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Les Pardaillan - Livre III - La Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre III - La Fausta». Краткое содержание книги:

Nous sommes en 1573. Jean de Kervilliers, devenu monseigneur l'évêque prince Farnèse, fait arrêter Léonore, sa maîtresse, fille du baron de Montaigues, supplicié pendant la Saint Barthélémy. Alors que le bourreau lui passe la corde au coup, elle accouche d'une petite fille. Graciée par le Prévôt, elle est emmenée sans connaissance vers la prison. Devant les yeux du prince Farnèse torturé par la situation, le voilà père et cependant homme d'église, la petite Violette est emportée par maître Claude, le bourreau…
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Dans ce moment, elle perdit connaissance… Dans ce moment aussi le prêtre, étendant les bras, disait d’une voix grave:

– Allez. Au nom du Dieu vivant, pour jamais, vous êtes unis!…

XLII COMMENT L’HERCULE CROASSE ET LE CHIEN PIPEAU LIÈRENT CONNAISSANCE

On a vu que le chevalier de Pardaillan, attiré par le bruit exorbitant qui se faisait dans sa chambre, y était entré à temps pour assister au combat de Croasse avec une horloge. Pardaillan demeura d’abord stupéfait. Puis, malgré ses blessures, malgré le péril de la situation, il partit d’un grand éclat de rire, tandis qu’en dehors les vociférations de la foule augmentaient d’intensité de minute en minute. Croasse regarda cet intrus et, reconnaissant le chevalier, prononça:

– C’est fait!… Ouf! quelle bataille!

Et comme Pardaillan continuait à rire, Croasse se mit à rire, d’un rire qui fit trembler les vitres.

– Que diable fais-tu là? demanda le chevalier, à la fin.

– Comment! ce que je fais là? Mais nous nous sommes battus, il me semble! À telles enseignes que vous en êtes tout déchiré et tout plein de sang!… Ah! monseigneur, avouez que si je n’avais été là, vous succombiez sous le nombre!

«Est-ce qu’il serait devenu fou de peur?» songea Pardaillan.

Non! Croasse n’était pas fou. Du moins, il ne l’était plus. Il y avait assurément de la folie dans cette imagination qui, surexcitée, exorbitée par la terreur, lui faisait voir des ennemis acharnés contre lui, là où il n’y avait que des meubles. Mais en présence de Pardaillan, Croasse se rassurait. Et du moment qu’il se rassurait, cette folie spéciale et passagère s’évanouissait. Seulement Croasse demeurait persuadé, de très bonne foi, qu’il avait combattu d’innombrables ennemis dans cette chambre, comme dans la chapelle Saint-Roch, comme sur les pentes de Montmartre.

Il ne mentait pas.

Il n’était même pas comme ces menteurs qui finissent par croire, à la longue, à la vérité de leur mensonge. La bataille avait eu lieu réellement. Tout le mystère était dans cette diablesse d’imagination qui, lorsqu’elle s’affolait, transformait des arbres, des chaises, des bahuts en êtres animés.

Seulement, Croasse avait ceci de remarquable, que loin de tirer vanité de ses hauts faits, il en était sincèrement désolé.

– Depuis que je suis brave, disait-il, chose dont je ne m’étais jamais douté, il m’arrive d’épouvantables aventures. À la fin, j’y laisserai mes os.

Et d’un ton lugubre, il ajoutait:

– J’étais si tranquille, quand je me croyais poltron!…

– Tandis que maintenant? demanda le chevalier.

– Maintenant, je m’effraie, je m’épouvante moi-même. Sans compter le nombre de meurtres que j’ai sur la conscience, moi qui n’aurais pas fait de mal à une mouche…

– Bah! Tu voulais pourtant me tuer, il me semble, avec ton ami Picouic?…

– Oui, monseigneur, et c’est un des grands remords de ma vie. Mais vous avez vu qu’il vous a suffi de me regarder de travers ce soir-là pour me faire tomber à genoux… Oh! oh! qu’est cela?

