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La jeune fille et les clones

Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:

Sur Stratos, les femmes se reproduisent l'hiver par clonage. En été, les hommes entrent en rut et il faut les enfermer dans les Sanctuaires. Mais quelques-uns échappent à la police sexuelle et s'accouplent, proti pudor ! avec les femmes. Les « vars » qui naissent de ces unions sont élevés jusqu'à la puberté puis chassés du clan ; à eux d'en fonder un autre, s'ils peuvent.
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
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Mais il disait aussi qu’on pouvait arriver au même résultat par d’autres moyens, sans renoncer à tant de choses.

La pilote manipula des commandes et l’appareil amorça un virage vers l’ouest. L’intérieur de l’engin était constitué de panneaux de bois et d’une quantité stupéfiante d’instruments manufacturés. Maïa était dévorée de curiosité, mais ses mains liées lui rappelaient utilement sa situation. Aussi faisait-elle comme si Tizbé n’existait pas, allant jusqu’à bâiller quand elle tentait d’engager la conversation. Le message était clair : par deux fois déjà elle lui avait faussé compagnie, flanquant ses plans à l’eau, et elle se voyait assez bien recommencer. Maïa sentait que son attitude exaspérait la clone.

« Le métier commence à rentrer, se dit-elle. Elles accumulent les erreurs et moi, je m’en sors de mieux en mieux. À ce tarif-là, j’arriverai peut-être un jour à maîtriser ma vie. »

La pilote annonça une zone de turbulence. Bientôt, l’appareil parut agité par une main gigantesque. Tizbé et ses sbires prirent une teinte verdâtre qui réjouit Maïa. Curieusement, les mouvements de l’appareil ne semblaient pas l’affecter. Elle ajouta à leur malaise en les regardant comme autant de spécimens d’une espèce inférieure, un peu répugnante. « J’aurais voulu vous voir à bord du Wotan, lors de cette tempête », se dit-elle en éclatant d’un rire méprisant.

Une lumière dorée attira son attention, vers l’avant. Elle montait d’une vaste zone accidentée entourant un groupe de collines situées au confluent de trois grands fleuves.

Caria, se dit Maïa en reconnaissant les célèbres toits de tuiles jaunes, la tiare de pierre blanche coiffant le plateau de l’acropole sur lequel se dressaient deux basiliques jumelles, d’une indicible majesté : la Bibliothèque et le Grand Temple de Mère Stratos. Toute sa vie, Maïa avait entendu des femmes parler de leur pèlerinage à Caria, pour adorer l’esprit tutélaire de la planète – et de ses apôtres, les Fondatrices – sous cette immense coupole flanquée de son dragon géant d’or et d’argent. L’autre palais, tout aussi grandiose, était vierge de toute décoration et on n’en parlait guère. C’est pourtant à lui que Maïa s’intéressa tandis que l’appareil virait sur l’aile et mettait le cap au sud.

Lysos n’aurait pas fait bâtir une aussi grande bibliothèque si elle avait voulu en faire un club réservé à une élite.

Elle admira le superbe édifice jusqu’à ce qu’il disparût derrière une colline couverte de demeures claniques de classe moyenne. Maïa s’intéressa alors à la pilote. Au moins, ça lui éviterait de s’interroger sur son sort…

Ses ravisseuses l’installèrent dans une chambre élégante, sans luxe inutile, avec son papier peint à fleurs et sa baignoire. Un étroit balcon donnait sur un jardin clos. Deux gardes-servantes flegmatiques mais souriantes la tenaient discrètement à l’œil.

Maïa s’attendait à ce qu’on l’emmène dans une des maisons de Plaisir tenues par les Bellères, comme celle où Renna avait été enlevé, puis qu’elle soit livrée aux clientes perkinistes de Tizbé, qui lui revaudraient ce qu’elle avait fait à Longue Vallée, des mois auparavant. Mais cet endroit ne ressemblait pas à un bordel, et les alentours n’évoquaient pas le genre de quartier où on les trouvait généralement. Des bannières multicolores claquaient en haut des tourelles qui surplombaient les grands arbres des propriétés voisines : nobles citadelles de clans dominant, sur l’échelle sociale, la famille de Tizbé, autant que celle-ci dominait Maïa. Dans le jardin, elle entendait un quatuor à cordes et des enfants qui riaient tous du même rire cristallin. D’une pièce en haut d’une tour où la lumière restait allumée tard dans la nuit s’échappaient les éclats d’une dispute entre adultes, la même voix tenant plusieurs rôles.

