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La jeune fille et les clones

Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:

Sur Stratos, les femmes se reproduisent l'hiver par clonage. En été, les hommes entrent en rut et il faut les enfermer dans les Sanctuaires. Mais quelques-uns échappent à la police sexuelle et s'accouplent, proti pudor ! avec les femmes. Les « vars » qui naissent de ces unions sont élevés jusqu'à la puberté puis chassés du clan ; à eux d'en fonder un autre, s'ils peuvent.
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
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À l’entracte, Maïa fut emmenée dans le foyer où des serveuses portaient des plateaux de boissons et de confiseries. Si son escorte n’avait tenu la vie de Leie et de Brod entre ses mains, elle aurait pu lui fausser compagnie… Elle ravala sa frustration et obéit à ses consignes avec un sourire de convenance. Elle prit la boisson pétillante que lui présentait une serveuse, une var qui regardait obséquieusement ses pieds.

Le sourire de Maïa s’élargit quand elle vit approcher deux personnages de connaissance : Naroïne, l’air déplacé dans sa robe noire, et Clevin, l’austère commodore de la guilde des Pinnipèdes. « Mon père », se dit Maïa. La réalité était si éloignée de ses rêves d’enfant qu’elle s’interrogeait sur ses véritables émotions. Puis elle vit la lueur de fierté qui s’alluma dans ses yeux gris quand il l’aperçut. Ils étaient accompagnés d’une sombre beauté aux yeux verts, énigmatiques, et d’une grande femme élégante, au visage intelligent délicatement charpenté sous ses cheveux d’argent, sobrement coiffés.

— Iolanthe ! s’exclama Odo. Quelle joie de vous voir reparaître en société. Les soirées étaient si ternes sans vous.

— La citadelle Nitocris pleure son ami de l’Extérieur, répondit posément la grande femme. Avoir fait un si long voyage pour ne rencontrer que la traîtrise et la mort…

— Une mort qu’il s’est donnée lui-même, remarqua Odo. Quelle ironie ! Les secours étaient tout proches. S’il avait su…

Maïa l’aurait tuée. Elle serra les dents et se contenta de saluer sobrement Naroïne et son père.

— Vous vous sentez donc délivrée de votre crime ? rétorqua Iolanthe. Nous trouverons d’autres témoins, nous obtiendrons d’autres dépositions. Une si large conjuration d’intérêts divergents ne peut tenir. Vous jouez un jeu dangereux, Odo.

— J’ai fait le sacrifice de mon existence. Aux macro-échecs, un camp peut perdre plusieurs reines et l’emporter quand même. C’est la vie.

— Mauvaise métaphore, lâcha laconiquement Clevin, à la surprise générale. Vous ne jouez pas au jeu de la Vie.

Odo le dévisagea comme si elle ne pouvait croire à son insolence, puis elle éclata d’un rire sardonique. L’homme n’eut pas un battement de cils. Son silence était plus mordant que la dérision de la femme. Maïa lui adressa un regard complice.

— Tu m’as manqué, gamine, intervint Naroïne. Désolée de pas avoir prévu ce coup-là. J’avais sous-estimé ton importance. Ça va, sinon ?

— Ça va, répondit tout bas Maïa. Et vous ?

— Impec. J’en ai pris pour mon grade après ton enlèvement. J’pouvais pas d’viner qu’tu d’viendrais une légende vivante.

Mais qu’est-ce qu’ils ont tous après moi ? se demanda Maïa en constatant que tout le monde la dévorait du regard. Et pas seulement les imposantes mères, mais aussi beaucoup de mâles.

— C’est inacceptable, Odo, reprit Iolanthe. Vous ne pouvez la retenir prisonnière. Venez avec nous, mon enfant, dit-elle à Maïa. Nous vous protégerons comme si vous étiez des nôtres, par des moyens que vous ne pouvez imaginer.

« Si tu savais tout ce que j’ai vu ces derniers temps », se dit Maïa. Telle l’épée de Lysos brisant les chaînes symboliques sur l’horloge monumentale de Lanargh, les événements avaient rompu toutes les entraves qui bridaient son imagination.

Enfin, l’offre de cette Iolanthe était sans doute sincère. Son camp avait perdu la partie d’avance sur l’échiquier politique, mais elle pourrait sans doute encore assurer la protection de Maïa. Elle n’avait qu’un pas à faire.

