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Les Pardaillan - Livre III - La Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre III - La Fausta». Краткое содержание книги:

Nous sommes en 1573. Jean de Kervilliers, devenu monseigneur l'évêque prince Farnèse, fait arrêter Léonore, sa maîtresse, fille du baron de Montaigues, supplicié pendant la Saint Barthélémy. Alors que le bourreau lui passe la corde au coup, elle accouche d'une petite fille. Graciée par le Prévôt, elle est emmenée sans connaissance vers la prison. Devant les yeux du prince Farnèse torturé par la situation, le voilà père et cependant homme d'église, la petite Violette est emportée par maître Claude, le bourreau…
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Pendant dix minutes, l’homme croassant, le chien hurlant, les casseroles mugissant, ce fut donc une affreuse mêlée. Au bout de ces dix minutes, Croasse s’aperçut qu’il avait un chien dans les jambes.

– Tiens! fit-il, en fuyant, ils ont oublié leur chien!… Mais quelle fuite! ajouta-t-il en soulevant le rideau de la porte vitrée qui communiquait avec la salle commune. Lâches! Ils ont tout barricadé!… Allons, tais-toi, le beau chien!… Voici pour toi!…

En parlant ainsi, Croasse, magnanime comme tous les vainqueurs, saisit un demi-poulet dans le placard et le jeta à Pipeau. Pipeau qui venait de mordre Croasse, Pipeau qui ne voulait pas qu’on volât, s’arrêta net devant ce demi-poulet qui lui tombait du ciel, et une patte levée, considéra le voleur qui continuait à fouiller dans le placard.

Pipeau hésita quelques secondes, puis saisissant dans sa gueule le don du magnifique Croasse, il se coucha à ses pieds en remuant son moignon de queue… Croasse cessait d’être un voleur… puisqu’il partageait!

Croasse désormais tranquille tira du fameux placard un pâté d’anguilles, un autre poulet qui, celui-là, était intact, plusieurs flacons de vin et s’installa à table, tandis que le chien s’installait dessous.

XLIII HÉROÏSME DE PARDAILLAN

Huguette avait déposé sur une table le bol et les bandages qu’elle apportait. Le bol contenait une savante mixture composée par Huguette, à l’effet de cicatriser les blessures du chevalier, et les bandes de toile étaient pour maintenir les compresses.

– Pour qui tout cela? fit Pardaillan.

– Pour vous, monsieur le chevalier, répondit Huguette, qui toute pâle et tremblante des rumeurs qu’elle entendait devant la porte de sa maison, oubliait pourtant ses terreurs pour ne songer qu’à ses devoir de bonne hôtesse.

– Tiens, c’est vrai, je suis quelque peu décousu, dit Pardaillan qui s’aperçut alors que le sang coulait sur ses mains. Mais, ma chère Huguette, si excellente chirurgienne que vous soyez, je crois que vos soins sont inutiles. Dans quelques minutes, tout serait à recommencer, et alors vous auriez vraiment trop d’ouvrage. D’ailleurs ces estafilades ne font que me dégourdir le bras, et le sang réchauffe… tandis que vos bandages me gêneraient fort.

– Mon Dieu, monsieur, vous parlez comme si vous alliez être attaqué…

– Attaqué, ma chère Huguette!… Je crois que dans une demi-heure il ne restera pas grand-chose de votre auberge; une fois encore je vais être cause d’une grande destruction chez vous… ce sera la dernière!

– Mais vous! fit Huguette d’une voix mourante.

– Oh! moi, toute la charpie que pourraient effiler vos jolies mains me serait parfaitement inutile. Consolez-vous, Huguette, nous sommes tous mortels; et après tout, ce m’est encore une joie sur laquelle je ne comptais pas que de mourir en cette bonne auberge où j’ai connu les plus douces heures de ma vie.

Huguette poussa un gémissement, s’assit sur un escabeau, et ramenant son tablier sur sa tête, se mit à pleurer. Pendant qu’il parlait, d’abord avec Croasse et ensuite avec Huguette, Pardaillan allait et venait, traînait des tables et des bancs, et renforçait la barricade qu’il élevait avec toutes les règles de l’art. Quand il eut fini, il se recula pour juger son œuvre et approuva d’un clignement de paupières.

