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Le clan de l'ours des cavernes

Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:

Il y a 35.000 ans, la terre se réchauffe lentement, alors que l’homme se dégage peu à peu de la bête, maîtrise l’outil et le feu. Une fillette de 5 ans, nommée Ayla, échappe à un tremblement de terre. Elle se réfugie auprès d’un clan étranger qui l’adopte.
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Broud était fou de rage, tandis qu’Oga, à ses pieds, s’efforçait de le convaincre.

— Mais Broud, ce n’est qu’un bébé. Aga et Ika n’ont pas assez de lait, alors que moi j’en ai pour deux, j’en ai toujours eu trop. Autrement, il va mourir de faim.

— Ça m’est complètement égal. On n’aurait jamais dû le laisser vivre dans ce clan, le premier de tous les clans. Il n’habitera pas dans mon foyer.

Oga cessa de trembler devant son compagnon et le regarda droit dans les yeux. Elle s’était attendue à ce qu’il peste et tempête tant et plus, mais elle avait cru qu’il finirait par se laisser fléchir. Comment pouvait-il se montrer aussi cruel, quelle que fût la haine qu’il portait à la mère de Durc ?

— Broud, Ayla a sauvé Brac, comment peux-tu laisser mourir son fils ?

— N’en a-t-elle pas été amplement récompensée ? On l’a autorisée à vivre et même à chasser. Je ne lui dois rien.

— On ne l’a pas autorisée à vivre, on l’a condamnée à la Malédiction Suprême. C’est à son totem protecteur qu’elle doit d’être revenue du monde des esprits, protesta Oga.

— Si on l’avait maudite une bonne fois pour toutes, elle ne serait pas revenue pour donner naissance à ce laideron. Et si son totem est si puissant, pourquoi n’a-t-elle plus de lait ? Tout le monde a dit que son fils était voué au malheur, et quel plus grand malheur pour lui que de perdre le lait de sa mère ? Veux-tu donc attirer le mauvais sort sur notre foyer ? Je te l’interdis, Oga, un point c’est tout !

Oga jeta à Broud un regard froid et déterminé.

— Non, Broud, ce n’est pas tout, répliqua-t-elle sans manifester la moindre peur envers son compagnon, dont la surprise se peignit sur son visage. Tu peux empêcher Durc d’habiter chez toi, c’est ton droit le plus strict et je ne peux pas m’y opposer. Mais tu ne peux m’interdire de l’allaiter. Ayla a sauvé mon fils, je ne laisserai pas mourir le sien. Durc sera le frère de mes fils, que tu le veuilles ou non.

Broud était abasourdi. Jamais il n’aurait cru sa compagne capable de lui désobéir, elle qui s’était toujours montrée soumise et respectueuse. Sa stupeur se transforma vite en fureur.

— Comment peux-tu oser me tenir tête, femme ? Je vais te chasser d’ici ! menaça-t-il en gesticulant comme un forcené.

— Eh bien, dans ce cas, je partirai avec mes fils, Broud, et je demanderai à un autre homme de me prendre avec lui. Si personne ne veut de moi, Mog-ur acceptera peut-être de me laisser vivre chez lui. Mais je nourrirai l’enfant d’Ayla.

Pour toute réponse, Broud se contenta de lui envoyer dans la figure un grand coup de poing, qui la jeta à terre. Fou de rage, il tourna les talons et se rua vers le foyer de Brun, en se promettant qu’une telle désobéissance ne resterait pas impunie.

— Avec son esprit de rébellion, elle a commencé par contaminer Iza, et maintenant c’est le tour de ma compagne ! s’exclama Broud en franchissant les pierres qui délimitaient le foyer du chef. J’ai dit à Oga que je ne voulais pas du fils d’Ayla et sais-tu ce qu’elle m’a répondu ? Qu’elle le nourrirait quand même ! Que rien ne l’en empêcherait ! Qu’il serait le frère de ses fils, que je le veuille ou non ! Tu te rends compte ?

— Elle a raison, répondit Brun avec calme. Tu ne peux pas l’en empêcher. Ce n’est pas à un homme de s’occuper de ce genre de choses, il a mieux à faire que de surveiller les tétées des bébés du clan.

Brun n’appréciait pas du tout l’esclandre de Broud. Il trouvait indigne d’un homme de se laisser aller à de tels éclats sur des sujets qui ne le concernaient guère. Et qui d’autre qu’Oga aurait pu se charger de nourrir Durc ? L’enfant faisait partie du Peuple du Clan, et le clan avait toujours pris soin des siens. Une femme, fût-elle d’un autre clan et sans enfant, recevait toujours de quoi manger à la mort de son compagnon. On ne laissait personne mourir de faim.

