Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
« N’ai-je point raison ?
« Quoi de plus ennuyeux et de plus inutile que l’Académie quand elle est au complet ? Que fait-elle ? A quoi sert-elle ?
« Mais sitôt qu’un académicien meurt, quel amusement ! Toute la France s’émeut, tout Paris se passionne. Qui le remplacera ? Moi je sens un petit frisson au cœur quand je lis dans mon journal, le matin, qu’un immortel vient de mourir ! Voilà mes bons jours, car j’ai du plaisir sur la planche pour six mois au moins. Et s’il en meurt deux ou trois de suite, je deviens folle de contentement. Et tout le monde est comme moi, sans exceptions !
« Qui remplacera le trépassé ? Quelle émotion ! Chacun fait sa liste. On pointe, on discute, on suppose, on calcule. Il n’y a rien de plus amusant, non rien, absolument rien ! Que d’intrigues, de visites, de mines, de contre-mines, de combinaisons, d’influences mises en mouvement, de manœuvres ! Quelle joie quand votre candidat réussit ! Et comme il faut déployer d’adresse, de ruse, de tact, de politique.
« C’est là la vraie distraction de Paris l’hiver, du Paris intelligent, du Paris qui pense.
« Personne ne pourra dire le contraire. Aussi je trouve très fâcheux qu’on amène à l’Académie des jeunes gens comme François Coppée, qui nous feront attendre très longtemps leur successeur. Songez que nous pourrions disparaître avant lui ! Ça n’est pas gai cette idée-là.
« Du moment que nous ne nommons des académiciens que pour avoir le plaisir de les remplacer, c’est avec l’espérance de les voir mourir bientôt. Plus il en meurt, plus nous devons être satisfaits. Il faut donc les prendre très vieux, très infirmes, très malades.
« Moi, je l’avoue, quand il se passe deux ou trois mois sans qu’il en soit parti un seul pour l’autre monde, je fais brûler un petit cierge à Notre-Dame. Ça m’a réussi souvent.
« Il y a beau temps que l’Académie n’existerait plus, croyez-moi, si ce n’était pas si amusant de la renouveler.
« C’est un petit jeu, cela, un petit jeu littéraire et tout à fait passionnant.
Si j’étais écrivain, je composerais un livre sur ce sujet :
« L’ACADÉMIE FRANÇAISE OU LE JEU DE LA MORT ET DES QUARANTE VIEILLARDS »
« ou encore
« JEU DE LA MORT ET DES IMMORTELS. »
La petite dame avait-elle tort ? A d’autres de le décider. Mais il me semble pour être juste, qu’il y avait du vrai dans sa manière de raisonner.
Voilà donc Coppée baptisé avec la prose de M. Cherbuliez. (A sa place, je me laverais la tête.) Au tour de M. Edmond About, maintenant, et puis au tour de M. Ludovic Halévy. Le Paris qui pense va s’amuser avec ces entrées à sensation.
Mais on attend les sorties ? A qui le tour ?
Il n’est point que l’Académie où l’on s’exerce à discourir.
Voilà que la Société des gens de lettres est en train de devenir une concurrence de l’Institut. La maison n’est pas au coin du quai.
On y discute le mérite littéraire, la valeur du verbe et de l’adjectif, le style et la composition, en des morceaux préparés avec prétention.
Cet autre petit jeu serait fort innocent, s’il était inoffensif. Malheureusement, il ne l’est point.
Le fait qui vient de se produire est assez curieux pour qu’on le cite.
La Société des gens de lettres est une association de gens qui écrivent bien ou mal, souvent mal et quelquefois bien, et qui se sont associés pour tirer tout le profit possible de leurs œuvres et empêcher le pillage littéraire, si facile et si constant. C’est donc uniquement une réunion d’intérêts pécuniaires, une réunion de marchands de prose ou de vers, une réunion de commerçants qui mettent en commun, pour l’exploiter, un fonds ayant une valeur mercantile. Ils forment donc absolument le contraire d’une académie.
