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Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]

Электронная книга - «Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, planète géante, le pouvoir est partagé entre le Coronal qui représente, le Pontife qui administre, et la Dame des Rêves qui inspire dans leur sommeil les milliards d’humains et de membres d’autre espèces.
A la mort d’un Pontife, le Coronal lui succède et nomme un nouveau Coronal. Jamais dans l’histoire multimillénaire de Majipoor, aucun n’a choisi son propre fils.
Or, mille ans avant le règne de Lord Valentin, tandis que le Pontife Prankipin agonise, les ambitions attisent les passions. Prestimion est le candidat idéal bien qu’il n’ait pas été encore désigné par le Coronal en titre, Lord Confalume.
Mais Confalume a un fils, Korsibar, d’autant de prestance que Prestimion. Et dont la soeur jumelle, la belle Thismet, est ambitieuse pour deux.
Sous le règne pacifique et prospère de Prankipin, adepte des sciences occultes, oracles, mages et sorciers ont conquis la faveur des grands, puis de tout le peuple, embrumant les esprits et répandant le désir de connaître et de maîtriser l’avenir.
La guerre qui s’annonce, dont personne ne veut, risque d’être aussi celle des ténèbres.
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— C’est pourtant ma silhouette que je vois dans le miroir.

Korsibar porta la main à son visage. Il le reconnut, moustache, barbe ; les Su-Suheris n’avaient pas de barbe. Et il ne sentait nulle part la présence d’une seconde tête.

— Rien n’a changé chez moi, fit-il. Je n’ai qu’une tête. Ma peau est celle d’un humain.

— Bien sûr, monseigneur ! Vous n’avez absolument pas changé. Ce qui a changé, c’est la perception que les autres ont de vous. Pour n’importe qui, vous êtes… mais venez, je vais vous montrer.

Ils sortirent dans le couloir. Korsibar garda la main sur la commande. Thalnap Zelifor s’adressa à une femme de chambre qui passait.

— Lord Korsibar s’est retiré dans sa chambre et nul ne doit aller à sa porte avant qu’il en soit sorti.

— Je vais en informer le personnel, dit la femme de chambre.

Son regard glissa sans s’arrêter sur Korsibar et elle tourna la tête. Rien dans son comportement n’indiqua qu’elle venait de voir le Coronal de Majipoor aux côtés du petit Vroon.

— Je suis donc devenu un Su-Suheris, fit Korsibar, qui, pour la première fois depuis de longues semaines, commençait à s’amuser. Du moins, c’est comme cela que les autres me voient. Bien joué, Thalnap Zelifor ! Mettons-nous en route !

Le Vroon avait déjà signalé son départ ; quand il sortit du Château avec Korsibar, le flotteur les attendait sur la place Dizimaule. Aucun des domestiques qu’ils avaient croisés en traversant le Château ne leur avait prêté attention ; pas un symbole de la constellation, pas une génuflexion. On n’avait vu en eux qu’un Vroon et un Su-Suheris, des membres du personnel du Château comme les autres, vaquant à leurs occupations.

Korsibar ne tenant pas à s’absenter trop longtemps pour sa première expérience, ils se transportèrent à High Morpin, la cité du Mont la plus proche du Château, un trajet de moins d’une heure. Dans le flotteur qui glissait au-dessus de la route de Grand Calintane, tandis que le monstre tentaculaire qu’était le Château allait en se rapetissant derrière lui, Korsibar sentit un profond soulagement et un sentiment de liberté l’envahir. Il n’avait pas conduit un flotteur depuis qu’il avait pris place sur le trône et il était agréable d’être aux commandes d’un véhicule. On ne lui laissait presque plus rien faire seul : il y avait des domestiques pour conduire à sa place, pour couper sa viande et verser son vin, il y en avait pour l’habiller et le déshabiller. Même si cela ne devait durer qu’un moment, il se sentait libre.

Dès qu’ils s’étaient éloignés du Château, il avait repris son apparence habituelle. Thalnap Zelifor lui rappela qu’il lui faudrait reprendre sa forme de Su-Suheris dès qu’ils croiseraient un autre flotteur.

— Je comprends, fit Korsibar qui, à intervalles réguliers, posait la main sur le petit poignard.

— Cela a marché ? Je me suis transformé en Su-Suheris ?

— Vous en êtes l’image même, monseigneur, confirma Thalnap Zelifor.

Bientôt, la toile arachnéenne des fils d’or dont étaient tissées les rues de High Morpin leur apparut sur la gauche, étincelant sur la pente du Mont. Ils garèrent le flotteur à l’entrée de la cité, près de la grande fontaine bâtie sous le règne du père de Korsibar, qui projetait à des centaines de mètres de hauteur de longues gerbes d’eau colorée, et gagnèrent à pied le cœur de la ville des plaisirs.

