La jeune fille et les clones
- Автор: Брин Дэвид
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Pocket
- ISBN: 2-266-08011-3
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
— Laissez-moi deviner… Les Bellères étaient strictement intéressées par l’agent, mais vous, les Persimes, les sang-bleu, vous aviez des motivations plus personnelles…
— Sa présence à Caria devenait préoccupante. Sa surprenante retenue durant l’été lui avait gagné des alliées, et cela n’aurait fait qu’empirer avec l’hiver et les premiers givres. Imaginez l’impact qu’aurait pu avoir sur certaines femmes impressionnables un mâle à l’ancienne, en pleine possession de ses moyens et prenant la parole en public ! De nombreuses « modérées » échappaient de plus en plus à notre contrôle. La raison d’État exigeait que nous le fassions disparaître.
— Quoi ? s’écria Maïa en se levant d’un bond. Espèce de salope prétentiarde ! Vous voulez dire que c’est pour ça que…
La femme leva une main apaisante et reprit un ton plus bas.
— Vous avez raison. Il y avait autre chose. Nous lui avions fait une promesse que nous ne pouvions tenir. Nous nous étions engagées à lui faire regagner son vaisseau, une fois sa mission terminée. C’est pourquoi il était descendu à bord d’une simple navette, au lieu de prendre d’autres dispositions. Pendant des mois, celles qui croyaient en lui ont tout fait pour restaurer les installations de lancement. Elles fonctionnaient encore, il y a quelques siècles. Nos archives sont formelles. Mais trop d’éléments s’étaient détériorés. Nous avons perdu trop de connaissances. Nous ne pouvions le renvoyer chez lui.
« Pour tout arranger, il était en contact permanent avec son vaisseau. Certaines d’entre nous qui voulaient déjà le supprimer pour l’empêcher de relayer des informations utiles aux futurs envahisseurs se sont montrées intraitables quand il a demandé à inspecter nos installations spatiales. Il allait bientôt annoncer que Stratos n’avait plus accès à l’espace.
« Un soir, il m’a confié que les itinérants étaient considérés comme pouvant être immolés sur l’autel de la nouvelle croisade du Phylum consistant à recontacter les mondes hominiens perdus. Dès lors, son existence ne pesait pas lourd. Quelle ironie, n’est-ce pas ? Ce sont ses propres paroles qui ont fini par convaincre mon clan et d’autres de s’allier aux Perkinistes.
« Ça, c’est Renna tout craché », songea Maïa, effondrée. Cet étrange mélange de sophistication et de naïveté figurait au nombre de ses traits les plus charmants et les plus étranges.
— J’imagine que le nouveau lanceur de Botjelli en a fait changer quelques-unes d’avis ? releva-t-elle.
— C’est plus compliqué que ça. Un grand remue-ménage politique est en cours. Le Modeleur et les installations annexes suscitent bien des querelles.
« Tu parles ! Moi, je dirais que tu as une trouille verte ! »
— Pourquoi me racontez-vous tout ça ? s’étonna Maïa. Qu’avez-vous à fiche de ce que peut bien penser une var comme moi ?
— En temps normal, pas grand-chose, mais nous avons besoin de votre coopération. Vous devrez faire certaines choses…
— Sans blague ? s’esclaffa Maïa. Et qu’est-ce qui vous fait croire que je ferais quoi que ce soit pour vous ?
La réponse était toute prête. De sa manche, Odo tira une petite photo. Maïa la prit d’une main tremblante. On y voyait Brod et Leie debout près d’une énorme spirale de cristal : le lanceur de Botjelli. La jeune fille paraissait plongée dans la contemplation de la machine tandis que Brod lui montrait un document. Maïa discerna leur tension à leurs épaules un peu rentrées. Non loin d’eux, une bonne dizaine de femmes bavardaient ou posaient devant la photographe. Près d’un tiers étaient des clones de la matriarche assise en face de Maïa.
— Je pense que le sort de votre sœur et de son compagnon vril ne vous est pas indifférent. C’est ce qui m’incite à croire que vous vous montrerez coopérative. Pour commencer, poursuivit la femme sans paraître remarquer le regard brûlant de haine que Maïa braquait sur elle, ce soir, nous allons à l’Opéra.
