Le clan de l'ours des cavernes
- Автор: Ауэл Джин М.
- Серия: Les enfants de la Terre #1
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-258-05932-1
- Переводчик: Philippe Rouard
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:
Chacune des plantes qu’elle cueillait était entrée à un moment ou à un autre dans la pharmacopée de la guérisseuse, mais Ayla ne choisissait que les plus belles, les plus colorées, les plus embaumées. Elle pleurait quand elle s’arrêta en bordure d’un pré, où Iza et elle étaient souvent venues. Sa cueillette était si abondante qu’elle avait du mal à la porter sans panier. Plusieurs fleurs lui échappèrent et, comme elle se baissait pour les ramasser, elle vit les longues tiges de plusieurs prêles en fleur, et manqua sourire à l’idée qui lui vint.
Elle déposa dans l’herbe sa brassée pour sortir un couteau d’un des plis de son vêtement, et alla couper quelques prêles. Puis elle s’assit en bordure du pré au bon soleil des premiers jours d’automne et, après avoir noué les tiges de prêles en une trame circulaire, elle entreprit d’y entrelacer les plantes aux fleurs colorées, jusqu’à ce que se dessine une éblouissante palette de corolles.
Lorsqu’elle revint à la caverne avec sa couronne de fleurs, la stupéfaction fut générale. Elle se dirigea droit vers le fond de la grotte et déposa son présent auprès du corps couché dans la petite fosse tapissée de pierres.
— Voilà les véritables outils d’Iza ! lança-t-elle avec des gestes défiant quiconque de la contredire.
Elle a raison, se dit le vieux sorcier en hochant la tête. C’est avec ça qu’Iza a travaillé toute sa vie. Elle sera peut-être contente de les avoir avec elle dans le monde des esprits, car je me demande s’il y pousse des plantes.
Comme on s’apprêtait à recouvrir de pierres la dépouille et que Mog-ur commençait d’invoquer l’Esprit du Grand Ours des Cavernes et son totem l’Antilope Saïga pour qu’ils guident l’esprit d’Iza jusqu’à l’autre monde, Ayla fit un signe au sorcier.
— Attends, Mog-ur ! s’écria-t-elle. J’ai oublié quelque chose.
Elle courut à son foyer, fouilla dans son sac de guérisseuse, et revint avec les deux moitiés de ce qui avait été une écuelle en bois, l’écuelle sacrée d’Iza, qu’elle disposa à côté du corps.
— J’ai pensé qu’elle aimerait l’emporter avec elle, maintenant qu’elle est inutilisable, signifia-t-elle.
Mog-ur acquiesça. Une fois la dernière pierre déposée, les femmes recouvrirent de bois le tumulus. Le feu sur lequel devait cuire le festin funéraire fut allumé à l’aide d’une braise. Les repas devraient être préparés sur la tombe pendant sept jours. La chaleur du bûcher dessécherait le cadavre en le momifiant.
Alors que les flammes s’élevaient, Mog-ur proféra des lamentations dont l’accent dépassait largement leur caractère conventionnel, tant l’émotion étreignait le vieux sorcier.
S’adressant au monde des esprits, il leur dit combien le clan avait aimé sa guérisseuse qui s’était toujours dévouée sans compter pour le bien-être de chacun, toujours prompte à accourir au chevet du malade ou du blessé.
Les yeux secs, Ayla observait à travers les flammes les mouvements suggestifs de l’infirme, si éloquents que personne ne pouvait résister à l’emprise de son désespoir. Mog-ur exprimait toute sa douleur, et elle s’identifiait totalement à lui, comme s’il avait été en elle, souffrant avec son cœur à elle. Elle n’était pas la seule à faire sienne la peine du sorcier. Ebra poussa une longue plainte gutturale, que reprirent les autres femmes. Mais Ayla ne se joignit pas à leurs lamentations ; elle demeura le regard vide, confinée dans une détresse muette, fixant des yeux les flammes qu’elle ne voyait pas, jusqu’à ce qu’Ebra la secoue pour la faire revenir à elle.
— Ayla, il faut que tu manges un peu. C’est le dernier repas que nous allons partager avec Iza.
