Les Pardaillan - Livre III - La Fausta
- Автор: Зевако Мишель
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre III - La Fausta». Краткое содержание книги:
S’emparer de Charles d’Angoulême, ennemi de Guise, obstacle possible et même certain dans la marche au trône. Écarter Violetta, autre obstacle.
Pardaillan était pris ou allait l’être. Farnèse et Claude étaient ses prisonniers, et dès le soir même, le tribunal secret allait les condamner à mort. Il ne s’agissait donc que de s’emparer du duc d’Angoulême et d’éloigner Violetta. C’est sur ce double problème que se concentra toute la force de calcul et de volonté de la Fausta.
Lorsque Charles eut achevé son récit ému, débordant d’amour pour sa fiancée, d’affection et de reconnaissance pour le chevalier, elle reprit donc:
– Je comprends tout maintenant. Ces gentilshommes, dans leur hâte, n’ont pu me donner que des renseignements incomplets. Et je ne comprenais pas bien le mystérieux rendez-vous qu’ils vous assignaient.
– Un rendez-vous? fit Charles étonné.
– Je vois qu’il faut que je vous raconte les choses de point en point. Comme je vous l’ai dit, monseigneur, surveillée, traquée, je suis entrée dans Paris à la faveur de ce déguisement. Franchise pour confiance: laissez-moi vous dire que ce n’est nullement une question d’amour qui m’anime contre celui qu’on appelle le roi de Paris et le pilier de l’Église… Pour tout vous dire d’un mot, je suis de la religion… ce qu’ils nomment une huguenote…
Charles s’inclina. Il était assez libre d’esprit pour ne pas s’effarer de ce mot. Mais il faut bien se figurer ce qu’un tel aveu signifiait à cette époque. Autant vaudrait-il, de nos jours, avouer qu’on a tué père et mère.
– En ce cas, madame, dit-il, je vous engage vivement à bien vous cacher; on tue, on pend, on brûle dans Paris… prenez-y bien garde.
– Je le sais, dit Fausta sur un ton d’amertume admirable de naturel et d’émotion. Je sais que ceux de ma religion, ceux qui se sont ralliés à notre grand Henri de Navarre, sont mis à mort aussitôt pris. Aussi, je n’eusse pas fait à d’autres l’aveu qui vient de m’échapper…
– Ici, madame, vous n’avez rien à redouter.
– Et cependant, monseigneur, votre illustre père fut un rude tueur de huguenots… Oh! je savais que vous n’êtes pas un catholique aussi… féroce, et qu’on pouvait confier un tel secret à votre grand cœur.
Ces paroles ne faisaient qu’augmenter la confiance du jeune duc et eussent dissipé ses soupçons, s’il en avait eu. Mais il n’en avait pas. Seulement, il attendait que sa visiteuse s’expliquât avec une impatience que tempérait seule cette extrême politesse qui chez lui ne venait pas de l’éducation, mais du cœur. Fausta continua:
– Huguenote donc, comme ils disent, et venue à Paris pour l’accomplissement d’une mission difficile, je pris ce déguisement et ne descendis pas à l’hôtel de… ah! laissez-moi ce secret qui n’est pas à moi…
Charles fit un geste de sympathique encouragement.
– Je descendis donc dans une simple auberge située rue Saint-Denis… l’auberge de la Devinière.
Le cœur de Charles palpita.
– J’y passai la nuit fort tranquille. La matinée s’écoula sans incident. J’allais donc sortir, tantôt, lorsque soudain la rue se remplit de rumeurs. On criait à mort, au truand, au huguenot… Hélas! me dis-je, encore un de mes frères qu’on poursuit!… Tout à coup, un homme aux vêtements déchirés pénétra dans l’auberge et, presque aussitôt, une troupe de cavaliers passa dans la rue comme une trombe…
– C’était Pardaillan! haleta Charles.
– Comment le savez-vous? dit Fausta avec une naïveté parfaite.