— Tout va bien ? demandait de temps en temps Korsibar avec une certaine nervosité. N’oubliez pas que je ne peux pas savoir si votre appareil fonctionne correctement.

— Quand les gens commenceront à se jeter à genoux et à faire des gestes d’hommage, monseigneur, vous saurez qu’il se passe quelque chose d’anormal. Pour l’instant, vous passez inaperçu.

Il était près de minuit, mais une foule avide de distractions grouillait dans les rues de la cité des plaisirs. Korsibar autorisa le Vroon à se percher sur son épaule, pour lui éviter de se faire piétiner. Il résista à la tentation d’essayer lui-même les attractions – il lui semblait inconvenant pour un digne et austère Su-Suheris de s’amuser sur les glisse-glaces ou dans les tunnels d’énergie – et se contenta de se promener dans la foule, la main sur la commande de l’appareil du Vroon, en s’émerveillant de savoir qu’il était possible au Coronal de Majipoor de déambuler en toute liberté.

Il aperçut un certain nombre des gentilshommes de la cour – Woolock Fais de Gossif, le comte Gosbeck, Iram de Normork – et s’apprêta à recevoir leur hommage, mais ils passèrent près de lui sans lui accorder plus qu’un regard fugitif. La magie produisait des résultats véritablement stupéfiants ; à moins que ce ne fût la science, comme l’affirmait Thalnap Zelifor. Mais Korsibar avait beaucoup de mal à percevoir la différence.

Tout en marchant, il tendait l’oreille.

Le Coronal et sa politique n’étaient pas, ce soir-là, le sujet de conversation le plus répandu à High Morpin. Au moins une heure s’était écoulée avant que Korsibar perçoive son nom. S’arrêtant devant l’entrée d’une taverne, il entendit une voix avinée lancer à la cantonade :

— Buvons au Coronal !

— Lord Korsibar ! Lord Korsibar ! reprit une autre voix, aussitôt suivie de vivats et de tintements de verres.

L’avait-on reconnu ? Non, non. Tout le monde regardait de l’autre côté. Ils portaient simplement un toast au Coronal. Si on levait sa coupe en son honneur dans la cité des plaisirs, les rumeurs d’insatisfaction générale du gouvernement qui lui étaient parvenues avaient-elles un fondement ?

À plusieurs autres reprises dans le courant de la nuit, Korsibar entendit son nom et surprit même des bribes d’une conversation politique. Quelqu’un affirma d’un air entendu que Dantirya Sambail espérait se faire nommer Haut Conseiller à la place de Farquanor, tout en lorgnant le trône du Coronal, car Confalume était vieux et Korsibar lui succéderait un jour dans le Labyrinthe. Un autre répliqua sur le même ton : « Jamais lord Korsibar n’élèvera le Procurateur si haut. Jamais. Le Procurateur est trop dangereux : Korsibar va le renvoyer à Ni-moya. Le Coronal sait s’y prendre avec les faiseurs d’embarras. Voyez comment il s’est débarrassé de Prestimion ! » Quand Korsibar regagna le Château au petit matin en compagnie de Thalnap Zelifor et passa sans encombre devant les gardes, il était en pleine euphorie. Ce qu’il avait entendu à High Morpin avait dissipé ses pires craintes.

— Vous m’avez sauvé d’un profond désespoir, dit Korsibar au Vroon en lui tendant une bourse de royaux d’argent. Sans votre appareil, j’aurais vraiment été perdu.

Sur ce, ayant repris son apparence habituelle, il se dirigea vers ses appartements en sifflotant gaiement.

Mais, dans les jours qui suivirent, de nouveaux doutes vinrent l’assaillir. Le réconfort qu’il avait trouvé à High Morpin s’estompa rapidement ; il lui fallait repartir pour s’assurer que les paroles d’affection et de loyauté qu’il y avait entendues n’étaient pas des exceptions, des anomalies dans un climat de désapprobation générale. Il repartit, en prenant les mêmes dispositions que précédemment, cette fois en plein après-midi, à destination de Bombifale, la cité aux murs crénelés de grès rouge, où il passa une longue soirée, l’oreille tendue pendant des heures, sans rien apprendre d’intéressant, jusqu’à ce qu’il surprenne des bribes d’une conversation émaillée de commentaires flatteurs sur son règne.

Cette fois, il en avait le cœur net ! Ses craintes n’avaient pas de raison d’être !

Il lui apparut clairement, d’une manière indiscutable qu’il était un vrai Coronal, qu’il avait le soutien du peuple ; que même le moyen terrible auquel il avait eu recours pour écraser les armées de Prestimion n’avait pas porté atteinte à l’amour que lui vouait la population.

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