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Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]

Электронная книга - «Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, planète géante, le pouvoir est partagé entre le Coronal qui représente, le Pontife qui administre, et la Dame des Rêves qui inspire dans leur sommeil les milliards d’humains et de membres d’autre espèces.
A la mort d’un Pontife, le Coronal lui succède et nomme un nouveau Coronal. Jamais dans l’histoire multimillénaire de Majipoor, aucun n’a choisi son propre fils.
Or, mille ans avant le règne de Lord Valentin, tandis que le Pontife Prankipin agonise, les ambitions attisent les passions. Prestimion est le candidat idéal bien qu’il n’ait pas été encore désigné par le Coronal en titre, Lord Confalume.
Mais Confalume a un fils, Korsibar, d’autant de prestance que Prestimion. Et dont la soeur jumelle, la belle Thismet, est ambitieuse pour deux.
Sous le règne pacifique et prospère de Prankipin, adepte des sciences occultes, oracles, mages et sorciers ont conquis la faveur des grands, puis de tout le peuple, embrumant les esprits et répandant le désir de connaître et de maîtriser l’avenir.
La guerre qui s’annonce, dont personne ne veut, risque d’être aussi celle des ténèbres.
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Pour Korsibar, cela devint comme une drogue, ces escapades dans les cités du Mont pour entendre dire du bien de lui. Il fit ainsi un troisième voyage, à Halanx la resplendissante, un quatrième, à High Morpin de nouveau, puis un cinquième, à Sipermit, juste au-dessous du Château, sur le versant opposé à celui de High Morpin. C’est à Sipermit que Korsibar commit sa première erreur en laissant sa main s’écarter de la commande de l’appareil de Thalnap Zelifor, dans le jardin aux statues de lord Makhario, éclairé par les lunes, en se penchant pour essayer de saisir au vol quelques mots d’une conversation juste hors de portée de voix.

— Monseigneur ! souffla Thalnap Zelifor d’une voix vibrante.

— Je vous en prie, fit Korsibar. Vous ne voyez pas que j’essaie d’entendre ce qu’ils…

— Monseigneur ! la commande !

— Ah ! la commande ! s’écria Korsibar, atterré par sa propre stupidité. Pour l’amour du Divin !

Il vit que ses deux mains étaient libres et qu’il se tenait en évidence, à la vive clarté des lunes, non loin d’une bonne douzaine d’habitants de Sipermit, non sous les espèces du flâneur à deux têtes qu’il était quelques secondes plus tôt, mais sous la forme du Coronal lord Korsibar en robe vert et blanc. Il baissa précipitamment la main vers l’appareil et plaça la commande en position. Mais il eut le temps de voir l’expression ahurie et le regard incrédule d’une demi-douzaine de passants.

— Vous avez repris votre apparence d’emprunt, monseigneur, fit le Vroon. Mais nous devons partir tout de suite.

— Oui. Oui. Lancez-leur un charme, voulez-vous ? Faites en sorte de jeter le trouble dans leur esprit, afin qu’ils refusent de croire ce qu’ils viennent de voir.

— Je vais essayer, dit le Vroon.

Mais il y avait une hésitation dans sa voix, un manque troublant de confiance qui suscita une vive inquiétude et une grande appréhension chez Korsibar tandis qu’il s’éloignait à grands pas.

4

Dans le courant du troisième mois de son séjour à Triggoin, Prestimion sentit qu’il était proche du désespoir, qu’il touchait le fond après la longue et éprouvante errance à laquelle il était contraint depuis le jour où Korsibar s’était emparé de la couronne à la constellation.

Son esprit était rempli de nébuleuses pratiques de sorcellerie, à demi assimilées, partiellement comprises. Les leçons quotidiennes de Gominik Halvor avaient jeté dans son esprit autant de confusion que de lumière ; il ne savait plus s’il devait croire ou ne pas croire à cet univers d’esprits invisibles qui, de l’avis de tant de gens, se trouvait juste derrière l’écran de la perception humaine. Depuis son arrivée à Triggoin, il lui avait été donné à maintes reprises de constater l’apparente et inexplicable efficacité de certains charmes et enchantements, de certaines amulettes ou autres talismans, d’onguents, de potions, d’herbes en poudre et de mélanges de minéraux pulvérisés. Il avait vu des pierres qui luisaient en prenant d’étranges couleurs dans l’obscurité et émettaient de la chaleur. Il avait vu des démons danser à la lumière blanche de cierges noirs. Bien d’autres choses encore, toutes plausibles, qui ne faisaient que l’exaspérer. Et, ayant vu tout cela, il lui était de plus en plus difficile de dire : « C’est irréel, c’est une apparence trompeuse, c’est une illusion, c’est une aberration », quand ses propres yeux lui disaient le contraire.

