Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
Mais un violon se met à jouer. Je me lève pour le regarder. C’est aussi le même : un vieux encore, très maigre, et triste, triste, à longs cheveux blancs rejetés derrière une tête creuse, intelligente et fière.
Et je me rappelle ma seconde visite à Saint-Antoine. J’avais seize ans.
Un jour (j’étais élève au collège de Rouen en ce temps-là), un jour donc, un jeudi, je crois, je montai la rue Bihorel pour aller montrer des vers à mon illustre et sévère ami Louis Bouilhet.
Quand j’entrai dans le cabinet du poète, j’aperçus, à travers un nuage de fumée, deux grands et gros hommes, enfoncés en des fauteuils et qui fumaient en causant.
En face de Louis Bouilhet était Gustave Flaubert.
Je laissai mes vers dans ma poche et je demeurai assis dans mon coin bien sage sur ma chaise, écoutant.
Vers quatre heures, Flaubert se leva.
— Allons, dit-il, conduis-moi jusqu’au bout de ta rue ; j’irai à pied au bateau.
Arrivés au boulevard, où se tient la foire Saint-Romain, Bouilhet demanda tout à coup
— Si nous faisions un tour dans les baraques ?
Et ils commencèrent une promenade lente, côte à côte, plus hauts que tous, s’amusant comme des enfants, et échangeant des observations profondes sur les visages rencontrés.
Ils imaginaient les caractères rien qu’à l’aspect des faces, faisaient les conversations des maris avec leurs épouses. Bouilhet parlait comme l’homme et Flaubert comme la femme, avec des expressions normandes, l’accent traînard et l’air toujours étonné des gens de ce pays.
Quand ils arrivèrent devant Saint-Antoine :
— Allons voir le violon, dit Bouilhet.
Et nous entrâmes.
Quelques années plus tard, le poète étant mort, Gustave Flaubert publia ses vers posthumes, les Dernières Chansons.
Une pièce est intitulée :
En voici quelques fragments :
Et quand je sortis de la baraque, je croyais ente encore la voix sonore de Flaubert :
— Pauvre… diable !
Et Bouilhet répondit :
— Oui, ça n’est pas gai pour tout le monde !
Obéissant au sentiment presque unanime, je désire l’acquittement de Mme Clovis Hugues dont la situation a éveillé dans tous les cœurs la sympathie la plus respectueuse et la plus vive.
Cependant, à un point de vue plus général, il y aurait beaucoup de choses à dire.
Pour les dire, ces choses, je vais imaginer une aventure analogue à la sienne mais en disposant les circonstances accessoires que j’ignore, de façon à appeler sur l’agent plus d’intérêt peut-être qu’il n’en mérite, et cela, pour les besoins de la cause que je vais plaider.
Je veux faire le procès de l’opinion publique.
Je dis que l’opinion publique en France a perdu complètement le sens de la justice et qu’elle se laisse emporter, emballer, égarer sans cesse par une sentimentalité naïvement prudhommesque et par un donquichotisme niais.
Et de plus en plus, dans nos mœurs, le sentiment tend à remplacer la loi et la logique.
Nous ne faisons que de la politique de sentiment, de la guerre de sentiment, de la justice de sentiment.
Donc, je raconte une aventure qui n’est pas arrivée, mais que je suppose arrivée.
J’imagine qu’un garçon de trente ans erre dans Paris, sans place et sans pain. Le cas est fréquent. Il va de porte en porte et ne trouve rien. Il n’a d’ailleurs ni parents ni recommandations. Enfin, harcelé par la faim, il frappe chez un de ces misérables qui tiennent des agences de renseignements secrets.
L’homme l’emploie, puis au bout de quelque temps le charge de trouver des preuves de l’infidélité conjugale de M. X… Besogne aisée, ajoute le patron, car les maris fidèles sont rares.
L’agent se met en campagne, il interroge à droite, à gauche, convaincu, comme un simple juge d’instruction, que le prévenu est coupable. Qui interroge-t-il ? Les concierges, parbleu’ Or, quel est le concierge qui ne calomnie pas cent fois par jour le plus innocent de ses locataires ? Oh ! Si nous savions ce que disent de nous nos concierges, les armuriers, demain, n’auraient plus assez de revolvers.
Un fait, entre mille. Le bruit ayant couru dernièrement dans Paris, de la folie d’une femme charmante, un grand journal envoya aussitôt prendre des renseignements chez sa concierge.
Le reporter demanda
— Est-ce vrai que Mme X… est folle ?
L’autre, ravie d’avoir à dire du mal de sa locataire, s’écria :
— Pour sûr, et folle à lier encore.
C’était là son opinion de portière mais nullement la confirmation d’un fait accompli.
Et le journal annonça une nouvelle fausse.
Donc la concierge en raconte sur la dame du quatrième et celle du cinquième. L’agent demande : — Est-ce que M. X… ne vient pas au cinquième ?
Et la chipie en loge en débite, en invente, en surinvente, enchantée d’avoir un public aussi rempli d’attention.
Le pauvre gueux, tenant son témoin, fait son rapport au patron qui fournit à sa cliente les renseignements payés.