Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
Et nous assistons à ce curieux spectacle de voir nos bourgeois véreux, ventrus et ensaqués en leurs redingotes noires ferrailler dans les salles d’armes et ferrailler sur le pré pour défendre leur honneur problématique, comme on ferraillait aux jours héroïques des cuirasses et aux jours élégants des pourpoints.
La continuation dans notre société démocratique, tolérante, complaisante de cette coutume antique des temps où l’on portait l’épée, comme nous portons des parapluies, a de quoi surprendre.
Elle est facile à expliquer cependant.
Plus cet honneur intime de l’homme, cet honneur délicat qu’on pourrait appeler la conscience de sa probité disparaît, plus on éprouve le besoin de faire croire à son existence. L’honorabilité véritable étant morte, on se fabrique, à coups d’épée, une honorabilité fictive, dont se contentent les gens du monde.
Il existe, il est vrai, des hommes qui se battent pour d’autres raisons. On les peut classer :
1 °Ceux qui se battent parce qu’ils ont été insultés, injuriés, trompés par leurs femmes, leurs maîtresses et leurs amis ;
2 °Ceux qui se battent par pose, par chic, pour la réclame, parce que c’est de mode en ce moment. La plupart des journalistes appartiennent à cette catégorie ;
3 °Ceux qui se battent parce qu’ils ont le tempérament batailleur.
Mais la dernière catégorie, la plus nombreuse, est composée de tous ceux qui ont besoin d’intimider pour faire taire les bouches, pour forcer les chapeaux à se lever, les portes et les mains à s’ouvrir.
Ils s’imposent à la société lâche et indifférente par la menace de leur épée.
Jadis on se battait pour défendre son honneur, aujourd’hui on se bat pour se constituer un honneur qui ait cours. Car le duel refait une honorabilité d’aventure, ou plutôt d’aventurier, comme l’amour refaisait une virginité à Marion.
On confond tout à fait la crapule, brave parce qu’il le faut, avec l’honnête homme.
Mais il est rare, bien rare en vérité, qu’un homme parfaitement honorable ait besoin d’aller sur le terrain comme on dit, car on ne le suspectera point. Se sentant irréprochable il ne sera pas chatouilleux ; il n’éprouvera pas le besoin d’aller demander raison de paroles soupçonnées, de propos devinés, d’intentions aperçues.
Si on ne l’a point salué par hasard, il ne supposera pas aussitôt qu’on l’a fait avec intention.
En général, les hommes qui ont le témoin facile ont la conscience nuageuse : on est susceptible quand on se sent attaquable, car la bête souffre où le bât la blesse. Or, si chaque fois qu’un duel a lieu entre ces messieurs de la demi-société, cités dans le Tout-Paris et connus par la réclame qu’ils se font faire dans les journaux, on dévoilait la vie entière des deux adversaires, on trouverait, huit fois sur dix, une telle série de saletés que le public épouvanté finirait par confondre le combat pour l’honneur avec les condamnations judiciaires.
Et quand on dirait d’un homme : « X… a le diable au corps, il s’est battu dix-huit fois », on ne pourrait s’empêcher de murmurer : « Dix-huit fois !.. Ça doit être une rude canaille… »
Elle n’est point près de finir la grande querelle des romanciers et des chroniqueurs. Les chroniqueurs reprochent aux romanciers de faire de médiocres chroniques et les romanciers reprochent aux chroniqueurs de faire de mauvais romans.
Ils ont un peu raison, les uns et les autres.
Mais il serait étonnant d’entendre les pianistes reprocher aux flûtistes de manquer de doigts et les flûtistes reprocher aux pianistes d’avoir le souffle trop court. Ils sont musiciens les uns et les autres, cependant, bien que l’instrument diffère. Il en est de même des chroniqueurs et des romanciers qui sont hommes de lettres avec des tempéraments différents, je dirais même avec des tempéraments opposés.
