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Les Pardaillan - Livre III - La Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre III - La Fausta». Краткое содержание книги:

Nous sommes en 1573. Jean de Kervilliers, devenu monseigneur l'évêque prince Farnèse, fait arrêter Léonore, sa maîtresse, fille du baron de Montaigues, supplicié pendant la Saint Barthélémy. Alors que le bourreau lui passe la corde au coup, elle accouche d'une petite fille. Graciée par le Prévôt, elle est emmenée sans connaissance vers la prison. Devant les yeux du prince Farnèse torturé par la situation, le voilà père et cependant homme d'église, la petite Violette est emportée par maître Claude, le bourreau…
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– Lorsque le prince Farnèse eut parlé de la nécessité de vous prévenir, le chevalier de Pardaillan déclara qu’il se faisait fort de traverser Paris pour venir jusqu’à vous…

– Brave ami! murmura Charles.

– Mais dehors, on entendait les vociférations du peuple. Il était certain que M. de Pardaillan serait inévitablement reconnu et mis en pièces. Alors, je m’avançai et me proposai comme messagère.

– Ah! madame, s’écria Charles en saisissant une main de Fausta et en la portant à ses lèvres, tout à l’heure, je voulais respecter votre secret. Maintenant je vous supplie de me dire à qui je suis redevable d’un si grand service…

Fausta secoua la tête avec mélancolie.

– Ce que j’ai fait est vraiment peu de chose, dit-elle, et ne mérite pas votre gratitude. Ne vous inquiétez donc pas de mon nom. C’est celui d’une maudite… Pour revenir à l’objet de mon message, il fut convenu que les trois hommes se réfugieraient dans l’hôtel que je leur indiquais et qu’ils attendraient la nuit pour en sortir. Quant à moi, le chevalier de Pardaillan m’indiqua exactement la situation de votre hôtel et me dit de m’annoncer comme venant de la part du prince Farnèse, de maître Claude et de M. de Pardaillan. C’est ce que j’ai fait… Alors, nous sortîmes tous par une porte détournée. Je les conduisis à l’hôtel de mon ami où ils sont parfaitement en sûreté et d’où ils ne sortiront que ce soir à onze heures. Voici exactement ce que me dit le chevalier de Pardaillan: «Pour Dieu! madame, suppliez le duc d’Angoulême de ne pas bouger avant cette nuit…»

– Et que ferai-je quand la nuit sera venue? palpita le jeune duc.

– Le voici, dit Fausta. Au moment où j’allais m’éloigner, le prince Farnèse me prit par la main, me remercia, puis ajouta ces paroles que je suis chargée de vous transmettre:

«Ce soir, à minuit, nous attendrons le duc et ma fille dans l’église Saint-Paul. Qu’il ne s’inquiète de rien. Tout sera prêt.»

– Dans l’église Saint-Paul! murmura Charles haletant, ébloui…

– Ce sont ses propres paroles. Et j’avoue que je les ai trouvées étranges. Mais maintenant, je crois comprendre…

– Oui! fit Charles enivré, je comprends… je comprends tout! Ce soir, à minuit, en l’église Saint-Paul, avec Violetta… j’y serai!…

Fausta se leva et dit d’un accent pénétré:

– Il me reste, monseigneur, à vous souhaiter tout le bonheur que vous méritez.

– Comment pourrai-je m’acquitter jamais envers vous! murmura Charles.

Fausta parut hésiter quelques instants, comme si elle eût éprouvé une violente émotion… ou peut-être simplement parce qu’elle cherchait un nom… Elle répondit soudain:

– En recommandant à la duchesse d’Angoulême de prier parfois pour mon mari… Agrippa, baron d’Aubigné…

En même temps elle s’avança rapidement vers la porte.

– La baronne d’Aubigné! avait murmuré Charles. Ah! je comprends maintenant qu’elle taise son nom. Noble cœur, ne crains rien de moi. Puisse ma langue être donnée aux chiens plutôt que de trahir le secret de ta présence à Paris [13].

Si Charles avait pu avoir le moindre soupçon, si les détails accumulés dans son récit n’avaient pas suffi pour détruire ce soupçon par leur parfaite concordance avec ce qu’il savait de la vérité, si l’attitude, la voix, les paroles de la messagère ne lui avaient pas inspiré une confiance absolue et une profonde sympathie, ce nom d’Aubigné, à lui seul valait tout un plaidoyer, et Fausta en le lançant au dernier moment, comme si elle eût été entraînée par l’émotion, achevait son œuvre par une géniale inspiration.