Maïa ne fut pas complètement prise au dépourvu par l’élégance du décor. Elle était déjà allée plusieurs fois au Théâtre de la capitale par le truchement de la télé et des dramaclips. Petite fille, elle avait rêvé des robes somptueuses de ces riches clones, de l’aisance avec laquelle elles passaient d’un groupe à l’autre, intriguant derrière leur éventail.
Mais c’était une autre paire de manches, c’est le cas de le dire, que de se colleter pour de bon avec des agrafes, des lacets et des hectares de tissu houleux, autant de symboles du statut et de l’état de fortune de celle qui les portait, et de sa maison. Deux jeunes femmes de la ruche d’Odo vinrent aider Maïa à se préparer pour sa première soirée d’imposture. Elles disposèrent les manches bouffantes et le pantalon plissé de façon à camoufler ses cicatrices, mais Maïa refusa de se laisser maquiller. Odo prit son parti, pour des raisons à elle.
— Autant qu’on la reconnaisse, et un ou deux petits bleus y contribueront. Et puis elle a fière allure, comme ça, non ?
Maïa se tourna vers la psyché et resta interdite. Sa tenue mettait en évidence son nouveau corps de femme. Elle faisait bien quatre centimètres de plus, dans toutes les dimensions, que le poulet décharné qui avait quitté Port Sanger des mois auparavant. Mais c’était son visage qui avait le plus changé, de la fine cicatrice qui courait sous son oreille droite à sa chevelure lustrée, en passant par ses pommettes qu’avait fui toute rondeur enfantine. Surtout, ses yeux paraissaient juvéniles et innocents jusqu’à ce qu’on les regardât de plus près.
Sous l’arcade sourcilière de son père, qui commandait aux navires et aux tempêtes, ils exprimaient un curieux mélange de scepticisme et de sérénité.
C’était une nouvelle image d’elle-même. « Mais c’est la bonne, saignerie ! se dit-elle. Prends la vie comme elle vient. Et les Persimes n’ont qu’à bien se tenir ! » Seulement, elles tenaient la vie de Leie et de Brod entre leurs mains… Elle regarda Odo en souriant. « Tu as eu tort de me laisser voir ça. On va voir combien d’autres erreurs tu vas commettre. »
Le Grand Théâtre se dressait sur l’acropole, près du Temple et de la Bibliothèque. Des voitures à cheval, des litières à lugars et des limousines motorisées déposaient sur l’esplanade le public habituel des premières, la fine fleur de la société carienne : Prêtresses, Conseillères, juges et Savantes. Beaucoup de mères de grands clans étaient accompagnées de filles et de nièces clones, trop jeunes pour assumer le pouvoir, mais en âge de procréer et d’ailleurs escortées d’hommes portant la tenue de cérémonie de leurs guildes. Le gratin des hommes de Stratos, venus se faire courtiser et divertir.
Maïa observait tout cela d’une voiture qui avait amené Odo et six femmes de son âge, originaires de différents clans aristocratiques. Sous leur politesse glaciale transparaissait une haine ancestrale, issue d’un large spectre de fanatismes, mais ce qui faisait leur puissance s’enracinait beaucoup plus profondément dans le cœur de la société établie par Lysos.
Tous les regards et des chuchotements suivirent Maïa le temps qu’elle traverse l’esplanade, monte les marches, passe le portique ornementé, gravisse un fastueux escalier et entre dans une loge où Odo la fit asseoir sur le devant, bien en vue. La lumière s’éteignit heureusement très vite. Le chef d’orchestre leva sa baguette, et le spectacle commença.
C’était un opéra classique, Wendy et Faust, qui abordait le thème rebattu de la lutte éternelle entre le pragmatisme féminin et les aberrations périlleuses des mâles du temps jadis.
Sans doute ce drame avait-il été remonté sur l’instigation de certains partis politiques, dans le cadre d’une campagne de propagande contre la reprise de contact avec le Phylum. La présence de Maïa était destinée à témoigner son approbation.