La jeune femme se servit, porta machinalement un morceau de viande à sa bouche et, prise d’un haut-le-cœur, le recracha. Elle se leva brusquement et se précipita hors de la caverne. Se frayant un chemin à travers les broussailles et trébuchant sur les pierres, elle se dirigea tout d’abord vers la petite grotte qui lui avait si souvent servi de refuge. Puis elle se ravisa. Depuis qu’elle avait dévoilé à Brun l’emplacement de sa cachette, elle s’en sentait dépossédée, et puis son dernier séjour là-bas était un souvenir pénible. Elle préféra grimper au sommet de l’escarpement qui, l’hiver, protégeait la caverne des vents du nord et détournait les bourrasques de l’automne.
Fouettée par des rafales de vent, elle se laissa tomber à genoux et là, elle s’abandonna à son chagrin, laissant la douleur s’exprimer en une longue plainte déchirante, se balançant au rythme de ses sanglots. Creb, qui avait quitté la caverne quelques instants après elle, aperçut sa frêle silhouette qui se détachait dans le couchant.
Il n’arrivait pas à comprendre comment elle pouvait préférer la solitude au réconfort des autres. En dépit de sa perspicacité habituelle, il ne se doutait pas que la peine n’était pas l’unique raison de la détresse de la jeune femme.
Car Ayla était rongée de remords, et ne cessait de se reprocher d’avoir abandonné sa mère malade pour se rendre au Rassemblement du Clan, ce qui lui semblait indigne d’une guérisseuse. C’était encore à cause d’elle qu’Iza, malade, était allée loin pour lui trouver la racine qui l’aiderait à garder cet enfant qu’elle désirait tant. Elle avait trahi Creb en surprenant la cérémonie secrète des mog-ur et avait causé beaucoup de chagrin à celui qui l’avait élevée avec tant d’amour. Enfin, outre la douleur du deuil, elle était affaiblie par son jeûne et par la fièvre qui accompagnait sa rétention de lait, laissant ses seins gonflés et crevassés. Iza l’aurait soignée si elle avait été encore de ce monde.
Durc lui manquait cruellement. Elle avait besoin de le nourrir, de répondre à ses demandes afin de revenir à la réalité, de comprendre que la vie continuait. Mais quand elle regagna la caverne, elle trouva son enfant endormi auprès d’Uba. Creb l’avait confié à Oga, qui l’avait allaité. Ayla se coucha mais elle ne put trouver le sommeil, sans songer un instant que sa fièvre et ses douleurs aux seins étaient responsables de son insomnie. Toute à son désespoir, elle n’entendit pas le signal d’alarme que lui transmettait son corps.
Le lendemain matin, quand Creb se leva, elle avait repris sa position au sommet de l’escarpement.
— Dois-je aller la chercher ? demanda Brun, aussi déconcerté que le vieux sorcier devant la réaction d’Ayla.
— Laissons-la, on dirait qu’elle préfère rester seule, répondit Creb. Le vieil homme ne commença à s’inquiéter sérieusement qu’à la nuit tombée, et il demanda à Brun de se rendre auprès d’elle. Quand il vit Brun la reconduire à la caverne, il regretta de ne pas l’avoir envoyé plus tôt. La fatigue et la fièvre avaient achevé ce que l’affliction et le découragement avaient commencé. C’est Uba et Ebra qui s’occupèrent de la guérisseuse du clan. Ayla délirait, secouée de frissons et brûlante de fièvre, et hurlait de douleur dès qu’on lui frôlait les seins.
— Elle va perdre son lait, dit Ebra à la petite fille. Il est trop tard, Durc ne pourra plus la téter. Son lait a tourné.
— Mais on ne peut pas le sevrer déjà, il est trop petit. Que va-t-il devenir ? Et elle, que peut-on faire pour la soulager ?
Quelque chose aurait pu être tenté si Iza avait été là, ou si Ayla avait conservé ses sens. Uba elle-même savait qu’il existait des cataplasmes et des remèdes efficaces, mais elle était encore trop jeune et trop peu sûre d’elle. Quand la fièvre tomba, le sein d’Ayla était complètement tari. Elle se trouvait désormais incapable de nourrir son propre fils.
— Je ne veux pas de ce sale avorton chez moi, Oga ! Je ne veux pas qu’il devienne le frère de tes fils !