Les Pardaillan – Livre III – La Fausta
- Автор: Zévaco Michel
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre III – La Fausta». Краткое содержание книги:
– Passez-moi vos arquebuses et vos dagues, dit-il.
Les soldats obéirent avec promptitude. Alors, il ouvrit la porte toute grande. Les quatre infortunés sortirent en toute hâte, comme des oiseaux de nuit effarés. Ils déposèrent Comtois qui, bâillonné, ficelé comme un saucisson, grâce au zèle et aussi un peu à l’épouvante des gardes, roulait des yeux terribles.
– Voilà, monseigneur! dirent-ils.
Pardaillan éclata de rire. Quant à Comtois, ayant constaté que non seulement le prisonnier du deuxième sous-sol était libre, mais encore que Charles d’Angoulême l’accompagnait, il eut un regard de stupéfaction et de douleur qui eût attendri un tigre. Pardaillan n’était pas un tigre; mais malheureusement pour Comtois, il n’avait pas cette nuit-là le temps de s’attendrir.
Cependant, il délia les pieds du geôlier qui, aussitôt, se mit debout. Puis il le débâillonna. Mais en même temps il lui appuyait la pointe de sa dague sur la gorge, geste qui équivalait au plus éloquent des discours; si bien que Comtois qui ouvrait déjà la bouche pour appeler à l’aide fut immédiatement convaincu par cette éloquence, et que sa bouche se referma graduellement.
– Te rends-tu? demanda Pardaillan.
– À condition que vous me fassiez sortir de la Bastille, dit Comtois.
– Non seulement tu sortiras avec ces quatre braves, mais vous recevrez chacun une année complète de votre solde. Monseigneur Charles de Valois, duc d’Angoulême, se fait fort de la dette.
Charles acquiesça d’un signe de tête.
– En ce cas, je suis votre homme! dit Comtois.
Quant aux quatre soldats, ils ne dirent rien. Mais leur attitude témoigna qu’après avoir pensé devenir fous de peur ils allaient peut-être devenir fous de joie. En effet, une année de solde, pour des gens qui en recevaient à grand-peine la moitié, qui étaient mal nourris et maltraités, c’était la richesse et la liberté.
– Partons, cher ami, dit alors le duc d’Angoulême.
– Un instant! fit Pardaillan qui le regarda d’un air étrange. J’ai toujours rêvé de visiter la Bastille une bonne fois. Et l’occasion est trop belle et trop bonne pour que je la laisse échapper. Visitons la Bastille!
XLIX OÙ PARDAILLAN VISITE LA BASTILLE
Le jeune duc fixa sur celui qu’il appelait son frère un regard de terreur. Pour Charles, en effet, il n’y avait plus qu’une chose à faire: s’en aller! Il ne songeait pas aux grilles, aux sentinelles, aux postes, aux portes, aux infranchissables obstacles. Et puisque Pardaillan parlait de visiter la Bastille en un tel moment, eh bien!… c’est que Pardaillan était devenu fou!…
– Mon ami… mon frère!… balbutia le jeune homme avec une inexprimable angoisse.
Pardaillan sourit… Il y songeait, lui, à ces grilles, à ces obstacles qu’il fallait franchir! et il se disait que si folie il y avait, c’en était une que d’entreprendre une opération où ils avaient mille chances de laisser leurs os, pour une de sortir à peu près vivants. Et c’est en songeant à ces obstacles que l’idée lui était venue de visiter la Bastille. Il se tourna donc vers Comtois, lui délia les mains et lui dit tranquillement:
– Marche devant, et ouvre-moi les portes!
– Je n’ai pas mon trousseau, dit Comtois avec un secret espoir.
– Le voici! fit Pardaillan, goguenard.
Et il tendit le trousseau au geôlier ébahi.
– Vous autres, reprit le chevalier en s’adressant aux quatre soldats, marchez près de lui; et s’il fait un geste de trop, assommez-le.