Le romancier a besoin de pénétration, d’idées générales, d’observation profonde et minutieuse des hommes, et surtout une suite sévère dans l’enchaînement des : pensées et des événements d’où dépend la composition d’un livre.
L’observation du chroniqueur doit porter sur les faits bien plus que sur les hommes, le fait étant la nourriture même du journal, et ce doit être encore bien plus de l’appréciation que de l’observation. Le chroniqueur doit, en outre, avoir plus de trait que de profondeur, plus de saillie que de descriptions, plus de gaieté que d’idées générales.
Les qualités maîtresses du romancier, qui sont l’haleine, la tenue littéraire, l’art du développement méthodique, des transitions et de la mise en scène, et surtout la science difficile et délicate de créer l’atmosphère où vivront les personnages, deviennent inutiles et même nuisibles dans la chronique qui doit être courte et hachée, fantaisiste, sautant d’une chose à une autre et d’une idée à la suivante sans la moindre transition, sans ces préparations minutieuses qui demandent tant de peine au faiseur de livres.
J’ai parlé de l’atmosphère d’un livre et c’est là le point capital, essentiel.
C’est l’atmosphère de la terre, existant avant tout, qui a déterminé les races, la structure, les organes, toute la manière de vivre des êtres nés et développés sur le globe, et qui sont soumis à toutes les fatalités du lieu, de l’air, du climat, et modifiés même suivant les continents.
C’est l’atmosphère d’un livre qui rend vivants, vraisemblables et acceptables les personnages et les événements. Tout arrive dans la vie et tout peut arriver dans le roman, mais il faut que l’écrivain ait la précaution et le talent de rendre tout naturel par le soin avec lequel il crée le milieu et prépare les événements au moyen des circonstances environnantes.
Donc les qualités maîtresses du romancier deviennent stériles dans le journal et lui donnent même un air de gêne et de lourdeur. Tandis que les qualités essentielles du chroniqueur, la bonne humeur, la légèreté, la vivacité, l’esprit, la gâte donnent aux romans des journalistes un ait négligé, décousu, peu approfondi.
S’il fallait pousser plus loin cette analyse on remarquerait encore que le chroniqueur plaît surtout parce qu’il prête aux choses qu’il raconte son tour d’esprit, l’allure de sa verve, et qu’il les juge toujours avec la même méthode, leur applique le même procédé de pensée et d’expression auquel le lecteur du journal est habitué.
Le romancier, au contraire, doit, tout en donnant à son œuvre la marque de son originalité propre, se faire autant de tempéraments qu’il met en scène de personnes, il doit apprécier avec leurs jugements divers, voir la vie avec leurs yeux, donner le reflet des faits et des choses dans tous ces esprits contraires, différemment organisés suivant leur tempérament physique et les milieux où ils se sont développés. Aussi ne s’est-il jamais rencontré un romancier qui fût un chroniqueur, et jamais un chroniqueur qui fût un bon romancier.
Les vrais chroniqueurs sont tout aussi rares et aussi précieux que les vrais romanciers, et combien en compte-t-on qui résistent seulement quatre ou cinq ans à ce métier terrible d’écrire tous les jours, d’avoir de l’esprit tous les jours, de plaire tous les jours au public.
Le romancier peut braver la colère de ses juges, s’en moquer même et attendre la justice de l’avenir. Il poursuit son œuvre suivant l’idéal qu’il s’est créé, suivant ses croyances et sa nature.
Le chroniqueur, au contraire, n’existe que par la faveur immédiate du public. Il faut qu’il soit sans cesse le favori des lecteurs, qu’il s’efforce sans cesse de les séduire ou de les convaincre. Il a besoin pour cet effort constant, d’une incroyable énergie, d’un tempérament infatigable, d’un esprit et d’une présence d’esprit sans limites. Le mépris systématique des romanciers pour leurs frères du journalisme n’empêchera point qu’il soit aussi difficile au directeur d’un grand journal de découvrir un chroniqueur, qu’il est difficile à un éditeur de mettre la main sur un auteur.