La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
Quand il a été parti, c’était l’heure du dîner. J’ai présenté la main à mon frère, en lui disant: «Je t’assure que si tu n’avais pas accepté ce présent, que je te faisais, le financier n’aurait rien obtenu!» Il a rougi, et a jeté le présent avec indignation sur mon ottomane. Je l’ai été prendre. «Il faut le garder, si tu ne veux pas que je sois au désespoir d’avoir favorisé un singe, qui ne m’inspire que de la répugnance.» Il l’a enfin repris, et l’a serré, non sans de grands soupirs… Jamais je n’ai éprouvé, une joie plus vive et plus pure! si cela m’était arrivé vertueuse, je ne pourrais me lasser d’exalter les douceurs que procure la vertu mais c’est le vice, et je sens que cela me le rend beaucoup moins laid. Le marquis est entré pour lors, et nous nous sommes mis à table. J’ai été le reste de la journée d’une gaieté bruyante, et si folle, que mon frère et le marquis m’ont demandé la raison? J’ai dit tout bas à Edmond: «je n’en ai pas d’autre que le plaisir que tu m’as fait.» Il a été touché de ces sentiments; il m’a baisé la main, en disant au marquis: «C’est un excellent cœur! quel dommage que la tête soit si folle!» Et comme le marquis sait qu’Edmond est absolument dans ses intérêts, il s’est tranquillisé… Il a quelquefois eu beaucoup moins de sujets d’inquiétude, que rien ne pouvait le calmer!… Mais les voilà, ces bonshommes! Trompons-les bien! car, fussions-nous des Lucrèces, ils n’en seraient pas plus heureux; c’est une pure duperie que de leur être fidèles; ils n’y gagnent rien, et nous y perdons.
Je serais la plus ingrate des femmes, si je ne rendais pas la gloire à qui elle appartient: mon bonheur actuel est l’ouvrage de l’ami; sans lui, entre nous, que serais-je? supposons la femme du marquis? je serais bornée, contrainte; sans doute réduite à garder mon appartement dans une triste solitude, à voir une maîtresse inspirer tous les sentiments qu’on me jure, et jouir de tous les plaisirs qu’on me prodigue: car il ne faut pas croire, que devenue femme du marquis, j’aurais eu la liberté dont il laisse jouir son égale, une femme qui a des parents qui prendraient sa défense, et une forte dot, qu’on pourrait lui faire restituer, j’aurais le sort de toutes les grisettes qui épousent des marquis, si ces derniers ne sont pas des benêts, comme un certain comte: je serais méprisée, réduite à la compagnie de mes femmes; je n’aurais pas même, si ce n’est en cachette, la société de mes laquais. Oui, l’ami est un génie; lui seul, véritablement au-dessus des préjugés, a su me rendre réellement heureuse, et je crois que mon frère le serait également, s’il s’était entièrement abandonné à ses conseils; si, comme moi, il lui avait livré son corps et son âme. En effet, quelle mort elle fut jamais dans une situation plus agréable! Tout me rit autour de moi: j’ai le plaisir, comme certaines princesses, de choisir les plus beaux hommes, et de leur jeter le mouchoir, qui est toujours ramassé avec des transports de reconnaissance. Aucune étiquette ne me gêne; on sait que je fais ce que je puis, dans ma situation. mes gens eux mêmes, qui savent tout, ne me méprisent pas. Je suis fille, maîtresse de moi, et c’est mon état que de faire des heureux… Je n’ai. pas eu le bonheur d’avoir un père comme celui de Ninon, l’ami m’en a servi; je lui dois plus qu’à mon père charnel… Tu vois que cela coule de source, et que je ne saurais m’arrêter, quand il s’agit de marquer ma reconnaissance pour l’ami.
À présent, ma chère Laure, auras-tu cette lettre? Il faut que je me consulte… Oui, je vois que j’ai encore laissé un petit repli dans mon cœur à la discrétion. Remercie-moi! Il faut être aussi bonne que je la suis, et aussi tendre amie envers toi, pour te donner… que sait-on? des verges pour me fouetter un jour. Rends-moi la pareille, si tu es généreuse; ou…