– Parfait, dit-il. À l’abri d’un pareil rempart, je crois que je pourrai un peu donner du fil à retordre à messieurs de la messe. Voyez-vous, Huguette, j’ai toujours dit que le jour où je ferais le grand saut dans l’inconnu je me ferais royalement escorter. Regardez moi ces machicoulis et ces meurtrières et ces… Tiens, murmura-t-il en se retournant vers l’hôtesse, elle pleure!… C’est vrai… je n’y pensais plus, moi, que ma mort lui ferait un gros chagrin… Quel butor je suis de parler de tout cela!… Huguette! Huguette, ma chère Huguette, vous voyez bien que j’exagère…

Sous son tablier, Huguette secoua sa tête désespérée.

– Voyons, reprit Pardaillan désolé, ils en auront pour une heure à démolir tout cela… Pendant cette heure-là, nous allons essayer de battre en retraite, nous trouverons bien un moyen, cornes du diable!

Pardaillan savait parfaitement qu’il n’y avait aucun moyen de fuir. Toutes les issues de la maison, même celle d’un corridor qui contournait la cuisine, s’ouvraient sur la rue Saint-Denis.

Or, la rue Saint-Denis était remplie de gens d’armes dont on entendait cliqueter les piques et d’une foule furieuse dont on entendait les hurlements.

Pardaillan prit les mains de l’hôtesse et la força de se lever. Elle laissa retomber son tablier et montra son joli visage pâle de douleur et inondé de larmes.

– Voyons, fit le chevalier, il faut chercher un recoin où vous puissiez vous cacher, tandis que je tiendrai tête à ces furieux. Car je crois ne rien vous apprendre, Huguette, en vous disant que cette fuite dont je vous parlais serait bien difficile.

– Impossible! balbutia Huguette avec un sanglot.

– Vous voyez bien qu’il faut vous cacher… votre cave, par exemple… Ce n’est qu’à moi qu’ils en veulent, et moi pris…

Huguette frissonna.

– Moi pris, ils n’auront pas l’idée de pousser plus loin les recherches. Venez, ma chère, venez… ce silence relatif qui se fait dans la rue ne m’annonce rien de bon…

– Vous pris! murmura Huguette. Vous mort, que deviendrai-je, moi?…

Elle reposa sur la poitrine du chevalier sa tête charmante que l’amour transfigurait.

Au dehors, dans ce silence relatif qu’avait signalé Pardaillan et qui était sinistre comme ces sournoises accalmies de tempêtes qui semblent ne s’arrêter un instant que pour ramasser leurs forces dévastatrices, dans ce calme, donc, une voix dure retentissait:

– Ici, ces poutres!… Les arquebusiers, là sur deux rangs! Et apprêtez vos armes! Ici, les hallebardiers! et là, les archers!… Attention!…

– Pardaillan, dit Huguette très doucement, laissez-moi mourir avec vous, puisque je n’ai pu vivre avec vous. Mon pauvre cœur, depuis des années, porte votre image et votre souvenir. Je n’espérais pas votre amour. Je savais que vous aviez donné toute votre pensée à une autre. Je savais aussi qu’un cœur tel que le vôtre forge des tendresses que la mort même est impuissante à attaquer. Je savais que vous adoriez Loïse morte comme vous l’aviez aimée vivante. Oh! non, je n’espérais rien… Seulement, quand vous étiez-là, je vous regardais, et cela suffisait. C’était ma part de bonheur, humble part, mais cela m’ensoleillait l’âme. Quand vous n’étiez pas là, je vous attendais. Que d’heures j’ai passées sur ce perron à guetter votre retour! Car je savais bien que si loin que vous eussent porté votre désespoir, votre amour ou vos haines, si longtemps que vous fussiez absent, je vous verrais un jour mettre pied à terre devant ce perron, et me sourire de votre bon sourire qui contient tout ce que vous pouviez me donner. Je me disais: «Il pense à la bonne hôtesse. Il sait qu’ici il trouvera toujours un réconfort et une consolation…» Et je vivais ainsi dans une pensée très douce qui n’était pas de l’espoir, qui n’était pas de la douleur, et où il y avait seulement, tout au fond de moi-même, une joie à songer que nulle femme au monde ne saurait comme moi pleurer avec vous sur Loïse morte, et refléter en bonheur vos moments de sourire…

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