Au tréfonds du ciel [A Deepness in the Sky - ru]
- Автор: Виндж Вернор (Вернон) Стефан
- Серия: Qeng Ho (fr) #2
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-09029-2
- Переводчик: Bernard Sigaud
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Au tréfonds du ciel [A Deepness in the Sky - ru]». Краткое содержание книги:
Le système de MarcheArrêt n’a jamais été exploré. Et voilà que deux expéditions, attirées par les signaux radio, s’y installent. L’une a été montée par les Qeng Ho, un peuple marchand qui parcourt l’espace en achetant et vendant des informations technologiques. L’autre par une civilisation violente et sadique, dite des Émergents, qui a fait de la lutte pour le pouvoir son mode de vie. Son chef, Tomas Nau, cherche à se rendre maître de la planète des Araignées pour exploiter ses ressources. Il lui faut d’abord détruire la flotte Qeng Ho ou s’en emparer.
Mais parmi les Qeng Ho se cache une figure mythique, Pham Nuwen, né mille ans plus tôt, qui connaît tous les tours...
— C’était un être vivant. Je le sais, je le sais. Un million de fois plus gros qu’un foram, mais fondé sur les mêmes principes. Si seulement nous pouvions voir à quoi il ressemblait avant qu’il soit réduit en poussière !
C’était la vieille rengaine des khelmiens, mais l’objet était décidément bien réel. Même Gokna semblait fascinée ; Viki allait devoir attendre un petit moment avant de pouvoir s’approcher. Elle se promena lentement autour de l’installation centrale, regarda dans les microscopes, lut le reste des explications. Nonobstant la frime et les statues grotesques, c’était censé être le meilleur exemple de Difformes qui se puisse trouver. En un certain sens, il y avait là de quoi décourager le pauvre Djirlib autant que le reste. Même si ces objets avaient été des êtres vivants, il n’y avait à coup sûr aucune preuve de leur intelligence. Si les Difformes étaient ce que Djirlib voulait vraiment qu’ils soient, leurs créations auraient dû être impressionnantes. Où étaient donc leurs machines, leurs métropoles ?
Pfff. Viki s’éloigna sans bruit de Gokna et de Djirlib. Elle était parfaitement visible derrière eux, mais ils étaient tellement captivés par le Difforme translucide qu’ils ne la remarquèrent ni l’un ni l’autre. Peut-être pourrait-elle entrer en douce dans la salle suivante, la vidéomancie. C’est alors qu’elle aperçut Brent. Lui n’était pas distrait par l’installation. Son frère s’était accroupi derrière une table dans l’un des coins les plus sombres de la salle… et juste à côté de la sortie vers laquelle elle se dirigeait. Elle ne l’aurait peut-être pas remarqué si ses surfaces oculaires n’avaient pas étincelé sous la lumière des lampes aux couleurs extrêmes. De là où il était posté, Brent pouvait surveiller les deux entrées à la fois sans que rien ne lui échappe de ce qui se passait aux tables centrales.
Viki agita les mains en un sourire moqueur et se rapprocha tranquillement de la sortie. Brent ne bougea pas ni ne la rappela. Peut-être avait-il envie de s’embusquer quelque part, à moins qu’il rêve simplement à ses jeux de construction. Tant qu’elle demeurerait dans son champ de vision, peut-être ne la moucharderait-il pas. Elle passa sous la haute arche de la sortie et pénétra dans la salle de la vidéomancie.
L’exposition débutait par des peintures et des mosaïques vieilles de plusieurs générations. L’idée de base de la vidéomancie remontait très loin avant les temps modernes, à la superstition selon laquelle on aurait pouvoir sur ses ennemis si seulement on pouvait se les représenter parfaitement. Cette idée avait inspiré nombre d’œuvres d’art, suscité l’invention de nouveaux colorants et de nouvelles formules de mélanges. Même à présent, les meilleurs tableaux n’étaient que l’ombre de ce que l’œil pouvait voir. La vidéomancie moderne prétendait que la science pouvait produire une image parfaite et que les vieux rêves pourraient se réaliser. Papa trouvait tout ça hilarant.
Viki avança entre de hautes rangées de tubes vidéo luminescents. Une centaine des paysages fixes, flous et brouillés… mais les tubes les plus perfectionnés montraient des couleurs qu’on ne voyait jamais sauf dans le spectre des lampes extrêmes et celui du soleil. Chaque année, les tubes s’amélioraient. Il était même question de radiovision. Cette idée fascinait la petite Victory – au diable le contrôle des esprits, cette arnaque !
