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Le clan de l'ours des cavernes

Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:

Il y a 35.000 ans, la terre se réchauffe lentement, alors que l’homme se dégage peu à peu de la bête, maîtrise l’outil et le feu. Une fillette de 5 ans, nommée Ayla, échappe à un tremblement de terre. Elle se réfugie auprès d’un clan étranger qui l’adopte.
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— Ayla, répéta Iza, en un murmure rauque.

— Qu’y a-t-il ?

— J’ai quelque chose à te dire avant de partir, dit la vieille femme qui avait à peine la force de faîte les gestes indispensables pour se faire comprendre.

— N’essaie pas de parler, maman. Repose-toi. Tu te sentiras mieux au matin.

— Non, mon enfant, il faut que je parle maintenant ; je ne serai plus là au matin.

— Mais bien sûr que tu seras là ! Il le faut. Tu ne peux pas t’en aller, répondit Ayla.

— Ayla, mon heure est venue, et il te faut l’accepter. Laisse-moi finir, je n’ai pas beaucoup de temps.

Iza se tut quelques instants sous le regard douloureux d’impuissance d’Ayla, puis elle reprit :

— Ayla, je t’ai toujours aimée plus que personne. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est ainsi. J’ai voulu que tu restes près de moi avec le clan, mais je vais bientôt partir. D’ici peu, ce sera le tour de Creb de rejoindre le monde des esprits, et Brun aussi se fait vieux... Alors Broud sera le chef. Ayla, tu ne pourras pas rester ici le jour où Broud sera le chef.

Iza se tut de nouveau et ferma les yeux en essayant de rassembler ses dernières forces.

— Ayla, ma fille, mon étrange enfant, j’ai fait de toi une guérisseuse afin que tu aies un rang dans le clan, même si tu ne trouvais pas de compagnon. Mais tu es une femme, il te faut un homme, et un homme comme toi. Tu n’es pas du Clan, tu appartiens aux Autres. Tu dois partir, mon enfant, et retrouver les tiens.

— Partir ? gémit Ayla, bouleversée. Mais où donc pourrais-je aller, Iza ? Je ne connais pas les Autres, et je ne saurais même pas où les chercher.

— Il y en a beaucoup au nord, au-delà de la péninsule, sur la terre ferme. Tu ne peux pas rester ici, Ayla. Trouve ton propre peuple, trouve ton compagnon.

Les mains d’Iza retombèrent brusquement et ses yeux se fermèrent. Mais elle lutta pour prendre une dernière inspiration et rouvrit les yeux.

— Dis à Uba que je l’aime, Ayla. Mais tu as été mon premier enfant, la fille de mon cœur. Je t’ai toujours aimée... préférée... dit Iza dans un dernier geste.

Sa main retomba en même temps qu’un long soupir s’échappait de ses lèvres. Il n’y en eut pas d’autre.

— Iza ! Iza ! s’écria Ayla. Ne pars pas, maman ! Ne pars pas !

Les gémissements d’Ayla réveillèrent Uba qui se précipita vers la couche.

— Maman ! Oh, non ! Ma maman est morte ! Ma maman est morte !

La petite fille et la jeune femme se regardèrent.

— Elle m’a dit de te dire qu’elle t’aimait, Uba, dit Ayla.

Encore sous le choc, elle ne pleurait pas. Puis Creb s’avança vers elles. Il avait quitté sa grotte avant même d’entendre les cris d’Ayla. Secouée par un violent sanglot, la jeune femme tendit les bras vers la petite fille et le vieil homme, et les étreignit de toute la force de son désespoir, les baignant tous les trois de ses larmes.

26

— Oga, voudrais-tu nourrir Durc encore une fois ?

Malgré son handicap et le bébé gigotant sous son seul bras valide, Mog-ur s’était exprimé clairement. La jeune femme pensa qu’Ayla ne devrait pas rester aussi longtemps sans allaiter son fils. Le visage de Mog-ur reflétait toute la peine consécutive à la mort d’Iza et son désarroi face à l’effondrement d’Ayla. Bien entendu, elle ne pouvait refuser ce que lui demandait le vieux sorcier.