– Je le sais parce que ce généreux ami, pour me sauver et sauver celle que j’aime, a entraîné à sa poursuite les cavaliers de Guise. C’était lui, n’est-ce pas?… Il est sauvé?… oh! dites-moi cela avant tout!
– Parfaitement sauvé, rassurez-vous. Ce gentilhomme, comme je le sus bientôt, c’était en effet le chevalier de Pardaillan. Je le pris pour un huguenot. Et ouvrant la porte d’un cabinet où je me trouvais, je lui fis signe de s’y réfugier. Il vint à moi non comme quelqu’un qui se cache, mais comme un homme qui, paisible, cherche un coin pour se reposer…
– Comme je le reconnais bien-là!…
– Je lui demandai s’il était de la religion. Alors il me dit son nom sans m’expliquer les motifs pour lesquels on le poursuivait. Alors je m’employai de mon mieux à laver et panser ses blessures. Pendant ce temps, les cris de mort continuaient dans la rue. Heureusement, personne ne songeait à entrer dans l’auberge et les cavaliers étaient déjà loin. Deux heures se passèrent ainsi, et le gentilhomme se remettait de la faiblesse que lui avait occasionnée ses blessures, lorsque par la porte vitrée du cabinet, il vit entrer dans la salle deux hommes que je ne connaissais pas. Il leur fit signe. Ils vinrent. Et chose étrange, il se nomma, il vous nomma, comme si ces deux hommes ne l’eussent pas connu. C’étaient, comme je le sus presque aussitôt, le prince Farnèse et un bourgeois nommé maître Claude.
– Ils ne le connaissent pas en effet, et l’un d’eux ne l’a vu que quelques instants… Continuez, madame…
– Alors eut lieu entre eux un assez long entretien où il fut fort question de vous et de la jeune fille. Le bourgeois…
– Maître Claude?…
– Oui. Il raconta qu’il était sorti d’ici, de votre hôtel pour aller chercher le prince Farnèse…
– C’est vrai! s’écria Charles qui écoutait, suspendu aux lèvres de Fausta.
– Et qu’il l’avait trouvé, continua celle-ci. Il ajouta que tous deux se mettaient en route pour venir rue des Barrés, mais que maître Claude ayant été reconnu par des gardes du duc de Guise, ils avaient dû fuir, comme avait fui le chevalier de Pardaillan. Ils s’étaient jetés dans la rue Saint-Denis et étaient entrés à l’auberge de la Devinière pour y attendre que l’émotion populaire fût calmée…
– Je vais les rejoindre! s’écria Charles en se levant.
– Gardez-vous-en bien, dit Fausta. D’ailleurs, vous ne les trouveriez sans doute pas. Attendez la fin de mon message…
– Excusez-moi, madame… veuillez continuer.
– Alors, reprit Fausta, celui qui s’appelait maître Claude commença un long récit. Mais j’entendais qu’il s’agissait de vous et le mot mariage frappa plusieurs fois mes oreilles… Ce récit, le prince Farnèse et le chevalier de Pardaillan l’écoutèrent avec une égale émotion… Enfin, le bourgeois, maître Claude, alla examiner la rue et revint et disant qu’elle était pleine de furieux dont on entendait les cris et qui commençaient à fouiller les maisons voisines. Le chevalier de Pardaillan proposa de sortir par une porte de derrière. Mais où aller ensuite? C’est alors monseigneur, que je proposai à ces trois hommes dont la situation m’avait émue jusqu’à l’âme, de se retirer dans l’hôtel de l’un de mes amis, situé tout proche. «Oui, dit le prince Farnèse, mais comment prévenir le fiancé de ma fille?»
Ces derniers mots étaient un chef-d’œuvre de ruse. Sachant ce qu’il savait maintenant, Charles les trouva si naturels qu’il ne songea même pas à s’étonner. Farnèse était le père de Violetta. Pouvait-il s’exprimer autrement en parlant d’elle? Fausta vit clairement que pas un soupçon ne pouvait s’élever dans l’esprit du duc. Elle continua donc: