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Электронная книга - «Les yeux jaunes des crocodiles». Краткое содержание книги:

Deux soeurs. La quarantaine. Iris, belle, très belle, riche, élégante, parisienne. Autrefois étudiante brillante, elle s'est mariée, et sa vie se résume en un tourbillon vain. Iris s'ennuie, rêve de devenir une autre. Joséphine est une littéraire, historienne spécialisée dans l'étude du XIIe siècle. Beaucoup moins belle, beaucoup moins à l'aise dans la vie. Mariée, elle a deux filles, vit en banlieue et se bat pour tenir debout. Un jour, à un dîner, Iris prétend qu'elle écrit. Entraînée par son mensonge, elle persuade sa soeur d'écrire un livre qu'elle signera, elle. Abandonnée par son mari, acculée par les dettes, Joséphine se soumet. Elle est habituée : depuis qu'elles sont enfants, Iris la magnifique la domine. Le destin de chaque soeur va basculer.
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— On dirait que tu parles de Diana ! s’exclama Joséphine qui avait arrêté le balancement de son hamac pour ne pas être distraite.

— John Brown s’était mis à boire. Il s’écroulait, ivre mort, et Victoria disait en souriant « je crois que j’ai senti comme un léger tremblement de terre ». Il était l’homme de la maison. Il s’occupait de tout, gérait tout. Il dansait avec la reine lors des fêtes royales et lui marchait sur les pieds sans qu’elle proteste. On ira jusqu’à l’appeler Raspoutine ! Quand il mourut, en 1883, elle fut aussi malheureuse qu’à la mort d’Albert. La chambre de Brown resta intacte avec son grand kilt étalé sur un fauteuil et elle déposait, sur son oreiller, une fleur fraîche chaque jour. Elle décida d’écrire un livre sur lui. Elle trouvait qu’il avait été injustement sali de son vivant. Elle écrivit deux cents pages louangeuses qu’on aura beaucoup de mal à la dissuader de publier. Plus tard, on retrouvera plus de trois cents lettres écrites par Victoria à John, très compromettantes. On les rachètera et on les brûlera. Et on réécrira entièrement son journal intime.

— Je ne savais rien de tout ça !

— C’est normal, on ne l’apprend pas dans les livres d’histoire. Il y a l’histoire officielle et l’histoire intime. Les grands de ce monde sont comme nous : faibles, vulnérables et surtout, surtout très seuls.

— Même les reines ! murmura Joséphine.

— Surtout les reines…

Elles se versèrent une dernière coupe de champagne. Shirley renversa la bouteille dans le seau à glace et, apercevant une étoile filante, dit à Jo : « Fais un vœu, vite, vite, j’ai vu une étoile filante ! » Joséphine ferma les yeux et fit le vœu que sa vie continue à aller de l’avant, que plus jamais elle ne retombe dans son engourdissement passé, que ses peurs s’effacent pour laisser place à une nouvelle ardeur. Et puis elle ajouta tout bas, tout bas : « Que j’aie la force d’écrire un nouveau livre rien que pour moi… Et Luca aussi, étoile filante, gardez-moi, Luca. »

— Tu as fait combien de vœux, Jo ? demanda en souriant Shirley.

— Un paquet ! s’exclama Joséphine en riant. Je suis si bien ici, je me sens si bien. Merci de nous avoir invités… Quelles belles vacances !

— Tu penses bien que je ne t’ai pas raconté tout ça pour te faire une leçon d’histoire.

— Tu vas rire, mais je pensais à Albert de Monaco et à son fils illégitime.

— Je ne vais pas rire du tout, Jo… Je suis une fille illégitime.

— De Monaco ?

