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La jeune fille et les clones

Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:

Sur Stratos, les femmes se reproduisent l'hiver par clonage. En été, les hommes entrent en rut et il faut les enfermer dans les Sanctuaires. Mais quelques-uns échappent à la police sexuelle et s'accouplent, proti pudor ! avec les femmes. Les « vars » qui naissent de ces unions sont élevés jusqu'à la puberté puis chassés du clan ; à eux d'en fonder un autre, s'ils peuvent.
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
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— Je pourrais sortir librement du Temple, si je voulais ?

— Ce serait pas très futé, compte tenu des circonstances, répondit l’ex-boscotte en fronçant les sourcils.

— C’est bien ce que je pensais.

— C’est pas ce que tu penses. Y a des gens qui tiennent beaucoup moins que nous à ta santé.

— Bien sûr, acquiesça Maïa. Je sais que vous êtes infiniment plus sympa que d’autres. Oubliez ma question.

— Tu voudrais savoir ce qui se passe, hein ? Écoute, je devais rien te dire avant qu’elle soit arrivée, mais y a quelqu’un qui vient demain te parler, puis t’escorter jusqu’à la capitale. Je sais que ça a l’air foireux, mais il faut me croire. Je te promets que tout s’expliquera le moment venu.

Maïa n’arrivait pas à se méfier de Naroïne. Elles avaient vécu trop de choses ensemble. « Si je ne peux plus faire confiance à personne, autant me suicider tout de suite. »

— D’accord, dit-elle. J’attendrai jusqu’à demain.

Plus tard, alors que Maïa et son escorte partaient pour la promenade en litière de l’après-midi, Hullin tendit à Maïa un pli cacheté à la cire. Le cœur de Maïa bondit quand elle reconnut l’écriture de Brod. Elle attendit d’être dans le marché pour ouvrir la lettre.

« Chère Maïa,

« Leie va bien. Elle t’embrasse. Tu nous manques, mais nous sommes contents de savoir que tu es en de bonnes mains. Espérons que la vie est belle et ennuyeuse pour toi, pour changer. »

Maïa sourit. Attendez un peu de recevoir ma prochaine lettre ! Leie allait crever de jalousie de n’avoir pas rencontré Clevin la première ! Elle se réjouissait de lui annoncer qu’un de leurs rêves d’enfance s’était réalisé.

Lysos, que Brod et Leie lui manquaient ! Maïa aurait tout donné pour qu’ils pussent la rejoindre rapidement.

« Ici, ça se tasse un peu. Je commence même à me demander ce que nous y faisons encore un troupeau de Savantes est arrivé de l’Université avec de grosses consoles qu’elles ont reliées à ton mur d’images et elles lui font faire des trucs ahurissants. Elles ont cessé d’interroger Leie à ce sujet. Sans doute croient-elles l’avoir domptée. »

Maïa combattit une vague jalousie. Maintenant que le secret était éventé, il était normal que des professeurs sondent ses mystères. Elles apprendront peut-être une chose ou deux… peut-être même changeront-elles d’avis sur certains sujets.

« Tous les hommes sont partis, sauf ceux qui servent sur les bateaux de ravitaillement. Pareil pour les vars et les fliques qui ont aidé à reprendre Botjelli aux pirates. On nous a défendu de parler aux marins. Ils sont interdits de séjour dans le sanctuaire et auprès du Modeleur, et ils passent leur temps libre à faire du tourisme dans le lagon, et je ne devrais pas avoir de mal à glisser ce mot à…»

Maïa fut distraite par une embardée de la litière. Le marché grouillait de monde, ce jour-là. Il y avait du remue-ménage un peu plus loin vers l’avant. Un trio de femmes discutait avec véhémence devant une échoppe. Soudain, l’une des trois s’empara d’une coupe de drap et s’enfuit avec. La marchande se mit à pousser les hauts cris. Des ondes d’agitation parcoururent la foule quand des clones de la vendeuse sortirent de la boutique. D’autres se portèrent à leur secours. La bousculade et les cris s’intensifièrent à une allure stupéfiante. On en vint aux mains et le tumulte se rapprocha de Maïa.

