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Les Pardaillan – Livre III – La Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre III – La Fausta». Краткое содержание книги:

Nous sommes en 1573. Jean de Kervilliers, devenu monseigneur l'?v?que prince Farn?se, fait arr?ter L?onore, sa ma?tresse, fille du baron de Montaigues, supplici? pendant la Saint Barth?l?my. Alors que le bourreau lui passe la corde au coup, elle accouche d'une petite fille. Graci?e par le Pr?v?t, elle est emmen?e sans connaissance vers la prison. Devant les yeux du prince Farn?se tortur? par la situation, le voil? p?re et cependant homme d'?glise, la petite Violette est emport?e par ma?tre Claude, le bourreau…
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Il s’enveloppa de son manteau et, sous ce manteau, cacha deux épées. Alors, il descendit, appela Comtois le geôlier de la tour du Nord et, suivi comme la veille de quatre arquebusiers, il se dirigea vers le cachot de Pardaillan.

Au premier sous-sol, il laissa les gardes et le geôlier, leur ordonnant de l’attendre là. Puis, prenant le falot, il descendit, entra dans le cachot, referma la porte derrière lui, accrocha la lanterne à son clou, jeta bas son manteau, et tendant une épée à Pardaillan:

– Monsieur, dit-il, par un coup de traîtrise, vous m’avez désarmé une fois. Je pourrais vous tuer. Mais M. de Guise qui veut absolument vous questionner serait capable de m’en vouloir. Vous êtes enchaîné par les pieds, c’est vrai; mais vos chaînes ont assez de jeu pour que vous puissiez vous mettre en garde. De mon côté, je vous jure bien que je ne romprai pas, ni en arrière, ni par les flancs. Nous sommes donc à égalité. Voici une épée. Vous m’avez désarmé: je vous désarmerai. Et quand j’aurai fait constater que je suis votre maître, je serai à votre disposition, monsieur, pour toutes commissions que vous voudriez faire exécuter après votre mort qui doit advenir demain au jour levant. Je pense, monsieur, que vous serez assez galant homme pour ne pas refuser ma revanche.

– Monsieur de Bussi-Leclerc, dit Pardaillan, d’une voix qui malgré lui frémit d’une joie puissante, j’étais sûr qu’un homme tel que vous ne voudrait pas rester sous le coup d’une défaite aussi affreuse. Aussi, vous voyez, je ne dormais pas… JE VOUS ATTENDAIS!…

XLVII MONOLOGUE DE PARDAILLAN

N’ayez pas peur, lecteur, il sera bref. Voici ce que se racontait à lui-même le chevalier de Pardaillan, dans l’heure même où le sire de Bussi-Leclerc se préparait à descendre à son cachot:

«Viendra-t-il? Ou ne viendra-t-il pas? Ai-je bien lu sur ce visage de spadassin la vanité incurable, la vanité têtue, la vanité qui saigne, souffre, enrage et pleure? Ai-je bien vu dans ces attitudes la bienheureuse haine qu’il me porte? Dois-je espérer que j’ai assez exaspéré cette vanité, que j’ai assez fourragé dans cette plaie, que j’ai assez envenimé cette haine?… Seigneur Dieu, si vous existez, faites seulement que M. de Bussi-Leclerc ait bien la dose de vanité que je lui suppose; le reste me regarde!

«Pouvais-je ne pas me rendre?… Seul, j’eusse tenté quelque coup de folie. Et en cela, je ne suis pas si fou que j’en ai l’air. En effet, combien de fois n’ai-je pas remarqué que la folie est encore ce qu’il y a de plus raisonnable sur cette terre. M. de Pardaillan, mon digne père, avait coutume de ne s’étonner de rien, et cela lui a permis de franchir plus d’un mauvais pas où un homme raisonnable eût laissé ses os et sa peau. Donc, si j’avais été seul, je crois vraiment qu’à force de folie j’eusse été assez sage pour me tirer de la Devinière. Mais voilà, il y avait Huguette!… Huguette étant là, j’ai dû être sage, ce qui fut la plus insigne folie de ma vie…

«Pauvre Huguette! Est-ce que je ne lui devais pas cela?… Pour tant d’amour silencieux, humble et dévoué, pour seize ans de tendresse inavouée, je pouvais bien lui donner cette minute de joie… de ne pas mourir sous ses yeux. Car rien ne prouve que je ne fusse pas mort. Et puis… parmi tant de coups que j’eusse reçus, il s’en fût bien égaré quelques-uns sur elle!… Allons, j’ai bien fait de me rendre!… C’est ma réponse à l’amour d’Huguette…