— Non… D’une reine. D’une reine magnifique qui a vécu une très belle histoire d’amour avec son grand chambellan. Il ne s’appelait pas John Brown, il s’appelait Patrick, il était écossais aussi et c’était mon père… À la différence de John Brown, il était très discret. Personne n’en a jamais rien su. Et quand il est mort, il y a deux ans, la reine n’a pas perdu la tête. Elle a gardé longtemps un regard embué, vague, mais on n’a jamais rien su…

— Je me souviens, tu étais rentrée de vacances très triste…

— Fin 1967, quand la reine s’est aperçue qu’elle était enceinte, elle a décidé de me garder. C’est une femme très têtue, très volontaire. Elle aimait mon père. Elle aimait la présence douce et attentionnée de cet homme qui l’aimait comme une femme et la respectait comme sa reine. C’est aussi une excellente cavalière et tu sais que les femmes qui font beaucoup de cheval ont des muscles comme les danseuses, des abdominaux si serrés qu’elles peuvent dissimuler une grossesse sans que personne ne décèle rien. Trois semaines avant d’accoucher, ma mère prenait le thé avec le général de Gaulle à l’Élysée. J’ai des photos de cette rencontre. Elle porte une robe turquoise, légèrement trapèze, et personne ne pouvait deviner qu’elle était à la veille d’un heureux événement ! Je suis née à Buckingham Palace, dans la nuit. C’est mon père qui a fait venir sa propre mère pour aider maman. Ma grand-mère m’a emmenée dans ses bras cette nuit-là et mon père m’a réintroduite au palais, un an plus tard, en expliquant que j’étais sa fille et qu’il était seul pour m’élever… J’ai grandi dans les cuisines et à l’office. J’ai appris à marcher dans les immenses couloirs tapissés de tissu rouge. J’étais la mascotte du palais. Trois cents domestiques y vivent à l’année et il y a six cents pièces pour faire la folle et se cacher ! Je n’étais pas malheureuse. Je peux te le dire sans mentir : je savais qu’elle était ma mère et, le jour où j’ai eu sept ans, que papa m’a tout révélé, je n’ai pas été surprise. Comme il était le grand chambellan, je n’avais pas besoin de demander une audience pour la voir et je la voyais chaque matin, dans sa chambre. La manière dont elle se comportait avec moi prouvait qu’elle m’aimait au-delà de tout. J’avais une gouvernante, miss Barton, que j’aimais beaucoup et à qui je jouais mille tours pendables ! Un appartement au palais que j’occupais avec mon père. J’allais à l’école, je travaillais bien. J’avais, en plus de l’école, un précepteur qui m’a appris le français et l’espagnol. J’étais très occupée ! C’est quand j’ai eu quinze ans que les choses se sont compliquées. J’ai commencé à sortir, à embrasser des garçons, à boire de la bière dans les pubs. J’ai même appris à faire le mur… Un matin, mon père m’a expliqué qu’il allait m’envoyer en Écosse terminer mes études dans un pensionnat très chic. Qu’on ne se verrait plus qu’en été. Je n’ai pas compris pourquoi il m’éloignait et je lui en ai voulu… Je suis devenue du jour au lendemain une vraie rebelle. Je me suis mise à coucher avec tous les garçons que je rencontrais, je me suis droguée, je piquais dans les magasins, je poursuivais cahin-caha mes études et je ne sais même pas comment j’ai pu quitter le collège avec mon diplôme en poche ! À vingt et un ans, je me suis retrouvée enceinte. Je l’ai caché à mon père et j’ai accouché de Gary à l’hôpital. Le père de Gary était un étudiant très beau, très charmant qui, à l’annonce de sa future paternité, m’a déclaré froidement : « C’est ton problème, ma chère ! » Cet été-là quand papa est arrivé, je tenais Gary dans mes bras. La naissance de Gary a été un véritable choc pour moi ! Pour la première fois de ma vie, j’étais responsable de quelqu’un. J’ai demandé à papa de me faire revenir à Londres. Il m’a trouvé un petit appartement. Et puis, un jour, je m’en souviens, je suis allée au palais présenter Gary. Ma mère était à la fois grave et émue. Je sentais qu’elle me reprochait de m’être mal conduite et qu’elle était bouleversée de me voir avec Gary. Elle m’a demandé pourquoi j’avais fait ça. Je lui ai dit que je ne supportais pas d’avoir été éloignée d’elle. La rupture avait été trop brutale. C’est alors qu’elle a eu l’idée de m’engager comme garde du corps et de me faire passer pour une de ses employées…

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