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Les Pardaillan – Livre III – La Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre III – La Fausta». Краткое содержание книги:

Nous sommes en 1573. Jean de Kervilliers, devenu monseigneur l'?v?que prince Farn?se, fait arr?ter L?onore, sa ma?tresse, fille du baron de Montaigues, supplici? pendant la Saint Barth?l?my. Alors que le bourreau lui passe la corde au coup, elle accouche d'une petite fille. Graci?e par le Pr?v?t, elle est emmen?e sans connaissance vers la prison. Devant les yeux du prince Farn?se tortur? par la situation, le voil? p?re et cependant homme d'?glise, la petite Violette est emport?e par ma?tre Claude, le bourreau…
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«Enfer! gronda en lui-même Maurevert plus livide, est-ce qu’il ne souffrirait plus du passé?…»

– Tu m’as bien cherché, reprit-il tout haut. Voilà des années et des années que tu cours après moi. Voilà des années que je passe, moi, à te fuir… À la fin, je me suis demandé ce que tu pouvais bien avoir à me dire… et je me suis arrangé pour nous ménager ce rendez-vous… Voyons, je suis prêt à t’entendre. Qu’as-tu à me dire?…

Pardaillan suivait des yeux le vol affolé d’une chauve-souris qui, étant entrée dans le cachot, s’irritait sans doute de cette lumière du falot, et tournoyait dans l’étroit espace, se heurtant aux murs, allant, venant, obstinée, silencieuse…

– Voyons si elle trouvera moyen de sortir, murmura le chevalier.

Maurevert trembla de rage.

– C’est bon, dit-il; toi aussi tu sortiras d’ici; mais tu en sortiras les pieds devant, cadavre sanglant que le bourreau, demain, aura façonné pour la tombe. Sois tranquille, Pardaillan. Tu ne t’en iras pas seul au cimetière des suppliciés; je te suivrai jusque-là… Et quand j’aurai vu jeter la dernière pelletée de terre sur ton cadavre, après avoir, ici, assisté à ton dernier soupir, eh bien, je m’en irai, enfin libre et tranquille. Je t’assure, Pardaillan, que je passerai alors une bonne nuit à me dire: Ça y est, le sire de Pardaillan est dans la fosse… Et si, par hasard, quelque terreur posthume vient encore m’inquiéter, eh bien, j’aurai ma femme pour me rassurer et me consoler…

Maurevert s’arrêta un instant. Il espérait cette fois porter un coup terrible à Pardaillan, et puisqu’il ne souffrait plus dans son passé, le faire souffrir dans le présent.

– Ma femme! continua-t-il. Au fait, tu la connais…

Pardaillan, d’un geste de la main gauche, écarta la chauve-souris qui venait de se heurter à lui. Et Maurevert, à ce geste, recula vivement, d’un bond de terreur.

«Quelle sottise! pensa-t-il en comprimant les battements de son cœur. Puisqu’il est enchaîné…»

Pourtant, il demeura à la place qu’il venait de gagner en reculant.

– Il est juste, reprit-il, que tu saches qui est ma femme, et ce que sont devenus tes amis. Je suis venu pour cela… Ma femme, tu la connais. Elle s’appelle Violetta; je viens de l’épouser, il n’y a pas plus d’une heure. Maurevert, l’époux de Violetta. Qu’en dis-tu?…

Pas un geste, pas un battement de paupières ne vint prouver à Maurevert que Pardaillan eût entendu.

Mais l’effort que le chevalier devait faire à cette minute pour commander à son visage et à son corps l’immobilité absolue, cet effort devait être affreux. Si Maurevert avait pu voir cette main que le chevalier avait mise dans son pourpoint, il l’eût vue toute sanglante…

– Quand tu seras mort, continua Maurevert, je partirai avec Violetta. Si elle m’aime ou ne m’aime pas, peu m’importe à moi!… Au contraire, je souhaite sa haine, car ce me sera un double plaisir que d’être le maître de cette fille malgré son amour pour un autre… L’autre, c’est un de tes plus chers amis… Encore un que je hais, puisqu’il est ton ami. Un que je condamne à mort… Tiens… écoute… l’entends-tu qui hurle?… Là! au-dessus de toi!… le cachot numéro quatorze, comme dit cet excellent Leclerc… eh bien, c’est le cachot de Charles d’Angoulême! Tu ne dis rien?…

La poitrine de Pardaillan se gonfla. Maurevert crut que c’était un soupir… un simple soupir… et cela lui parut bien peu pour sa soif de haine.

– Donc, reprit Maurevert, la jolie bohémienne porte mon nom et, tout à l’heure, je l’emmène: c’est mon bien, c’est ma chose. Et d’une! Le petit Valois est là-haut, dans un cachot pareil au vôtre, vous pouvez l’entendre hurler: ce sera toujours une distraction, en attendant la question que viendra vous faire appliquer M. de Guise escorté par votre humble serviteur. Et de deux!… Qu’en dites-vous?… Rien? Passons…

Maurevert souffla fortement. Il alla décrocher le falot et, à pas lents, fit le tour du cachot. Il avait l’air d’examiner curieusement ces pierres noires rongées, moisies, sur la face ravagée desquelles coulaient des pleurs. En réalité, il surveillait Pardaillan du coin de l’œil et s’enivrait d’une jouissance prodigieuse. Il respirait avec délices cet air de tombe, et son cœur se dilatait dans ces ténèbres.