Le duc d’Angoulême accompagna la messagère jusqu’à la porte extérieure. Quelques instants plus tard, la Fausta, au pas paisible de son cheval, et suivie à distance par son laquais, disparaissait au tournant de la rue et murmurait avec un sourire qui découvrit ses petites dents féroces:

– Maintenant, il ne me reste plus qu’à marier Violetta…

Charles, ayant constaté que la rue était parfaitement tranquille, rentra dans l’hôtel et, le cœur bondissant, courut retrouver Violetta, et lui prenant la main:

– Chère âme, ce soir, nous serons unis à jamais; ce soir, vous serez duchesse d’Angoulême…

XLI LE MARIAGE DE VIOLETTA (fin)

L’église Saint-Paul était à deux pas de l’hôtel de Marie Touchet. De la rue des Barrés, soit par la ruelle des Jardins, soit par la ruelle des Fauconniers et le couvent de l’Ave Maria, on aboutissait dans la rue des Prêtres-Saint-Paul, au bout de laquelle l’église dressait sa construction massive. Le duc d’Angoulême admira la prévoyance de Pardaillan, qui avait choisi cette église de préférence à toute autre.

Il n’avait aucun doute sur l’identité de la messagère. Et pourtant, avant de rentrer dans l’hôtel, il n’avait pu s’empêcher d’inspecter la rue des Barrés, à droite et à gauche. Il ne vit rien, sinon quelques ménagères, de loin en loin, et rentra convaincu que jusqu’au soir du moins, nul ne songerait à venir l’inquiéter. Le lendemain, il aurait quitté Paris pour se rendre à Orléans, quitte à reprendre ses projets contre Guise, après avoir mis en sûreté la nouvelle duchesse d’Angoulême.

Seulement, si Charles avait eu l’idée de suivre la messagère, il eût vu le laquais mettre pied à terre au coin de la rue de la Mortellerie. Et tandis que la baronne d’Aubigné continuait tranquillement son chemin, ce laquais, ayant remisé son cheval dans une auberge, venait se poster à vingt pas de l’hôtel, et s’immobilisant au fond d’un de ces nombreux angles que formaient les maisons mal alignées, demeura là, jusqu’au soir, les yeux fixés sur la porte qui s’était refermée sur le duc d’Angoulême.

Peu à peu, avant que le soir ne fût arrivé, divers autres personnages parurent dans la rue des Barrés et occupèrent des postes semblables à celui qu’avait choisi ce laquais. En sorte qu’une heure après le départ de la messagère, si Charles avait eu l’idée de sortir de l’hôtel, il n’eût pu faire dix pas soit à gauche soit à droite sans se heurter à l’une de ces statues immobiles.

Lorsque la nuit fut tombée, un étrange mouvement se produisit autour de l’église Saint-Paul. Diverses troupes, composées chacune de dix ou douze hommes, prirent position devant chacune des portes de l’église. Dans la rue Saint-Antoine, un lourd carrosse vint stationner.

Pendant que Fausta prenait ses dispositions avec sa science de la stratégie des rues, Charles et Violetta, assis l’un près de l’autre dans cette grande salle où jadis Marie Touchet et Charles IX avaient échangé de si douces paroles, continuaient à vivre de ce beau rêve d’amour où ils venaient d’entrer. Enfin, onze heures sonnèrent.

– Il est temps, dit Charles doucement.

– Allons, mon cher seigneur, répondit Violetta.

Elle était toujours vêtue de sa tunique blanche qu’elle portait sur la place de Grève. Seulement, Charles alla prendre dans une vieille armoire un grand manteau qui avait appartenu à sa mère et le lui jeta sur les épaules. Alors, il la prit par la main, et ayant simplement recommandé aux serviteurs de tenir la maison en état pour le jour prochain où il y rentrerait avec la duchesse d’Angoulême, il sortit.

Dehors, Violetta se suspendit à son bras. Et serrés l’un contre l’autre, palpitants tous deux, les yeux noyés d’extase, sans prononcer un mot, ils marchèrent vers l’église Saint-Paul.

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[13] Agrippa d’Aubigné, huguenot militant, et l’un des plus fidèles capiiaines d’Henri de Bearn, était connu pour un redoutable conspirateur, et sa tête était mise à prix par les chefs de la Ligue catholique triomphante à Paris. (Note de M. Zévaco.)

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