Quelque part derrière la sortie, à l’autre bout de la salle, elle entendit des voix – un jacassement espiègle comme celui de Rhapsa et de Petit-Hrunk. Stupéfaite, Viki s’immobilisa. Quelques secondes s’écoulèrent… et deux bébés franchirent en bondissant l’entrée opposée. Viki se rappela la prédiction sarcastique de Djirlib : Rhapsa et Hrunk seraient au musée eux aussi. L’espace d’un instant, elle crut qu’il avait eu raison. Mais non. Les bébés étaient suivis d’un couple d’inconnus, et ils étaient plus jeunes que son petit frère et sa petite sœur.
Viki poussa un piaulement d’excitation et traversa la salle au pas de course pour voir les enfants. Les adultes – leurs parents ? – restèrent un instant cloués sur place, puis empoignèrent leur progéniture et battirent en retraite.
— Attendez, attendez, s’il vous plaît ! Je veux seulement vous parler !
Viki se força à marcher à une allure normale et leva les mains en un sourire amical. Derrière elle, Viki voyait que Gokna et Djirlib avaient quitté l’exposition des Difformes et la regardaient avec des expressions de surprise non mitigée.
Les parents s’arrêtèrent et revinrent lentement sur leurs pas. Gokna et Viki étaient manifestement hors phase l’une comme l’autre. Ce qui sembla encourager les parents plus que toute autre chose.
Ils s’entretinrent pendant quelques minutes, échangèrent des politesses. Trenchet Suabisme était urbaniste chez New World Construction et son mari géomètre-expert dans la même société.
— Ça nous a semblé être un jour idéal pour aller au Musée, avec tous les gens en congé, là-haut sur les montagnes, en train de jouer dans la neige. Vous aviez fait le même calcul ?
— Oh oui ! dit Gokna.
Et c’était certainement exact pour elle et Djirlib.
— Mais nous sommes très heureux de faire votre connaissance… et celle de vos enfants. Ils s’appellent comment ?
C’était si étrange de rencontrer des inconnus qui semblaient plus familiers que quiconque hormis les membres de la famille. Trenchet et Alendon avaient apparemment la même impression. Leurs enfants s’agitaient bruyamment dans leurs bras, refusant de se réfugier sur le dos d’Alendon. Au bout de quelques minutes, leurs parents les déposèrent sur le sol. En deux grands bonds, les bébés se retrouvèrent dans les bras de Gokna et de Viki. Ils leur couraient partout dessus en échangeant des propos incompréhensibles, et leurs yeux myopes de bébés se tournaient çà et là avec une curiosité intense. Celle qui grimpait sur Viki – Alequere – ne pouvait pas avoir plus de deux ans. Pour une raison ou une autre, ni Rhapsa ni Petit-Hrunk n’avaient jamais semblé aussi mignons. Bien sûr, quand ces deux-là avaient deux ans, Viki n’en avait que sept et essayait d’accaparer le maximum d’attention. Ces enfants n’avaient rien des hors-phase asociaux qu’ils avaient rencontrés jusque-là.
Le plus embarrassant fut la réaction des adultes lorsqu’ils apprirent qui étaient précisément Viki et ses frères et sœurs. Trenchet Suabisme en resta une seconde muette de saisissement.
— Je… je crois que nous aurions dû deviner. Qui d’autre pourriez-vous être ?… Vous savez, quand j’étais adolescente, je vous écoutais. Vous donniez l’impression d’être terriblement jeunes, vous étiez les seuls HP que j’aie jamais entendus à la radio. J’adorais votre émission.
— Ouais, confirma Alendon.
Il sourit lorsque Alequere s’insinua dans la poche latérale de la veste de Viki.
— La révélation de votre existence nous a permis, à moi et à Trenchet, de réfléchir à l’éventualité d’avoir des enfants nous aussi. Ça n’a pas été facile : nous avons perdu nos premières pustules incubatrices. Mais une fois qu’ils ont des yeux, ils sont on ne peut plus mignons.
La petite fille piaulait de plaisir en se démenant à l’intérieur de la veste de Viki. Finalement, sa tête émergea en agitant ses mains nourricières. Viki se redressa pour chatouiller ces mains minuscules. Elle était fière de savoir que quelqu’un avait compris le message de papa, mais…
— C’est triste que vous soyez encore obligés d’éviter la foule. Je voudrais bien qu’il y ait plus de gens comme vous et vos enfants.