Tactique admirable. Pardaillan, en donnant une mission de confiance à ces hommes, en paraissant s’en remettre à eux du soin de sa sécurité, en donnant enfin une occupation à leurs esprits, faisait d’eux ses aides: il n’était plus un prisonnier qui s’évade, mais un chef qui commande et distribue la besogne. Ils entourèrent Comtois. Pardaillan prit deux arquebuses, et Charles les deux autres.
– Que voulez-vous voir? demanda le geôlier.
– Les prisonniers! dit Pardaillan.
– Les prisonniers! murmura Comtois effaré.
– Marche, ou, par mon nom, tu es mort! Combien y a-t-il de prisonniers dans les cachots?
– Vingt-six… dont huit dans la tour du Nord, qui est de mon service spécial.
– Voyons donc les huit de la tour du Nord!…
Comtois jeta autour de lui un dernier regard, comme s’il eût espéré la soudaine arrivée d’une ronde, puis, voyant toute résistance inutile, il ouvrit une porte près de celle par où l’on descendait aux sous-sols. Et tous ensemble, ils commencèrent à monter, l’un des soldats portant le falot. Au premier étage, dans une chambre spacieuse et assez bien aérée, se trouvaient trois jeunes gens qui dormaient de tout leur cœur et qui, au bruit de ces gens entrant dans leur prison, se réveillèrent effarés.
– Messieurs, dit Pardaillan, veuillez vous habiller en toute hâte et me suivre.
– Bah! fit l’un, est-ce pour aller en place de Grève?
– Est-ce pour rendre visite à M. le bourreau? demanda un autre.
– Est-ce pour aller achever la nuit auprès de nos maîtresses? fit le troisième.
– C’est vous qui avez deviné, monsieur, dit Pardaillan. Veuillez donc vous hâter!…
À ces mots prononcés très simplement, les trois prisonniers firent un bond et, tout tremblants, sautèrent à bas de leurs lits. Ils étaient livides. Celui qui avait parlé le dernier s’élança vers le chevalier et dit:
– Monsieur, je vous vois tout déchiré, tout couvert de sang, et ma tête se perd à entrevoir la vérité… Écoutez-moi. Voici M. de Chalabre qui a vingt-deux ans; voici M. de Montsery, qui en a vingt; moi-même, marquis de Sainte-Maline, j’en ai vingt-quatre. C’est vous dire quelle affreuse cruauté ce serait de votre part de nous offrir la liberté à l’heure où nous attendons la mort, si cette liberté n’est qu’une ironie… Monsieur, nous sommes condamnés à mort par M. de Guise parce que nous sommes des fidèles gentilshommes de Sa Majesté…
– Vive le roi! dirent gravement les deux autres.
– Par grâce! acheva celui qui parlait, dites-nous la vérité; où nous conduisez-vous?
– Je vous l’ai dit, répondit Pardaillan avec une gravité empreinte d’une souveraine pitié.
– Nous sommes donc libres! haletèrent les infortunés jeunes gens.
– Vous allez l’être!…
– Nous sommes donc graciés!…
– Vous l’êtes!… dit doucement le chevalier.
– Qui nous fait grâce?… M. de Guise?…
– Non pas: nul ne vous fait grâce; mais moi je vous fais libres…
– Votre nom! votre nom! dirent les trois premiers avec une prodigieuse émotion.
– Puisque vous m’avez fait l’honneur de me dire le vôtre, messieurs, on m’appelle le chevalier de Pardaillan…
– Ô mon ami! mon frère! murmura Charles. Je vous comprends, maintenant!…
– Hâtez-vous, messieurs! reprit Pardaillan. Car si vous voulez de la liberté que je vous offre, il s’agit maintenant de la conquérir…
En un tour de main, les trois jeunes gens furent habillés. À chacun d’eux Pardaillan remit une arquebuse. Alors, celui qui s’appelait marquis de Sainte-Maline salua Pardaillan avec autant de cérémonie et de gracieuse aisance que s’il se fût trouvé à une présentation dans un salon du Louvre.