– Tiens, fit-il en appliquant le jet de lumière sur une inscription… Un mot écrit là… Écrit? Non pas, par la mort-diable! Gravé, incrusté, un mot qui fait corps avec cette jolie habitation… l’enseigne de cette auberge!

Et il épela les lettres aux jambages tordus, fiévreux, désespérés… et il lut:

– DOULEUR…

– Oui, continua-t-il en hochant la tête, douleur! C’est ici le royaume de la douleur… Et dire que moi, moi Maurevert, MOI! comprends-tu, Pardaillan? moi que tu poursuis depuis seize ans… depuis le coup de poignard qui piqua le sein de ta chère Loïse… À propos! sais-tu qui m’avait donné ce poignard, sachant à quoi il était destiné?… Une de tes vieilles amies! cette excellente Catherine de Médicis que tu fis enrager un peu, jadis!… Donc, moi, moi qui tremble depuis seize ans, moi qui fuis depuis seize ans… Oh! que tu m’as fait peur, Pardaillan!… Comprends-moi bien. J’ai mené une existence atroce, j’ai erré de maison en maison, de ville en ville, j’ai fui par monts et par plaines! Pendant seize ans, j’ai tremblé, Pardaillan!… Non, tu ne sauras jamais quelle affreuse chose c’était que d’avoir peur de ton ombre, le jour, la nuit, dans la forêt, au fond du Louvre, toujours, partout!… Eh bien, moi, moi Maurevert, dis-je! moi que tu hais, moi que tu as cherché seize ans, moi dont tu aurais mangé le cœur si ta griffe s’était appesantie sur moi… ah! moi, je vais sortir d’ici, libre, heureux, respirant à pleins poumons, riche, sûr de vivre en paix, honneur et prospérité pendant de longues années, heureux comme tu ne fus jamais! Et à chaque heure de ma vie, je me dirai: L’infernal Pardaillan est mort. Je l’ai vu mourir sous les tenailles du bourreau. J’ai jeté la dernière pelletée sur son cadavre de bête fauve! Et j’ai tué son ami, le petit Valois. Et ce soir, son amie, la petite Violetta, me versera du vin et de l’amour! Ah! qu’en dis-tu, Pardaillan?

Pardaillan souriait. Mais Maurevert ne remarqua pas qu’il s’était appuyé du dos au mur pour ne pas tomber.

Pardaillan souriait. Maurevert, dans l’obscurité, ne remarqua pas que les veines de son front se gonflaient, comme si l’afflux de sang allait faire éclater le crâne du prisonnier…

Pardaillan souriait… Il continuait à regarder la chauve-souris qui voletait de-ci de-là dans le cachot.

– La voilà partie! dit-il tout à coup d’une voix si paisible que Maurevert, écumant, grinçant, se laboura le visage à coups d’ongles.

– Oh! démon!… Je t’arracherai bien une plainte! Une seule! Pour que je puisse me repaître du souvenir de cette plainte jusqu’à la fin de ma vie!…

La chauve-souris était sortie du cachot. Pardaillan murmura:

– C’est curieux comme j’ai sommeil… Dormons donc en ce cas!

Il s’allongea sur le sol, posa sa tête sur son bras replié, et ferma les yeux. Si Maurevert avait pu voir l’effroyable souffrance qui déchirait cet homme, il fût devenu fou de joie. Mais ayant dirigé le jet de lumière sur lui, Maurevert vit qu’il dormait paisiblement, la poitrine soulevée par un souffle rythmique, les lèvres souriantes… Et Maurevert gronda une imprécation furieuse et hurla:

– Ton dernier sommeil! Dors ton dernier sommeil! Moi, je vais voir M. de Guise, et ensemble nous reviendrons, accompagnant le tourmenteur… Dors bien, Pardaillan!… Mais tu n’en entendras pas moins tout ce que je voulais dire!… Violetta, et d’une!… Charles d’Angoulême et de deux!… Bon, mais on m’a assuré que tu avais deux amis encore. Deux amis? Tu vas savoir ce que j’en ai fait: Claude et Farnèse sont aux mains d’une femme que tu connais: la toute-puissante Fausta. Ils sont condamnés à mourir de faim! Comprends-tu?…, Au fond du palais de la Cité, tes deux derniers amis meurent de faim!… Qu’en dis-tu?… Claude, ça fait trois! Farnèse, ça fait quatre!… Tiens, Pardaillan, parmi toute la souffrance que je te verse, je vais te donner une joie; j’ai beau chercher, je ne trouve pas qui peut être encore ton ami pour le tuer!… J’enrage, Pardaillan, de savoir qu’il y a peut-être encore sous le ciel des gens que tu aimes et que je ne connais pas… Mais enfin, quatre désespoirs pour accompagner ton désespoir! je m’en contente!… Violetta, Charles, Claude, Farnèse: cela fait quatre! Quatre qui souffrent et vont mourir d’une façon ou d’une autre, uniquement parce qu’ils étaient tes amis! Au revoir, Pardaillan, à bientôt!

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