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Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]

Электронная книга - «Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, planète géante, le pouvoir est partagé entre le Coronal qui représente, le Pontife qui administre, et la Dame des Rêves qui inspire dans leur sommeil les milliards d’humains et de membres d’autre espèces.
A la mort d’un Pontife, le Coronal lui succède et nomme un nouveau Coronal. Jamais dans l’histoire multimillénaire de Majipoor, aucun n’a choisi son propre fils.
Or, mille ans avant le règne de Lord Valentin, tandis que le Pontife Prankipin agonise, les ambitions attisent les passions. Prestimion est le candidat idéal bien qu’il n’ait pas été encore désigné par le Coronal en titre, Lord Confalume.
Mais Confalume a un fils, Korsibar, d’autant de prestance que Prestimion. Et dont la soeur jumelle, la belle Thismet, est ambitieuse pour deux.
Sous le règne pacifique et prospère de Prankipin, adepte des sciences occultes, oracles, mages et sorciers ont conquis la faveur des grands, puis de tout le peuple, embrumant les esprits et répandant le désir de connaître et de maîtriser l’avenir.
La guerre qui s’annonce, dont personne ne veut, risque d’être aussi celle des ténèbres.
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— Je dois avouer qu’une grande partie de ce que dit Gominik Halvor commence à avoir un sens pour moi. Mais ce que je viens de dire n’en a aucun !

— Comme il est triste d’être poussé vers la folie par ses propres contradictions. Détends-toi, mon vieil ami. Ce que débitent ces sorciers est mi-folie mi-imposture et point n’est besoin de prendre l’une ou l’autre au sérieux. Je ne l’ai jamais fait, je ne le ferai jamais et il devrait en aller de même pour toi. Depuis l’enfance, j’ai écarté et rejeté tout ce qui ne colle pas avec l’idée que je me fais de ce qu’est réellement le monde.

— Je n’en suis plus capable, fit Prestimion. À moins que l’idée que je me fais du monde n’ait commencé à changer ici, dans la cité des sorciers. Je pense que j’en viens à croire ce qu’ils disent, du moins en partie.

— Dans ce cas, je te plains.

— Épargne-moi cela, répliqua Prestimion en se penchant sur la table de manière à approcher son visage tout près de celui de Septach Melayn. Jour après jour, poursuivit-il doucement, j’essaie de trouver la force de quitter cet endroit pour reprendre la lutte contre Korsibar. Je suis loin d’être prêt aujourd’hui, mais l’envie a commencé à me reprendre. Il ne faut pas que Korsibar garde sa couronne volée, j’en suis aussi convaincu que jamais. Le sort de la planète dépend peut-être de ce que je ferai quand j’aurai quitté Triggoin et il se peut que j’aie besoin de l’aide des sorciers, que j’ai autrefois repoussée, pour réaliser mes desseins.

— Eh bien, sers-toi d’eux, Prestimion ! Je n’ai jamais dit qu’il fallait rejeter ce qui peut être utile !

— Mais tu n’as pas foi en eux, Septach Melayn. Comment peux-tu m’engager à les écouter ?

— Tu as la foi. Ce que je crois n’a aucune importance.

— La foi ? J’ai seulement dit que je croyais un peu à ce qu’ils…

— Si tu y crois tant soit peu, tu es converti à leurs principes. Tu es aussi fasciné que Svor, Gialaurys et les autres. Tu vas bientôt te coiffer d’un haut chapeau de cuivre et porter une robe couverte de symboles mystiques.

— Tu te moques de moi ? lança Prestimion, qui sentait la colère monter en lui.

— M’en crois-tu capable ?

— Oui, je t’en crois capable. Absolument. Tu es en train de te moquer de moi, Septach Melayn.

— Tu te sens offensé ? Veux-tu que nous sortions nous battre ?

— À l’épée, peut-être ?

— Je te laisse le choix des armes, Prestimion. À l’épée, oui, si tu te sens d’humeur suicidaire. Tu peux aussi prendre des pierres ou des morceaux de viande crue. Ou bien nous nous ferons face dans la rue et nous nous jetterons mutuellement des sorts, jusqu’à ce que l’un de nous tombe, frappé de paralysie.

Sur ce, il éclata de rire. Prestimion l’imita quelques secondes plus tard, puis, du même mouvement, ils tendirent les mains par-dessus la table et s’étreignirent sans cesser de rire.

Mais Prestimion avait toujours le cœur serré et l’esprit en proie à la confusion ; il resta longtemps avant de pouvoir trouver le sommeil. Il se dit qu’il avait perdu son chemin, qu’il errait dans un désert infiniment plus déroutant et hostile que celui qu’il avait traversé quelques semaines plus tôt, pour arriver à Triggoin.

3

— Le sorcier Thalnap Zelifor est dans l’antichambre et sollicite une audience, annonça le Haut Conseiller Farquanor. Dois-je le renvoyer ?