S’il en fallait une preuve, il suffirait de lire les noms des sociétaires. Pour dix qui sont connus un peu ou beaucoup, on en trouve cinquante ignorés du monde entier. Pour dix qui écrivent en une langue élégante ou seulement correcte, on en trouve cinquante qui se servent du charabia négro-français le plus étonnant. Là sont réunis tous ceux qui fabriquent en gros le roman-feuilleton, honorables débitants de lignes, habiles en leur métier spécial, mais qui n’ont pas connu ce qu’un poète nommerait les idéales caresses de la langue française, cette divine maîtresse des artistes. Trublots de la littérature, ils n’ont jamais fréquenté que la bonne de la maison. Cela n’empêche que leurs intérêts soient aussi respectables que ceux de MM. Daudet, Claretie, Coppée et de tous les vrais écrivains qui font partie de cette association, mais cela devrait empêcher ces barbouilleurs de papier de s’ériger en juges aussi intolérants qu’incompétents.
Voici le cas
Le règlement dit que pour être admis dans la Société, il faut avoir produit au moins deux volumes, ou la valeur de deux volumes en articles publiés.
Il faut en outre que le candidat soit absolument honorable.
Or, un jeune écrivain de talent, Harry Alis, qui a publié quatre volumes plus trois cent mille lignes dans divers grands journaux, garçon charmant d’ailleurs et dont la vie est inattaquable, vient de se voir refuser la porte de ce sanctuaire, après la lecture d’un rapport superlativement admirable de M. Ferdinand du Boisgobey.
Il semble que le rapporteur aurait dû mettre une certaine coquetterie modeste à nous laisser toujours ignorer ses idées et ses théories sur l’art littéraire. Il a l’imprudence de nous les révéler.
Il dit, parlant du premier roman d’Harry Alis, Hara-Kiri : « Le commencement est un petit chef-d’œuvre. La description du Japon (l’avez-vous vu, monsieur Ferdinand ?), la douleur du vieux samouraï, etc., etc., tout cela forme un tableau achevé.
« Mais la suite ne rappelle que très imparfaitement le voyage en Grèce du jeune Anacharsis (l’avez-vous lu, monsieur Ferdinand ?) qui fit les délices de nos grands-pères ! » (Parbleu ! que la logique est une belle chose, et aussi l’à-propos de la comparaison, et cette opération d’esprit qu’on nomme l’enchaînement des idées !)
Et puis M. du Boisgobey s’étonne de rencontrer des invraisemblances dans le roman de son jeune confrère. Et je m’étonne à mon tour, et plus que lui encore, de son étonnement ! Il s’écrie : « O prodige ! » parce qu’un jeune Japonais de noble race pénètre dans les salons les plus aristocratiques du faubourg Saint-Germain, ces salons dont M. du Boisgobey considère les portes comme infranchissables, bien qu’il en ait révélé le monde, et le ton et les amours, à toutes les portières et les fruitières de France ! Oh ! Le bon faubourg qu’elles ont !
Le récipiendaire conclut ainsi : « Tel est, messieurs, le fond du roman de M. Harry Alis qui a tiré de ce fond bizarre une infinité d’épisodes non moins singuliers. Il y a de tout dans son œuvre… Elle pèche fortement par la composition, mais elle est écrite avec une verve extraordinaire, dans une bonne langue, sobre et colorée à la fois. L’auteur n’abuse pas trop des adjectifs et ne torture pas trop ses phrases.
« Il est malheureusement sorti de la bonne voie, lorsque, deux ans plus tard, il fit son second roman, Reine Soleil. Cette fois, il a versé dans le réalisme, dans le néologisme et même dans la pornographie ! »
— Avec vous, Goncourt et Zola !
Après une analyse succincte, M. du Boisgobey reprend :
« Vous parlerai-je du style ? » (Oh ! non, s’il vous plaît.) Il en parle cependant. — « Je me contenterai de deux ou trois citations qui vous mettront à même d’en juger. »
Première citation. « Au théâtre, la lumière crue de la rampe fait scintiller les ors et rougeoyer les maillots des danseuses. » Sœur Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? dit le conte.