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Les Pardaillan – Livre III – La Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre III – La Fausta». Краткое содержание книги:

Nous sommes en 1573. Jean de Kervilliers, devenu monseigneur l'?v?que prince Farn?se, fait arr?ter L?onore, sa ma?tresse, fille du baron de Montaigues, supplici? pendant la Saint Barth?l?my. Alors que le bourreau lui passe la corde au coup, elle accouche d'une petite fille. Graci?e par le Pr?v?t, elle est emmen?e sans connaissance vers la prison. Devant les yeux du prince Farn?se tortur? par la situation, le voil? p?re et cependant homme d'?glise, la petite Violette est emport?e par ma?tre Claude, le bourreau…
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Et l’extrémité de chacune de ces chaînes allait se frapper sur un anneau… Les deux anneaux inférieurs encerclaient les deux chevilles d’un homme. Et cet homme debout, appuyé à la paroi, cet homme sur qui Maurevert levait son falot, cet homme le regardait…

– Ce n’est pas sans mal que nous l’avons enchaîné, dit Comtois, remplissant en conscience son rôle de cicérone. Par le diable! il en a coûté la vie à trois d’entre nous…

Bussi-Leclerc entra et fit sortir le geôlier. Maurevert tremblait légèrement. Il considérait le prisonnier avec un sourire indescriptible. Le prisonnier souriait aussi – mais d’une autre manière. Maurevert, au bout d’un instant de contemplation, accrocha son falot à un clou, sans doute destiné à cet usage. Et il dit:

– Te voilà donc, Pardaillan. Depuis seize ans que nous passons le temps à courir l’un après l’autre, nous nous retrouvons donc enfin…

– Tiens! fit paisiblement Pardaillan, voici M. de Bussi-Leclerc, geôlier en chef de ce gai séjour. Salut, monsieur Leclerc!…

Maurevert grinça des dents et dit:

– Tu n’oses ni me regarder, ni me parler, sire de Pardaillan. Mais moi je te parle et te regarde. Je suis venu pour cela. Tu m’écouteras donc, malgré toi…

– Monsieur Leclerc, dit Pardaillan, l’épée qui vous bat les mollets est bien longue, moins longue pourtant que celle que je vous fis sauter des doigts dans le moulin.

Bussi-Leclerc pâlit et grommela un juron.

– Hâte-toi, gronda-t-il, hâte-toi, Maurevert, car je ne répondrais pas de daguer le démon…

– Bah! fit Pardaillan, vous n’oseriez, monsieur Leclerc. En effet, on ne m’a enchaîné que par les pieds, et mes mains libres encore vous font peur… Fi! la vilaine figure que vous faites!… Mais n’écumez donc pas ainsi!… Vous me rappelez trop bien le visage effaré que vous aviez quand je vous attachais sur l’aile du moulin… Prenez garde… vous risquez de me faire mourir de rire, ce dont le bourreau vous en voudrait fort…

Pardaillan se mit à rire, d’un rire qui fit frissonner les quatre arquebusiers restés dans le couloir…

– Par la mort-dieu, vociféra Bussi-Leclerc en dégainant.

– Laisse! laisse! fit Maurevert d’une voix qui coula comme du fiel. Le sire de Pardaillan a raison, le tourmenteur qui va venir demain serait trop vexé de n’avoir qu’un cadavre à torturer… Et alors…

Pardaillan riait toujours.

– Monsieur Leclerc, continua-t-il, interrompant Maurevert comme s’il n’eût pas été là, couvrant sa voix de sa voix, monsieur Leclerc, savez-vous que j’ai cru, moi aussi, à votre illustre renommée de maître d’armes invincible? Quand je vous ai vu devant moi, l’épée à la main, je n’ai pu m’empêcher de recommander ma pauvre âme à Dieu. Je me suis dit: Voici donc ce fameux maître que nul ne peut se vanter d’avoir touché! Je suis mort, tout au moins! Miséricorde, je suis en capilotade, en marmelade, et bien malade!… Juste comme je me disais cela, monsieur Leclerc, votre épée s’est mise à décrire dans l’air un arc de quinze pieds. Quel saut! Et quel sot j’étais de croire que j’avais un maître devant moi, quand vous n’étiez qu’un méchant prévôt… un écolier!

Maurevert s’était croisé les bras et murmurait:

– J’ai attendu seize ans ce moment; je puis patienter encore seize minutes!

Bussi-Leclerc écumait. Chaque parole de Pardaillan était un coup de poignard à sa vanité de maître invincible… une seule fois vaincu par ce démon qui riait, riait au fond de ce trou noir, enchaîné, debout, et le regardait d’un œil étrange où flambait une petite flamme d’ironie aigue, pointue, pareille à une pointe d’acier.

