La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
MENTOR.
Tu vois qu’il n’est pas mal enthousiaste, et pas mal injuste envers son ancienne bienfaitrice.
Le lendemain, nous n’avons pu nous parler en particulier: je n’en étais pas fâchée, et je fuyais les occasions. Mais j’ai voulu porter un peu de désordre dans son imagination: je lui ai donné un rendez-vous, que j’étais sûre de ne pas réaliser; le marquis en a profité. Depuis quelque temps, je tiens ce dernier au régime: comme il est assez pressant; je me suis attendrie, et je l’ai mené où notre ami m’attendait. Il a fallu que ce dernier se cachât. Le marquis m’a exprimé sa tendresse, et j’y ai répondu. J’avais eu l’attention de me placer de manière que mon pied allait justement toucher le prisonnier; je l’avançais en dessous, comme pour lui faire signe de ne pas remuer. Je voulais voir s’il se fâcherait, et s’il ne m’en donnerait, pas quelques marques: mais au contraire, j’ai senti qu’il le pressait tendrement de ses lèvres. J’ai été touchée de la peine que le lui causais, et j’en étais si réellement, pénétrée que le marquis a dû les plus heureux moments qu’il ait encore passés avec moi aux sentiments que m’inspirait son rival. Nous sommes ensuite sortis; et je n’ai eu garde de revenir dans le boudoir: j’ai envoyé Marie dire à l’ami que j’étais engagée pour le reste du jour; qu’il fallait remettre la partie au lendemain.
Ce jour-là, je me suis encore amusée à ses dépens: il m’a semblé que par là j’aiguiserais ses désirs, et que je leur donnerais une énergie que la plus belle femme ne sait pas toujours procurer. Je l’ai rendu témoin d’une infidélité que je fais au marquis avec le duc de ** son ami. J’ai pris la même position que la veille, pour la conversation; j’ai avancé le pied dans un moment où je riais de tout mon cœur. Mais ce n’a pas été tendresse ici: le prisonnier m’a fait un mal horrible, et j’ai poussé un cri aigu. Ce qui a produit un effet merveilleux pour le duc; il a cru… les hommes sont bien avantageux!… Je l’ai laissé dans son erreur. J’ai fini, la conversation, et nous sommes rentrés chez moi. Le marquis est venu; on a joué, et j’ai fait prier notre ami d’être notre quatrième au vingt un.
J’attendais avec curiosité l’effet de mon expérience le lendemain. Il a boudé; il n’est pas venu. Je me suis tranquillisée. Enfin le quatrième jour il a paru. J’étais seule.»Madame est seule! – Oui, je vous attends. – Avant-hier, hier, vous m’attendiez? – Non; ce que j’ai fait, c’est exprès. – Ah! cruelle! – Aveugle, bénissez-moi; je n’ai que vous en vue.» Il m’a comprise, et j’ai eu peine à modérer ses transports. Que de remerciements il m’a faits! Comme il m’a exaltée!…
Mais un malheur nous attendait ce jour-là: je dis un malheur, parce que je crois que cela doit avoir fait de la peine à mon frère. Nous sommes passés dans mon boudoir des rendez-vous. J’ai pris par hasard la même position que les jours précédents, et ce qui m’a surprise, dans la même circonstance que la veille, je me suis. senti serrer le pied. Un mouvement de frayeur m’a fait le retirer vivement, en même temps que je me suis à demi soulevée pour regarder. Je n’ai rien vu. Ensuite faisant réflexion que ce ne pouvait être que le marquis, ou mon frère, j’ai fait la prude; j’ai montré des regrets de ma chute; j’ai versé des larmes. L’ami était d’un étonnement stupide; mais il s’est remis. Je suis rentrée dans mon cabinet de toilette, où il est venu se mettre à mes genoux, en me jurant que Mme Parangon ne s’en, acquitterait pas mieux. Il croyait que je le faisais pour me divertir, et lui montrer tous mes talents. Cependant j’avais de l’inquiétude. J’ai sonné Marie, et je lui ai dit tout bas de savoir adroitement qui s’était caché dans mon boudoir. Elle est revenue me dire à l’oreille que c’était Edmond. Comme j’ai mes desseins à son sujet, j’en ai été charmée, dans un sens, et nous sommes retournés l’ami et moi. Je ne me suis pas contrainte et je me suis abandonnée à tout ce que le sentiment a de plus recherché, de plus délicieux. Il en était si émerveillé, qu’il n’a pu s’empêcher de me demander de qui je tenais ces charmants… Je suis bien fâchée de ne lui avoir pas dit que c’était de la belle. bégueule: mais j’étais trop occupée en ce moment. J’ai reposé mon pied à l’endroit de la cachette; mais on n’y a touché que pour faire quitter imperceptiblement ma mule, que je n’ai pu retrouver. Ce qui a été cause que l’ami m’a reportée dans ses bras jusque sur mon sofa dans le petit salon, où j’ai voulu aller. Là, j’ai avoué à l’ami qu’Edmond nous avait vus. Il en a paru surpris, et il est sorti quelques instants après.
J’attendais l’orage. En effet, dès que l’ami a été parti, j’ai vu paraître Edmond, ma mule à la main. Il l’a jetée à mes pieds de sa hauteur, sans me dire un mot, et s’est retiré en levant les yeux au ciel. Je l’ai rappelé: mais il n’a rien voulu entendre. J’ai achevé ma toilette, et je me disposais à sortir, quand mon frère est rentré. J’ai jeté un coup d’œil sur la glace; j’étais… à croquer… je ne me suis pas remuée. Il est venu me prendre la main. «Est-il possible! – Que veux-tu dire! – N’as-tu pas, tout à l’heure… – Eh bien, sans doute! ne lui devons-nous pas assez? ne le mérite-t-il pas autant que le marquis? Voilà toujours où tu en reviens! – Mais, c’est vrai! c’est que tu m’y forces. Laisse faire à ma prudence; va, je me conduirai pour le mieux. Si j’étais encore belle, ce serait autre, chose; mais puisque m’y voilà, ne désobligeons pas nos amis.» Il n’a su que me dire. Il a encore levé, les yeux au ciel, il m’a serré la main, l’a baisée, et m’a quittée précipitamment.