.
Mine de rien, le gros gaffe sa montre. À l’infrarouge qu’il cuit, le caneton. Je le parierais ! Et quand il sera à point y aura le dring-servez-chaud de la sonnerie. De nos jours, les cuisines ressemblent à des labos pour recherches nucléaires.
Il me guide dans la pièce voisine. Empire itou. Un peu rigoureux comme style quand y en a trop. Il a racheté la Malmaison, Poilaudo, faut croire… Les Domaines lui ont fait un lot, je vous jure !
Le voilà qui farfouille dans des classeurs (qui exceptionnellement ne sont pas Empire) et ramène un volumineux dossier sur lequel un manieur de ronde a torché « Concours Lutèce-Midi » en caractères gros commak agrémentés de petits poils follets dans les majuscules.
Il l’ouvre en geignant. Ses moindres mouvements le font grincer comme le mât d’un rafiot par gros vent. Il feuillette les fafs timbrés, renifle et ses francforts stoppent sur un acte notarié.
— Moilà, moilà ! dit l’obèse.
Il lit à mi-voix, ce qui ne fait pas mon butter, mais je suis un mec poli et je sais attendre. Enfin il relève la trombine et, comme dirait Saint-Saëns, me fait un signe.
— Une bonne nouvelle ! annonce-t-il.
— Ah ! oui ?
— Il n’y a eu qu’un propriétaire. Attendez que je vous explique : cette maison a été construite en 52 par une veuve Planqueblé, qui y a habité deux ans avec sa fille unique.
« Ensuite elle s’est mariée avec un sieur Aquoix Serge. Elle est décédée huit mois plus tard et c’est sa fille qui a hérité de la maisonnette…
Je suis ses embrouilles avec un certain agacement, j’aurais préféré ligoter ça moi-même because rien ne vaut la rigueur d’un bon texte. L’autre super-phoque pousse son glapissement d’otarie. Nouveau regard à sa breloque dont la grande aiguille pique une pointe de vitesse. Il se dit que c’est la terrible course au finish entre le canard et moi, c’est-à-dire entre le canard et le poulet. Il faut qu’il y aille de son rush pour me liquider avant la tortore !
— C’est donc à cette demoiselle Planqueblé que nous avons acheté la maisonnette.
— Son adresse ?
— Rue Ballu, numéro 120, Paris 9e.
J’inscris cette documentation sur un calepin.
— Merci, maître… Vous avez donc vu la jeune fille au moment de la vente ?
— Bien entendu. C’est une malheureuse infirme de vingt-six ans, qui vit avec son beau-père…
— Avec son beau-père !
— Dame, elle était adulte lorsqu’il a épousé sa mère et vous m’avez dit que la dame Planqueblé avait briffé son bulletin de consigne huit mois plus tard…
— Son quoi ? bave l’adipeux.
— Je voulais dire qu’elle est morte ! Excusez mon langage, maître Barbaumenton, mais dans la police nous ne fréquentons pas que des hommes aussi éminents que vous, et notre vocabulaire s’en ressent.
Il sourit.
— Très drôle…
— De quel genre d’infirmité souffre-t-elle, cette enfant ?
— Paralysie des jambes. Elle se déplace dans un fauteuil roulant.
— Et ce beau-père, qui n’a été somme toute son beau-père que pendant huit mois, l’a prise en charge, cette pauvre môme à roulettes ?
— Vous voyez, on trouve de grands cœurs.
— À quoi ressemble-t-il, cet édifiant personnage ?
— Quand vous le verrez, vous comprendrez qu’il ait agi ainsi. C’est un homme plutôt sombre, en mauvaise santé. Il est resté dans l’atmosphère qu’il avait choisie, comprenez-vous ? Il doit aimer ses habitudes…
— Je vois.
Et par-dessus le marka, je vois Poilaudo qui use son verre de montre à force de le contempler. Le canard est prêt, il est temps que je les mette.
— Pas un mot de tout ceci à âme qui vive, monsieur Barbauchose…
— Tour ! Comptez sur moi ! Vous pensez…
Il m’escorte jusqu’à la porte palière, me propose cinq doigts dont un pouce en parfait état ; je presse les quatre doigts et je lui souhaite une bonne noye sans cauchemars…
Ma Félicie s’est assoupie dans la tire. Avant de grimper en carrosse, je la regarde dormir, avec attendrissement.
Ce qu’elle est chou, cette vieille Maman, avec ses cheveux blancs bien tirés, sa robe noire et sa main blanche posée sur l’accoudoir. J’ouvre doucement la lourde. Elle sursaute et aussitôt me brandit un sourire.
— Alors ?
— J’ai tous les tuyaux, M’man. Je vais tuber au bureau et puis c’est classe pour aujourd’hui. On s’offre une virée ! Une bouffe terrible dans un restaurant basque, puis le ciné. Y a un nouveau Fernandel avec toutes ses dents !
Elle biche, Félicie. C’est sa grande noye de Paris. Une vraie surboum pour elle qui ne sort jamais de notre pavillon.
Arrivé au restau, chez Lavigne, je vais tuber au burlingue. J’ai le boss au bout du fil. Simon Persavéça l’a déjà mis au parfum et, comme on n’a rien à refuser à un homme de ce calibre, comme, d’autre part, le Vieux n’est pas tellement joyce de voir l’un de ses pompiers d’élite mêlé à une histoire pareille, il est entièrement d’accord pour que je mène l’enquête avec des chaussons de feutre aux lattes et un bœuf primé au concours de Fousy-Danltrin-sur-la-Menteuse.