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Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]

Электронная книга - «Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, planète géante, le pouvoir est partagé entre le Coronal qui représente, le Pontife qui administre, et la Dame des Rêves qui inspire dans leur sommeil les milliards d’humains et de membres d’autre espèces.
A la mort d’un Pontife, le Coronal lui succède et nomme un nouveau Coronal. Jamais dans l’histoire multimillénaire de Majipoor, aucun n’a choisi son propre fils.
Or, mille ans avant le règne de Lord Valentin, tandis que le Pontife Prankipin agonise, les ambitions attisent les passions. Prestimion est le candidat idéal bien qu’il n’ait pas été encore désigné par le Coronal en titre, Lord Confalume.
Mais Confalume a un fils, Korsibar, d’autant de prestance que Prestimion. Et dont la soeur jumelle, la belle Thismet, est ambitieuse pour deux.
Sous le règne pacifique et prospère de Prankipin, adepte des sciences occultes, oracles, mages et sorciers ont conquis la faveur des grands, puis de tout le peuple, embrumant les esprits et répandant le désir de connaître et de maîtriser l’avenir.
La guerre qui s’annonce, dont personne ne veut, risque d’être aussi celle des ténèbres.
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Prestimion mangea peu et but encore moins. Depuis le début de son rétablissement à Jaggereen, il n’avait cessé de lutter contre l’accablement qui envahissait son âme, mais il trouvait l’amélioration bien lente.

Il n’avait pas la moindre idée de ce qu’il allait faire. Pour la première fois de sa vie, il n’avait pas l’ombre d’un projet.

Dans l’immédiat, il n’aspirait qu’à vivre paisiblement, loin du Château, loin du pouvoir, loin de tout ce qu’avait été Prestimion de Muldemar. Il trouvait approprié que le naufrage de sa destinée l’eût fait échouer à Triggoin, cette cité diamétralement opposée à sa nature et à ses croyances. C’était pour lui une pénitence adéquate d’avoir à se réfugier chez les magiciens.

— Une pénitence ? s’écria Septach Melayn quand, au bout d’un moment, Prestimion commença à s’ouvrir à ses compagnons de ces lugubres pensées. Une pénitence pour quelle faute ? Pour avoir servi la cause du bien contre celle du mal ?

— Tu crois qu’il s’agit de cela ? que je me suis dressé contre Korsibar simplement parce que je croyais être le Coronal légitime et lui un vil usurpateur ?

— Dis-moi que c’était autre chose, répliqua Septach Melayn, que tu étais mû, par exemple, par la soif du pouvoir et je te donne l’épée que tu vois à ma ceinture pour que tu me la passes à travers le corps, Prestimion… Pardon, Polivand. Je te connais et je sais pourquoi tu as agi comme tu l’as fait. Le vol de la couronne était un crime contre toute notre civilisation. Tu n’avais pas le choix ; tu devais t’y opposer. Mais tu n’es coupable de rien, Prestimion : tu ne portes aucune responsabilité.

— Écoute ce qu’il dit et grave ses paroles dans ton cœur, ajouta Gialaurys. Tu te fais du mal sans aucune raison, Prestimion.

— Polivand, rectifia Svor. Maintenant, messieurs, suivez-moi. C’est l’heure de notre première leçon de sorcellerie.

Le logement de Gominik Halvor était à n’en pas douter celui d’un homme d’importance. Il occupait sept ou huit vastes pièces, peut-être plus, au dernier étage d’une haute tour de pierre, d’où la vue embrassait toute la cité. Le mage y avait réuni une imposante collection de matériel d’aspect bizarre et de nature ésotérique : alambics et creusets, flasques contenant des liquides et des poudres étranges, boîtes métalliques renfermant des onguents et des crèmes, plaques de fer portant des caractères sibyllins, cornues et vases à bec, sabliers, balances, sphères armillaires et astrolabes, ammatepilas, hexaphores, phalangaria, ambivials. Outre ces objets, et il y avait quantité d’autres appareils, tous plus bizarres les uns que les autres, des pièces entières étaient garnies d’étagères remplies de gros ouvrages reliés cuir, semblables à ceux que, Prestimion avait vus au chevet du défunt Pontife et dans la galerie de lecture de sa mère, qui devaient être fort prisés par tous les spécialistes des arts occultes. Et il y avait encore d’autres pièces, dans lesquelles ils ne furent pas invités à entrer.

— Je m’adresse d’abord à votre scepticisme, commença Gominik Halvor en tournant successivement la tête vers Prestimion, puis Septach Melayn. Point n’est besoin de nier vos sentiments ; ils apparaissent assez clairement sur votre visage. Ils ne doivent pas être un obstacle à vos études. Écoutez bien mes paroles et comparez-les aux résultats que j’obtiens. Ce que nous pratiquons à Triggoin est une science, ce qui signifie que les méthodes suivent une stricte discipline et les résultats auxquels nous arrivons sont susceptibles de faire l’objet d’une analyse empirique. Réservez votre jugement ; observez et examinez ; ne soyez pas trop prompts à mettre en doute ce que vous ne comprenez pas.