«L’amour d’Huguette! reprit Pardaillan en fronçant les sourcils. Ma réponse à cet amour est-elle une trahison à l’amour que je cache en moi?… Eh quoi, Loïse! Je t’aime donc toujours?… J’aime une morte! Morte depuis seize ans, morte dans mes bras, en me jetant son dernier regard si doux que j’en sens encore la douceur… J’aime une morte. Il sera donc dit que tout aura été folie dans la vie de mon cœur!… Folie, soit! Mais, est-ce ma faute si je ne puis l’oublier, si je la vois toujours près de moi, me souriant, et me parlant, et me répétant que nous sommes unis jusqu’à la mort!… Non, ce n’est pas ma faute, puisque j’ai essayé de l’oublier, et que je n’ai pas pu. Jusqu’à la mort!… Puisqu’elle est morte, je l’aimerai donc jusqu’à ce que je meure: voilà. C’est bien simple et je n’y puis rien…»

En parlant ainsi, Pardaillan pleurait doucement. Cette fidélité inouïe, cette étrange fidélité à la mort ne l’étonnait pas. Il n’en tirait ni orgueil d’âme, ni vanité de cœur. Comme il disait avec son admirable simplicité, il n’y pouvait rien, et c’était tout. Il continua:

«Cette vipère (il pensait à Maurevert) m’a tout de même octroyé quelques morsures qui m’ont fait souffrir la male mort. Claude! Qui est ce Claude qu’il dit de mes amis?… Et Farnèse!… Pourquoi ces deux noms?… Mais Violetta! mais Charles!… Pauvre petit duc qui avait une si belle confiance en moi et croyait qu’au besoin j’eusse, comme Josué, arrêté le soleil! Pris! Enchaîné comme moi! Et ces plaintes qui descendent parfois jusqu’à moi, ce sont ses plaintes!…»

Et un rugissement lui échappa, à lui! Il secoua ses chaînes et essaya de faire un ou deux pas. Il murmura:

– Pour Loïse assassinée, pour mon père assassiné, pour Charles qu’on assassine, pour Violetta qu’on assassine, pour tant de souffrances répandues sur la terre et concentrées ici, dans ce cachot, qu’est-ce que je demande? De pouvoir un jour dire deux mots à l’assassin et à celle qui jadis fournit l’arme. Ô bonne Catherine, dire que je n’avais pas songé à toi!…

Il était livide. Il y avait dans son regard un tel flamboiement qu’il lui semblait parfois que le cachot s’en éclairait. Et il répéta ces noms étrangement assemblés:

– Loïse… Maurevert… Médicis… Guise… Viendra-t-il ou ne viendra-t-il pas?… Non! Il ne viendra pas…

À ce moment, il dressa l’oreille. Un bruit lointain venait de le frapper. Rapidement, le bruit se rapprocha, la porte s’ouvrit. Pardaillan eut un profond tressaillement qui l’agita jusqu’au fond de l’être. Et de sa pensée, dans un flot de joie terrible, rugit ce seul mot:

– Il est venu!…

XLVIII LA BASTILLE

– Vous m’attendiez? dit Bussi-Leclerc, lorsque Pardaillan, d’une voix très paisible, eut répondu au petit discours qu’il venait de débiter et qu’il avait mis un quart d’heure à préparer.

– Ma foi, oui, monsieur. Aussi vrai que je vous le dis, je vous attendais!

Bussi-Leclerc jeta autour de lui un regard de défiance et grommela:

– J’ai peut-être eu tort de laisser mes hommes là-haut. Si je les faisais descendre? Oui, mais si je n’arrive pas à le désarmer?… Double honte!…

Pardaillan suivait avec une prodigieuse intensité d’attention ce qu’il pouvait lire de pensée sur le visage de son visiteur. Il comprit que, même enchaîné, même dans l’état de faiblesse où il était, il semblait encore redoutable, et il trembla de voir Bussi-Leclerc s’éloigner.

– Je vous attendais, reprit-il; ne m’avez-vous pas annoncé que je dois être questionné? Puisque vous voilà, je suppose que le bourreau n’est pas loin…

– Ah! bon! fit Leclerc. Eh bien, non, mon cher monsieur, ce n’est pas pour cette nuit. C’est, comme je vous le disais, pour demain, au jour levant.

– Il ne fait donc pas jour?…

– Non. Rassurez-vous. Vous avez encore quelques heures devant vous… Venons-en donc à ce que je vous disais. Vous avez entendu ma proposition. Acceptez-vous de me donner ma revanche?

– Je vous ferai observer, monsieur, dit Pardaillan qui tremblait de joie maintenant, que je suis dans une position d’infériorité complète.

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