« Il y a toutes sortes de prisons », songea-t-elle cyniquement.

— Merci beaucoup, répondit-elle. Une autre fois, peut-être.

La Savante accusa le coup, mais Naroïne ne parut pas surprise.

— Je vois. Tu te plais chez les Persimes ? Vous avez fait ami-ami ? fît-elle d’un ton sarcastique.

Maïa crut d’abord que c’était la rancœur qui la faisait parler, puis elle reconnut l’éclat farouche de son regard.

Elle opina du chef et respira un grand coup.

— Oh – oui. Odo – est – mon – amie – comme – elle – était – celle – de – Renna, articula-t-elle avec raideur.

C’était le message qu’on lui avait ordonné de transmettre, mais débité sur un ton qui le démentait formellement. Elle entendit Odo contenir un râle de fureur. « Leie, Brod, je viens peut-être de signer votre arrêt de mort…»

Avec un peu de chance, Naroïne comprendrait que Maïa n’était pas libre de ses mouvements. Peut-être restait-il au gouvernement des femmes honnêtes à qui elle pourrait s’adresser pour tirer deux innocents de captivité. Le jeu en valait la chandelle, mais elle n’avait pas intérêt à y jouer trop souvent avec la Persime. Tout à coup, elle vit Clevin serrer les poings et sentit la chaleur qui émanait de lui en plein hiver.

— Ça n’arrêtera pas la grève, gronda-t-il.

Naroïne lui prit fermement le coude. Quelle grève ? s’étonna Maïa tandis qu’Odo éclatait d’un rire qui lui fit froid dans le dos.

— D’ici quelques jours, quelques semaines à tout casser, il n’en sera plus question, de votre grève ! Toutes les femmes feront front contre vous. Fini, les laissez-passer d’été. Vous n’aurez plus de fils. N’est-ce pas, Maïa ?

Elle jugea préférable de ne pas trop tirer sur la ficelle.

— Oui, fit-elle en se demandant à quoi elle acquiesçait.

— Nos différends ont pris fin avec ce malheureux Visiteur, poursuivit Odo. Maïa s’est ralliée à nous pour restaurer le calme et la sérénité dans le Plan des Fondatrices.

La femme aux cheveux noirs et au regard intense qui accompagnait Naroïne fit entendre sa voix pour la première fois.

— J’imagine, Maïa, que ça ne vous ennuiera pas si je viens vous voir à la citadelle persime ?

— Quelle Upsala êtes-vous ? demanda Odo sans laisser le temps à Maïa de répondre.

La question résonna étrangement aux oreilles de Maïa. Comme si l’individualité d’une clone importait…

— Je suis Brill Upsala, examinatrice de l’Administration, répondit la femme en inclinant gracieusement la tête.

Odo se rétracta, comme si elle avait affaire à plus forte partie qu’avec Naroïne, Clevin ou l’aristocratique Iolanthe.

— J’en serai honorée, Brill Upsala, répondit impulsivement Maïa, la transpiration lui picotant les aisselles sous sa lourde robe. Venez quand vous voudrez.

Un carillon retentit et la lumière baissa dans le foyer. Odo prit la main de Maïa et la serra à lui faire mal.

— Le spectacle va reprendre, dit-elle futilement aux autres. Je vous souhaite une bonne fin de soirée. Venez, Maïa.

Elles regagnèrent leur loge dans un silence glacé. Comme elles se rasseyaient, Odo se pencha sur Maïa.

— Encore un tour comme celui-ci, petite graine au vent, et tu le regretteras. De ta docilité ne dépend pas que ta vie…

Maïa prêta une attention distraite à la seconde partie du spectacle. La musique lui cassait les oreilles, les couleurs criardes des costumes lui paraissaient ridicules. Elle oublia un moment son angoisse en remarquant, dans la mer d’extravagances qui s’agitait sur scène, deux sosies de Brill : la cheffe d’orchestre et la ténor qui, affublée d’une fausse barbe, tenait le rôle de Faust, l’archétype du mâle assez présomptueux pour oser défier la Nature.

Une autre semaine passa. Chaque jour, Odo faisait revêtir à Maïa une parure plus somptueuse que la veille et l’emmenait faire un tour sur l’esplanade… en voiture découverte, ce qui lui permettait de l’exhiber sans risquer de contact personnel.

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