On ne pouvait faire au maître d’armes un plus sanglant affront que de lui dire qu’il n’était pas un maître, et que quelqu’un sous le ciel pouvait se vanter de le toucher.

Abomination! Ce n’est pas seulement touché, mais désarmé qu’il avait été! Et celui qui lui avait fait sauter la rapière des mains était là devant lui qui riait si fort.

– Tu trouveras demain un maître à enfoncer les coins! rugit Bussi-Leclerc.

– Un maître à arracher les ongles! ajouta doucement Maurevert.

– Un écolier? reprit Pardaillan, un bon écolier, je l’avoue. On voit que vous avez fréquenté les tripots, monsieur Leclerc. Oui, il faut être juste: avec une dizaine d’années d’étude encore, vous serez un écolier avouable, presque un bon prévôt…

Cet aveu et cette justice loyale arrachèrent au maître d’armes une imprécation de rage:

– Misérable! Tu me pris en traître!

Peu à peu, il en arrivait à oublier la situation. Il ne voyait plus en Pardaillan qu’un maître qui se vantait de l’avoir vaincu. Il se croyait à la salle d’armes et, tirant son épée, il commença une démonstration.

– Voici, écumait-il, je tenais mon épée en tierce, comme ceci… regarde, Maurevert… lorsque…

– Oh! monsieur Leclerc, interrompit le rire terrible de Pardaillan, quelle garde avez-vous là?… Trop de raideur dans le poignet, que diantre! N’allongez pas ainsi l’avant-bras…

– Démon! vociféra Bussi-Leclerc; il me donne la leçon!…

– Eh! payez-moi, en ce cas! dit Pardaillan. Tenez, je vais vous dire; votre bras ne doit pas trembler comme il tremble; le poignet seul doit agir… vous ne comprenez pas? Non! Il ne comprend pas! C’est à déshonorer un tripot d’armes!

Leclerc rengaina son épée. Il était livide de rage. Et soudain, il tendit le poing vers Pardaillan, grommela un juron, fit deux, appels du pied comme s’il eût répondu à une provocation, et sortit du trou noir, du cachot, de l’antre effroyable, poursuivi par le rire féroce et ces derniers mots de Pardaillan:

– Allez trouver maître Ambroise de ma part; il vous enseignera à tenir proprement votre épée.

Maître Ambroise était un mauvais prévôt aussi célèbre par ses défaites que Bussi-Leclerc l’était par ses victoires.

– Le démon est enragé! gronda Leclerc en se bouchant les deux oreilles.

Il eût pleuré. Son amour-propre saignait à vif. Il fit un geste pour ordonner aux arquebusiers d’attendre Maurevert et remonta l’escalier quatre à quatre.

– Or çà! dit alors Maurevert, tandis que tu vis encore, sire de Pardaillan, tandis que le tourmenteur-juré apprête ses coins, ses pinces et ses tenailles, écoute-moi. Je ne suis pas Bussi-Leclerc, moi, et j’avoue que j’ai eu peur de toi… Maintenant que te voilà enchaîné, je n’ai plus peur, tu comprends?… L’homme qui est devant toi s’appelle Maurevert… comprends-tu cela?… ce Maurevert qui porte à la figure la trace du coup de rapière dont tu la cinglas!… Maurevert qui porte l’un des derniers coups dont mourut ton truand de père!… Maurevert qui fournit là-haut, sur les pentes de Montmartre, ce joli petit coup de poignard, cette égratignure dont mourut la demoiselle Loïse de Montmorency, ta maîtresse!…

Le misérable étudiait attentivement l’effet de ces paroles. Il avait d’ailleurs mesuré du regard la longueur des chaînes et il était sûr que Pardaillan ne pouvait l’atteindre.

Sur la physionomie étrangement paisible du chevalier, il ne vit aucun frémissement. Pardaillan ne le regardait pas. Seulement, il avait mis sa main droite dans son pourpoint. Et au souvenir de son père mort entre ses bras criblé de blessures, au souvenir de celle qui était l’adoration fidèle de sa vie, cette main s’était crispée; les ongles labouraient la poitrine; la clameur de détresse qui grondait dans cette poitrine ne s’échappa pas.

Pardaillan souffrit comme un damné… Mais son visage, dont on ne pouvait distinguer la pâleur, garda la même immobilité, et au coin des lèvres, sous la moustache hérissée, tremblante, le même pli d’ironie.

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