Broud pouvait refuser d’accepter Durc dans son foyer, car cela l’aurait obligé à l’éduquer avec les fils d’Oga. Mais pourquoi refuserait-il que sa compagne allaite un enfant du clan ?

— Tu insinues donc qu’Oga peut me désobéir en toute impunité ?

— Mais qu’est-ce que cela peut bien te faire ? Tu veux que l’enfant meure, c’est bien ça ? demanda Brun au fils de sa compagne qui rougit à cette question directe. Il fait partie du clan, Broud. En dépit de la forme de sa tête, il ne semble pas attardé. Quand il sera grand, il deviendra chasseur, dans ce clan qui est le sien. On lui a déjà trouvé une compagne et tu as donné ton accord. Pourquoi réagir si violemment au fait que ta compagne nourrisse l’enfant d’une autre ? C’est encore Ayla qui te met dans cet état ? Tu es un homme, Broud, et tu sais bien que, si tu lui commandes, elle doit obéir. Et c’est d’ailleurs ce qu’elle fait. A moins que je ne me trompe ? Tu t’abaisses en t’acharnant ainsi contre une femme. Es-tu vraiment un homme, Broud ? L’es-tu assez pour prendre la tête de ce clan ?

— Je ne veux pas qu’un enfant difforme soit le frère des fils de ma compagne, c’est tout, se défendit Broud, qui n’avait pas été sans remarquer l’allusion menaçante.

— Broud, quel est le chasseur qui n’a sauvé un jour la vie d’un autre ? Quel homme ne possède une partie de l’esprit de chacun des autres ? Quel homme n’est le frère de tous les autres ? Qu’importe que Durc devienne maintenant ou plus tard le frère des fils de ta compagne ! Pourquoi t’y opposes-tu ?

Broud n’avait rien à répondre à cela, ou du moins rien d’acceptable. Il ne pouvait avouer sa haine féroce pour Ayla. Il aurait démontré ce faisant qu’il était incapable de se maîtriser, qu’il n’était pas digne d’être chef. Il regrettait d’être allé trouver Brun. J’aurais dû me rappeler, se dit-il, qu’il prend toujours sa défense. Il était pourtant bien fier de moi au Rassemblement. Et maintenant, une fois de plus à cause d’elle, le voilà qui doute à nouveau de moi.

— Bon, qu’elle le nourrisse après tout, dit-il avec des gestes qui trahissaient son dépit et son amertume. Mais je ne veux pas de lui dans mon foyer. (Sur ce point, il se savait dans son droit et il était bien décidé à ne pas céder.) Quoi que tu en dises, je le crois attardé, moi. Je ne veux pas me charger de son éducation, et je doute qu’il devienne jamais chasseur.

— Comme tu veux, Broud. Je me suis engagé, moi, à assumer la responsabilité de son éducation. Durc fait partie du clan et il deviendra chasseur, j’en fais mon affaire.

Broud s’apprêtait à regagner son foyer quand il vit Creb apporter Durc à Oga, et il préféra quitter la caverne. Il ne donna libre cours à sa colère qu’au moment où il fut bien assuré que Brun ne pouvait plus le voir. Tout cela est la faute de ce vieil infirme, se dit-il, en essayant de chasser rapidement cette idée de son esprit, tant il craignait que le sorcier puisse lire dans ses pensées.

Plus peut-être qu’aucun des autres hommes du clan, Broud redoutait les esprits et sa crainte s’étendait à celui qui était en relations si intimes avec eux. Au cours du Rassemblement du Clan, il avait eu maintes fois l’occasion d’entendre les jeunes gens des autres clans chercher à s’effrayer en se racontant des histoires de mauvais sorts jetés par des mog-ur en colère : des lances se détournant au dernier moment de la proie visée, de terribles maladies accompagnées de mille souffrances, toutes sortes de calamités étaient imputées à la vengeance des mog-ur. Or, le mog-ur du clan de Broud était le plus puissant de tous les sorciers.

Bien que Broud eût parfois trouvé que la difformité de Mog-ur était plus source de ridicule que de respect, il devait s’avouer que le corps tourmenté et le visage atrocement défiguré du sorcier ajoutaient à sa stature. Mog-ur apparaissait à tous ceux qui le rencontraient pour la première fois comme moitié homme, moitié démon. Broud s’était vanté auprès des autres jeunes hommes de ne pas avoir peur du grand Mog-ur, jouissant de la stupeur incrédule que suscitaient ses vantardises. Mais de même qu’il avait été impressionné malgré lui par les récits terrifiants courant sur les pouvoirs des mog-ur, de même la révérence craintive que tous les clans manifestaient à l’homme qui boitait avait encore renforcé la peur secrète que ce dernier lui avait toujours inspirée.

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