À ce moment, en effet, des hurlements éclataient dans la rue. Pardaillan s’approcha de la fenêtre et examina ce qui se passait; il se passait simplement que deux troupes d’archers venaient de prendre position dans la rue et que le peuple les acclamait, et en profitait pour acclamer surtout le duc de Guise, bien que celui-ci fût absent. Les cris de: «Vive Henri le Saint! Vive le grand Henri! Vive le pilier de l’église!» alternaient avec les cris de: «Mort à Hérode! Mort à Nabuchodonosor! Mort aux parpaillots!…» D’ailleurs, les cris de vive et les cris de mort, après s’être balancés et heurtés, finissaient par se confondre fraternellement dans une même clameur:

– La messe! La messe!…

– Je me demande un peu pourquoi ces gens veulent aller à la messe, murmura Pardaillan en refermant la fenêtre. Eh! que n’y vont-ils, à la messe!

Il sortit de la chambre suivi de près par Croasse, qui eût préféré mourir plutôt que de se retrouver seul sur son champ de bataille. Les hurlements du dehors avaient produit leur effet sur Croasse. Lorsqu’ils atteignirent la grande salle, maintenant déserte, il tremblait et grelottait.

– Ah çà! dit Pardaillan, aurais-tu faim, par hasard?

La tranquillité parfaite du chevalier, cette question qui ne sentait pas la bataille, réveillèrent le courage de Croasse qui répondit:

– Ma foi, monseigneur, faim et soif. Vous savez, ou vous ne savez pas… après ces terribles assauts, l’appétit se trouve toujours excité…

– Eh bien, dit Pardaillan, nourris-toi et abreuve-toi; passe dans la cuisine où tu trouveras tout ce qu’il faut pour satisfaire un appétit princier, car la cuisine de la Devinière est la première cuisine de Paris, et même du monde…

À ce moment, de cette cuisine dont le chevalier faisait un si bel éloge en de si singulières circonstances, apparut l’hôtesse portant un bol et des bandages de linge. Huguette déposa le tout sur une table. Machinalement, Pardaillan alla jusqu’à la porte de la cuisine. Il y jeta un coup d’œil et s’arrêta; un sourire d’ironie et peut-être d’envie détendit ses lèvres et il murmura:

– En voilà deux qui sont heureux… Pourquoi les déranger?… Pauvre diable!

Et Pardaillan referma doucement la porte de la cuisine et poussa un meuble devant, afin que la grande salle étant envahie, lui pris, les gens de Guise ne songeassent pas à pénétrer dans cette cuisine où le maigre et gigantesque Croasse venait de pénétrer et se dirigeait droit sur l’armoire aux provisions.

Croasse, en effet, sur l’invitation du chevalier, était entré dans la cuisine déserte et en avait rapidement passé l’inspection. Il ouvrait un placard lorsqu’il entendit tout à coup derrière lui un grognement féroce; en même temps il sentit une vive douleur à son mollet droit.

– L’ennemi! l’ennemi! hurla-t-il d’une voix de stentor qu’on entendit de la rue et qui fit reculer les arquebusiers, persuadés qu’un grand nombre d’assiégés se préparaient à faire une sortie.

Croasse aperçut une lardoire, s’en empara et se retournant:

– Ah! misérables! Même au moment de dîner! Attendez! Vous saurez ce que c’est qu’un brave!…

Et Croasse se mit à pousser des vociférations terribles tout en se démenant et en s’escrimant avec frénésie. Mais cette fois, dans cette nouvelle bataille, il se produisit deux événements qui l’étonnèrent: d’abord l’ennemi lui avait fait sentir les armes, puisqu’il était blessé; et ensuite l’ennemi répondait à ses vociférations par des hurlements fous aussi soutenus. Il en résulta un vacarme épouvantable.

Dans la rue, les gens d’armes apprêtèrent leurs arquebuses et se serrèrent en masse compacte.

Dans la cuisine, Croasse soufflant, suant, les cheveux hérissés, les yeux exorbités, assommait des ennemis invisibles; les casseroles, les chaudrons tombaient et se heurtaient à grand fracas… et cependant, l’ennemi, le seul, l’unique ennemi, parfaitement visible, Croasse ne le voyait pas…

Cet ennemi, c’était un chien. Et ce chien, c’était Pipeau.

Pipeau avait considéré que Croasse fouillant un placard réservé à toutes sortes de choses succulentes, ne pouvait être qu’un voleur. Or, il n’y a rien d’acharné comme un voleur contre les voleurs. Pipeau, qui dans sa vie avait commis d’innombrables escroqueries et élevé le vol à l’étalage à la hauteur d’un principe, Pipeau ne voulait pas que d’autres volassent.

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