Il se lança ensuite dans le récit de ses propres études et de ses voyages qui semblaient l’avoir conduit dans toutes les régions de la planète, même si Prestimion savait que cinq vies aussi longues que celle de Gominik Halvor n’eussent pas suffi pour le faire. Il parla d’un voyage sur la Grande Mer, à un endroit où le ciel était clair comme le jour à là lumière spectrale des étoiles Giskhernar et Hautaama que l’on ne voyait jamais sur la terre ferme, des combats entre les serpents bleus géants des profondeurs et des monstres à vingt pattes vivant dans des tourbillons perpétuels. Il parla de sa traversée jusqu’à l’île de Gapeligo, dont Prestimion n’avait jamais entendu parler, où les feux des entrailles de la planète jaillissaient en d’incessantes et assourdissantes flammes blanches. Il parla de ses explorations dans les vapeurs froides des forêts pluviales de Kajith Kabulon, pour ramasser des plantes d’une valeur inestimable, inconnues de tous, même des habitants de la région. Il parla aussi de son séjour chez les Piurivars, les aborigènes Métamorphes, dans les jungles de leur province de Piurifayne, à Zimroel, où lord Stiamot avait parqué leurs ancêtres, des milliers d’années auparavant, après la Guerre des Changeformes.

La voix incroyablement grave et ferme du vieux mage avait continué de rouler interminablement, endormant doucement leur méfiance, mais, à l’évocation de son séjour chez les Métamorphes, Prestimion avait tressailli de surprise. Les Changeformes avaient peu de rapports avec le monde extérieur et n’accueillaient pas volontiers des visiteurs de l’espèce humaine dans leur réserve. Gominik Halvor réussit pourtant à les convaincre qu’il avait passé plusieurs années parmi eux.

— Ces démons dont tout le monde parle, expliqua-t-il, nous connaissons aujourd’hui leur nature et je vais partager cette connaissance avec vous. Ce sont les habitants préhistoriques de la planète, ses premiers maîtres en réalité. Des créatures immortelles, remontant à un passé très lointain, d’avant la venue des humains sur Majipoor, qui vivaient en liberté jusqu’à ce que les Changeformes les réduisent en captivité à l’aide de puissants sortilèges, il y a vingt mille ans de cela. Les esprits peuvent être libérés par l’emploi de certains mots et soumis à notre volonté ; après quoi, nous les renvoyons dans les ténèbres d’où nous les avons sortis. Soyez attentifs, poursuivit Gominik Halvor en prononçant des mots dans une langue inconnue de Prestimion : Goibaliiud yei thenioth kalypritiaar. Puis il ajouta : Idryerimos uriliaad faldiz tilimoin gamoosth.

L’air se mit à vibrer et une forme à peine visible, à demi translucide apparut devant eux, au milieu de la pièce, une créature aux cheveux faits de pointes et aux yeux comme des nappes de lumière.

— Voici Theddim, annonça le mage, qui règle le passage du sang dans notre cœur.

De fait, Prestimion sentit son cœur commencer à battre avec un bruit sourd, mais il n’aurait su dire si c’était l’œuvre du démon Theddim ou si cela venait simplement de son désarroi d’assister à un tel rite. Le mage articula d’autres mots et l’apparition s’évanouit.

Gominik Halvor leur parla d’autres démons, de Thua Nizirit, le démon du délire, de Ginitiis à la tête squameuse, de Ruhid au long museau pendant, qui soulageait les fièvres, de Mimim qui facilitait la récupération des connaissances perdues et de Kakilak, le démon bienveillant qui apaisait ceux qui étaient sujets à des attaques. Ces êtres, expliqua le mage, ne pouvaient être qu’imparfaitement contrôlés, mais, même avec cette restriction, ils étaient souvent très utiles à ceux qui connaissaient les techniques d’évocation.

Il donna aux quatre élèves, au cours de ses leçons nocturnes, quelques notions de ces techniques – ce qu’il appelait effleurer la surface de sa science, car ils en étaient encore au stade préliminaire de leur apprentissage.

— Il y a trois classes de démons, expliqua-t-il. Les valisteroi, qui ont échappé au pouvoir des sortilèges Métamorphes, vivent au-delà de la sphère du soleil et refusent, en toutes circonstances, de tenir compte de nos ordres ; les kalisteroi, partiellement libres, qui résident entre l’air et la Grande Lune et nous gratifient parfois de leurs faveurs ; les irgalisteroi enfin, les démons du monde souterrain, que les Métamorphes ont assujettis et que nous pouvons parfois inciter à nous servir, bien qu’il s’agisse d’êtres dangereux et irascibles que seuls les initiés peuvent évoquer, car ils dévoreraient tous les autres.

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