Le Haut Conseiller avait la figure crispée. Il n’avait jamais fait d’effort pour dissimuler la répugnance que lui inspirait le petit Vroon.

— Il est ici à ma demande, répondit Korsibar. Qu’il entre. Et vous vous retirerez, ensuite.

Cette dernière injonction ne fit rien pour adoucir les traits de Farquanor. Il se dirigea sans un mot vers la porte – c’était l’austère petite salle du trône de Stiamot, où Korsibar passait le plus clair de sa journée de travail – et sortit en laissant la porte entrouverte juste assez longtemps pour que Thalnap Zelifor se glisse à l’intérieur.

— Monseigneur ? fit le Vroon dont les yeux jaunes s’agrandirent tandis qu’il formait le symbole de la constellation devant le Coronal. Vous sentez-vous bien, monseigneur ?

Korsibar fut déconcerté de voir que sa détresse était si apparente. Il n’avait pu trouver le sommeil de toute la nuit, se tournant et se retournant interminablement, incapable de trouver une position confortable, et ce n’était pas la première fois, loin de là.

— J’ai l’air malade, Thalnap Zelifor ?

— Vous avez l’air… fatigué. Pâle. De grands cernes sous les yeux. J’ai un charme pour améliorer le sommeil, monseigneur.

— Procure-t-il un sommeil sans rêves ?

— Il n’existe pas de charme pour cela, répondit le Vroon.

— Dans ce cas, je m’en passerai. Mes rêves sont terribles, je me réveille sans cesse, couvert d’une sueur d’angoisse ; et quand je suis éveillé, ce n’est pas mieux.

Le front toujours plissé, les mâchoires serrées, Korsibar s’assit sur le côté du vénérable trône de marbre uni de lord Stiamot ; les épaules contractées, il serra les poings, les jointures pressées les unes contre les autres.

— Mille fois par nuit, je revois la rupture de ce barrage, reprit-il d’un ton lugubre, la tête tournée vers le mur de pierre nu. Le torrent furieux qui se déverse à mes pieds, engloutit les fermes disposées le long du fleuve, envahit les villages… Tant et tant de morts, Thalnap Zelifor, les hommes de Prestimion et lotis ces villageois…

— La rupture du barrage est l’œuvre de Dantirya Sambail, monseigneur.

— Le barrage est son idée, habilement instillée dans mon esprit, comme un poison versé goutte à goutte pour infecter mon âme ; mais l’ordre est venu de moi. La responsabilité m’appartient.

— La responsabilité ? Vous combattiez une rébellion, monseigneur !

— Oui, fit Korsibar, la tête tournée, en fermant les yeux un instant. De l’avis général, Prestimion est mort aujourd’hui et la rébellion s’est achevée. Mais quand retrouverai-je le sommeil ? Et Dantirya Sambail est encore dans les murs du Château, à me harceler avec ses combines, sans parler de ma sœur qui étouffe de colère contre moi et que rien ne peut apaiser, et de la faction de mes ennemis secrets – je sais qu’elle existe, je sais qu’on conspire contre moi : Farquanor, peut-être, Farholt ou bien Oljebbin, d’autres encore dont je ne connais même pas le nom complotent en ce moment pour me remplacer par un des frères de Prestimion ou par le Procurateur en personne…

— Monseigneur…

— Répondez-moi franchement, poursuivit Korsibar. Conspirez-vous aussi contre moi ?

— Moi, monseigneur ?

— Vous allez et venez, vous passez d’un maître à l’autre comme vous l’avez toujours fait : vous vous vendez tantôt à Gonivaul, tantôt à Thismet, tantôt à Prestimion. Et vous voilà de retour au Château, où vous déclarez haut et fort avoir abandonné le parti de Prestimion, pour vous vendre de nouveau à moi. Qu’ai-je donc pour qu’il y ait tant d’individus retors dans mon entourage ? D’abord mon cher petit Svor, à qui j’étais très attaché et qui m’a quitté pour devenir le fidèle compagnon de Prestimion, puis Farquanor, prêt à dire n’importe quoi à n’importe qui tant que cela sert ses intérêts, et Dantirya Sambail, qui a réussi en même temps à trahir son cousin Prestimion et à me faire tellement de mal en m’incitant à faire sauter ce barrage, l’acte que je souhaiterais réparer plus que tout autre.

— Monseigneur…

— Jusqu’à mon propre mage, Sanibak-Thastimoon, poursuivit Korsibar, incapable de s’arrêter. Sa loyauté semble assurée, mais il y a de la perfidie chez lui, je le sais. Et Oljebbin. Gonivaul. Je ne puis leur faire confiance. À Navigorn, je suppose : c’est un ami véritable. Mandiykarn aussi. Venta, peut-être Iram. Mais même eux semblent s’être éloignés de moi depuis l’affaire du barrage, bien qu’ils fassent comme si leurs sentiments n’avaient pas changé.

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