Et pourtant… pourtant…

Prestimion constatait aussi l’existence de ce qu’il avait toujours dénoncé : supercheries en tout genre, phénomènes au caractère indiscutablement irréel, apparences trompeuses, illusions, aberrations. Il entra dans des ateliers où des statuettes grossières et des portraits de divinités et de démons imaginaires étaient fabriqués en quantités inconnues par des ouvriers résignés, pour être vendus aux naïfs ; il vit ces produits emballés et transportés jusqu’aux quais de chargement pour être expédiés aux quatre coins de la planète. Il feuilleta des ouvrages de mauvaise qualité, mal imprimés, contenant des malédictions destinées à tourmenter les ennemis du lecteur et des incantations destinées à apporter la prospérité, à avoir un enfant du sexe désiré ou à satisfaire d’autres désirs, que des charlatans sans scrupule iraient vendre à des gogos.

Gominik Halvor reconnut devant lui qu’il était utile à un mage qui voulait réussir de maîtriser des tours de passe-passe et certaines techniques d’hypnose. Il entendit un jour dans une taverne des apprentis mages se vanter des derniers tours qu’ils avaient appris, la fabrication de figures de cire qui ne fondaient pas au feu et chantaient dans des langues inconnues, du charme qui semblait ouvrir des portes dans des univers adjacents, des techniques employées pour les lévitations, les disparitions et les apparitions miraculeuses, toutes, de leur propre aveu, produites par des procédés mécaniques trompeurs. Ces jeunes gens proposaient, contre espèces sonnantes et trébuchantes, de se vendre mutuellement leurs recettes frauduleuses. « Cinquante royaux pour faire danser les eaux ! » proposait l’un. « Soixante pour les fantômes flottants ! » lançait un autre. Tout cela ne faisait que confirmer Prestimion dans son scepticisme premier. D’un autre côté, il devait prendre en compte les connaissances fraîchement acquises sous la houlette de Gominik Halvor, aussi fragmentaires et mal assimilées qu’elles fussent, qui semblaient en vérité ouvrir de vraies portes dans de vrais lieux, au-delà de la réalité. Et ces nouvelles connaissances qu’il lui était absolument impossible de réfuter, même si elles contredisaient tout ce à quoi il avait toujours cru, le secouaient jusqu’au tréfonds de son être.

La nuit, lui venaient des rêves agités dans lesquels des visions de créatures horrifiques et malveillantes traversaient son esprit. Il vit un gros crabe noir mordre un coin du soleil, un serpent géant à mille pattes venu du bord du monde se glisser sur la terre, des nuées d’insectes à face de loup, bien d’autres encore de même nature, si bien qu’il s’éveillait en sueur, tremblant de la tête aux pieds, et qu’il en vint à redouter de s’endormir.

Mais il y avait aussi, certaines nuits, des rêves plus doux, des messages de la Dame de l’île. Il en était aussi fort perturbé, car il avait entendu dire que la mère de Korsibar, la Dame Roxivail, avait pris possession de l’île des Rêves et avait la haute main sur le matériel permettant d’envoyer des messages par toute la planète et aussi que Kunigarda avait préféré fuir l’île plutôt que de s’établir sur la Terrasse des Ombres où les anciennes Dames étaient censées finir leurs jours. Or les messages que recevait Prestimion provenaient indiscutablement de la Dame Kunigarda. Il reconnaissait sa manière, douce et ferme à la fois, la pureté inflexible de son esprit. Y avait-il maintenant deux Dames de l’île, équipées chacune du matériel de transmission qui permettait à la Dame de projeter ses visions dans l’esprit des dormeurs du monde entier ?

Dans les rêves envoyés par Kunigarda, il se retrouvait errant dans le Valmambra, au bord de l’épuisement, en haillons, titubant d’un affreux szamba à un autre dans cette immensité désolée. Mais à la place du disque ardent du soleil, il y avait dans le ciel le visage souriant, rayonnant de la Dame Kunigarda et sa voix qui lui disait : « Oui, Prestimion, va de l’avant, va jusqu’à l’endroit que tu es fait pour atteindre, tu n’es pas encore au bout de ton énergie. » Et qui lui disait aussi : « Il faut continuer. Tu es le rédempteur de la planète, Prestimion, celui de qui viendra notre salut. » Ou encore, tandis qu’il allait d’un pas vacillant, près de s’effondrer dans cette interminable traversée de l’étendue aride de sable brûlant : « Marche encore, lord Prestimion, notre vrai Coronal, jusqu’à ce que tu atteignes le trône. »

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