Ses gardes s’interposèrent tandis que Hullin harcelait les lugars ahuris pour leur faire faire demi-tour. Ils s’engagèrent dans une ruelle, baissant la tête pour éviter le linge pendant aux cordes.

— Je ferais peut-être mieux de descendre, suggéra Maïa.

Hullin poussa un cri d’effroi. Quelqu’un dissimulé dans le renfoncement d’une porte lui avait jeté une couverture sur la tête. Les lugars effrayés firent tanguer la litière. Maïa tomba en tentant futilement de rattraper la lettre de Brod.

Elle se retrouva soudain nez à nez avec… Tizbé Bellère !

Elle n’eut pas le temps de dire ouf qu’on lui lançait à son tour un tissu épais sur la figure. On l’emmena avec brutalité, à moitié suffocante, au milieu d’un tumulte discordant, dans une course désordonnée le long d’un chemin sinueux aux virages brusques. Le malaise physique occasionné par cette épreuve ne le cédait qu’à la frustration de ne pouvoir se défendre.

Elle retrouva enfin la lumière du soleil. Elle eut à peine le temps de reprendre son souffle qu’on recommençait à la tirer et à la pousser. Cette fois, elle se débattit et réussit à donner des coups de coude et de pied à ses ravisseuses avant qu’on ne lui flanque sur le côté de la tête une taloche qui lui fit voir trente-six chandelles. Au milieu de cette agitation, elle aperçut l’endroit où on l’emmenait : un appareil de bois et d’acier en forme d’oiseau. Un engin aérien.

— Détends-toi, Pu-pucelle, fit ironiquement Tizbé Bellère. Profite plutôt de la vue. Ce n’est pas si souvent qu’une petite var comme toi a l’occasion de prendre les airs !

Vaisseau itinérant CYDONIA-626 – Journal de bord

Mission Stratos Arrivée + 53 755 Ms

Depuis l’explosion, depuis que Renna m’a prévenu de son gambit désespéré, j’observe et j’écoute. Les agences stratoïnes officielles font des déclarations contradictoires. La plus grande confusion semble régner en bas. Une seule chose est sûre, c’est que les combats ont cessé. L’agent irritant ayant disparu, les factions rivales se sont calmées.

Renna avait-il raison ? Son sacrifice était-il nécessaire ?

Suffira-t-il ?

Nous ne pouvions davantage troubler Stratos, mais ce que le devoir exige de nous est parfois au-delà de nos forces.

Il va falloir que je fasse mon devoir, moi aussi. Bientôt.

Chapitre XXVII

Le premier moment de panique passé, l’enlèvement se révéla assez confortable, en fin de compte. Maïa fit contre mauvaise fortune bon cœur et contempla l’immensité du continent de l’Arrivée par le hublot vitré.

Des champs verts et jaunes s’étendaient à perte de vue, griffés par de longs doigts de forêts sombres destinés à fournir aux créatures indigènes des couloirs migratoires allant de la côte jusqu’aux montagnes qui se perdaient dans les brumes du nord. De petites villes, des hameaux et des citadelles claniques étaient posés à intervalles réguliers le long des routes. Des lacs au bord desquels on avait établi des élevages piscicoles étincelaient au soleil.

Des péniches paressaient sur les fleuves et les canaux. Des essaims de dragons d’eau douce voletaient entre les fermes et les habitations, à la recherche d’une terre en friche. Des heptoïdes vautrés dans les fougères, au bord de l’eau, déployaient leur large nageoire dorsale afin de capter la chaleur du soleil. Des zoors dansaient lascivement dans la brise, joyeux ballons pâturant la cime des arbres.

On n’a de vraie perspective que d’en haut. Maïa n’aurait jamais imaginé que Stratos fût si vaste. Tout témoignait de la cohabitation rustique de l’humanité et de la nature. Renna disait que les humains transforment souvent leur monde en désert, par leur inconséquence. Voilà au moins une chose dont on ne saurait faire grief à Lysos ou aux clans stratoïns…

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