— Bien sûr, répondit Oga en prenant Durc du bras de Mog-ur. Creb regagna son foyer en boitant pesamment. Il remarqua qu’Ayla n’avait pas bougé, bien qu’Ebra et Uka eussent enlevé le corps d’Iza pour l’apprêter selon la tradition avant de le mettre en terre. Les cheveux emmêlés, le visage défait, maculé par la poussière du voyage et les larmes, elle portait la même peau mise au départ du voyage de retour. Creb lui avait posé son enfant affamé sur les genoux, mais elle était restée sourde à ses pleurs, aveugle aux petites mains qu’il tendait vers elle. Une femme se serait dit que, malgré l’immensité de son chagrin, Ayla finirait à la longue par entendre son enfant. Mais Creb connaissait mal les mères et les bébés. Il savait que les femmes nourrissaient leurs enfants les unes des autres, et il ne supportait pas de voir cet enfant affamé quand d’autres femmes pouvaient lui donner le sein. Il avait confié Durc à Aga et Ika, mais leur progéniture serait bientôt sevrée, et il ne leur restait que fort peu de lait. Grev avait un tout petit peu plus d’un an, et Oga, avec sa santé généreuse, avait toujours les seins gorgés ; cela faisait plusieurs fois qu’elle nourrissait le bébé d’Ayla. Quant à Ayla, toute à sa douleur, elle ne sentait pas le durcissement de ses seins et de ses mamelons crevassés.

Mog-ur prit son bâton et se rendit au fond de la caverne où l’on avait creusé une fosse étroite. Le rang élevé d’Iza dans la hiérarchie du clan lui conférait le privilège d’être enterrée à l’intérieur. Ainsi les esprits protecteurs qui veillaient sur elle ne s’éloigneraient pas du clan et ses ossements ne risquaient pas d’être dispersés par les charognards.

Le sorcier saupoudra d’ocre rouge le fond de la fosse puis souleva la peau de bête sous laquelle reposait le corps nu et gris de la vieille guérisseuse. On lui avait attaché les bras et les jambes avec un nerf teint à l’ocre rouge sacré, en les lui ramenant vers le visage dans la position fœtale. Le sorcier entreprit alors d’enduire le corps inerte d’un baume à base d’ocre rouge et de graisse d’ours. C’est ainsi qu’Iza pénétrerait dans le monde des esprits, de la même façon qu’elle était venue au monde.

Jamais il n’avait été aussi douloureux pour Mog-ur d’accomplir son office. Iza avait été plus qu’une sœur pour lui. Elle le connaissait mieux que quiconque. Elle savait toutes les souffrances qu’il avait endurées sans plainte, la honte qu’il avait eue de sa difformité. Elle connaissait sa gentillesse, sa sensibilité, et respectait son pouvoir, son génie, et sa volonté de puissance. Elle l’avait nourri, soigné. Il avait pu jouir grâce à elle d’une vie de famille. Bien qu’il ne l’eût jamais touchée intimement comme il le faisait à présent, passant un baume sur son corps froid, elle avait été pour lui une véritable compagne. Sa mort le bouleversait.

Quand il regagna son foyer, Creb était aussi pâle que le cadavre de sa sœur. Ayla était toujours assise auprès de la couche d’Iza, mais elle sortit de sa torpeur en le voyant fouiller dans les affaires de la guérisseuse.

— Qu’est-ce que tu fais ? demanda-t-elle, réticente à ce qu’on touche aux possessions de sa mère défunte.

— Je cherche les écuelles et tous les ustensiles dont Iza se servait afin de les enterrer avec elle, expliqua Creb.

La jeune femme rassembla sur sa couche les bols en bois et les écuelles en os dans lesquels Iza confectionnait ses mixtures et dosait ses remèdes, la pierre ronde qu’elle utilisait pour réduire en poudre ou broyer les ingrédients, ses plats personnels et son sac de guérisseuse. Puis elle contempla le petit tas d’objets, si peu représentatif de la vie et des activités de la morte.

— Ce n’est pas avec ça qu’opère une guérisseuse ! s’exclama rageusement Ayla, avant de sortir en courant de la caverne, laissant Creb éberlué.

La jeune femme s’élança vers la prairie où elle avait coutume de se rendre avec Iza. Elle s’arrêta devant un bouquet de roses trémières, et en cueillit une brassée de différentes teintes. Puis elle ramassa des achillées, utilisées pour les emplâtres contre la douleur. Elle parcourut ainsi les bois et les prés à la recherche de toutes les plantes dont Iza avait eu à se servir pour préparer ses remèdes : des chardons aux fleurs et aux piques jaunes ; de grands et brillants séneçons[10] ; une poignée de muscaris d’un bleu si profond qu’il en était presque noir.

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10

Plante dont il existe de nombreuses espèces herbacées et arborescentes.

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