Après l’atterrissage et un trajet en automobile (le premier de sa vie), Maïa ne vit plus aucune Bellère. Elle était devenue un pion dans le jeu du pouvoir qui se jouait dans les cercles supérieurs de la société stratoïne. « Je devrais être flattée, ironisa-t-elle. À condition de vivre jusqu’à l’équinoxe. »

À sa demande, on lui apporta de la lecture : un traité sur le jeu de la Vie, écrit trois cents ans plus tôt par une Savante qui avait passé des années en mer et comme hôtesse d’été de plusieurs sanctuaires, à étudier les hommes et les aspects anthropologiques du jeu. Maïa trouva l’ouvrage passionnant, malgré certaines conclusions tirées par les cheveux sur la sublimation ritualiste. Plus difficile à digérer était une théorie mathématique du jeu de la Vie, écrite un siècle auparavant. Le livre était d’une lecture ardue, mais finalement plus satisfaisante que ceux que lui avaient donnés les Pinnipèdes, qui se contentaient d’énumérer les stratégies gagnantes. Ce repas mental l’avait laissée sur sa faim.

Les livres l’aidèrent à passer le temps pendant qu’elle achevait sa guérison. Elle se remit à faire un peu d’exercice tout en restant à l’affût des occasions de s’évader.

Une semaine passa. Maïa lisait, se promenait dans son jardin, éprouvait la vigilance de ses gardiennes, et s’en faisait pour Leie et Brod. Elle ne pouvait même pas demander s’il y avait eu d’autres lettres, puisque son ami avait apparemment fait sortir la dernière en cachette. Inutile de le dénoncer…

Elle se refusait à donner libre cours à sa hargne, pour ne pas donner cette satisfaction à ses ravisseuses, mais la nuit, l’explosion de l’appareil de Renna hantait son sommeil. Elle se réveillait en sursaut, le cœur battant à tout rompre et haletante comme si elle était enterrée vive.

Un jour, ses gardes lui amenèrent une visiteuse.

— Ta gracieuse hôtesse, Odo, du clan Persim, annoncèrent-elles avant de s’écarter en s’inclinant obséquieusement devant une grande femme d’âge mûr, au port aristocratique.

— Je sais qui vous êtes, commença Maïa. Renna m’a dit que c’était vous qui l’aviez fait enlever.

— C’était un bon plan, que vous avez fait échouer par votre intervention, fit la patricienne d’une voix distinguée en s’asseyant. Vous plairait-il de savoir pourquoi nous nous sommes donné tant de mal et avons encouru tant de risques ?

— Si ça vous chante… Personne ne m’attend.

— De nombreuses factions voulaient éliminer l’Extérieur. La plupart pour des raisons viscérales, irréfléchies. Comme si sa destruction pouvait inverser le cours des événements et effacer la redécouverte de Stratos par le Phylum hominien. Certaines nourrissaient l’illusion que sa disparition arrêterait la venue des cryovaisseaux chargés d’envahisseurs pacifiques. Ils arriveront bien après notre mort, ce qui nous laisse amplement le temps de trouver une solution. Exécuter ce malheureux messager ne pouvait que nous mettre en porte à faux lors de la reprise de contact, si elle a jamais lieu.

— Ouais. Et vous, vous aviez de bonnes raisons de vous emparer de lui. Lui extorquer des renseignements, par exemple ?

— Nous avions, en effet, des investigations à mener. Nos alliées perkinistes travaillent sur de nouvelles méthodes de sectionnement des gènes susceptibles de permettre l’autoclonage sans intervention du mâle. D’autres espéraient obtenir de lui des informations sur les dernières technologies défensives, ou sur les faiblesses des cryovaisseaux afin de pouvoir les détruire à distance.

— Pour que personne ne sache que vous massacriez des dizaines de milliers d’innocents.

— On m’avait dit que vous pigiez vite pour une souris. Nous espérions tirer bien d’autres choses encore de l’étranger.

Maïa songea aux radicales de Kiel, qui visaient à modifier la biologie et la culture stratoïnes autant que les Perkinistes, mais dans une direction opposée. Renna n’aurait pas plus aimé être utilisé par les unes que par les autres.

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