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Les Pardaillan - Livre III - La Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre III - La Fausta». Краткое содержание книги:

Nous sommes en 1573. Jean de Kervilliers, devenu monseigneur l'évêque prince Farnèse, fait arrêter Léonore, sa maîtresse, fille du baron de Montaigues, supplicié pendant la Saint Barthélémy. Alors que le bourreau lui passe la corde au coup, elle accouche d'une petite fille. Graciée par le Prévôt, elle est emmenée sans connaissance vers la prison. Devant les yeux du prince Farnèse torturé par la situation, le voilà père et cependant homme d'église, la petite Violette est emportée par maître Claude, le bourreau…
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* * * * *

Onze heures du soir!… C’était le moment où Claude et Farnèse écoutaient, dans la maison de Fausta, la sentence du tribunal secret qui les condamnait à mourir. C’était enfin le moment où la somptueuse et fantastique vision disparaissait aux yeux des condamnés, et où, livides, la gorge en feu, ils voyaient se lever devant leurs regards affolés ces spectres de la faim et la soif qu’avait évoqués Fausta.

Lorsque le panneau se fut refermé, lorsque Fausta, debout sur son trône, eut donné la bénédiction des trois doigts que donnent les papes, ceux qui l’entouraient se retirèrent lentement. Cardinaux, évêques, gentilshommes, tous sortirent. Les gardes seuls demeurèrent à leurs places, alignés, statues d’acier qui semblaient immuables.

Fausta descendit lentement de son trône et gagna une chambre à coucher dont la simplicité presque cénobitique eût stupéfait quiconque fût parvenu là après avoir visité les merveilles entassées dans ce palais. C’était sa chambre, à elle. Nul n’y pénétrait. Myrthis et Léa, ses deux suivantes, étaient les seules qui eussent permission d’y entrer.

Elles étaient là, attendant leur souveraine. Elles la déshabillèrent du splendide costume qu’elle portait. Et alors elle revêtit ces mêmes vêtements de gentilhomme sous lesquels elle s’était présentée à l’hôtel de la rue des Barrés. Alors elle se rendit dans cette salle élégante qui pouvait passer pour le boudoir d’une jolie femme. Un homme était là qui attendait, assis, et qui à l’entrée de Fausta se leva vivement et s’inclina.

– Êtes-vous prêt à tout ce que nous avons convenu ce soir? demanda Fausta.

– Je suis prêt, madame, répondit l’homme d’une voix où tremblait une émotion – crainte ou espérance.

– Venez donc, alors!…

Ils sortirent ensemble du palais de la Cité. Dehors attendait une escorte d’une vingtaine de cavaliers. Fausta monta à cheval et, se mettant en route, fit signe à l’homme de marcher près d’elle. Et ils se mirent à parler à voix basse. La troupe, avec Fausta et l’homme en tête, se dirigea du côté de la rue Saint-Antoine après être sortie de la Cité.

Cet homme qui attendait Fausta, qui venait de monter à cheval et se tenait près d’elle, c’était le sire de Maurevert.

* * * * *

Charles et Violetta arrivèrent à l’église par la rue des Prêtres-Saint-Paul, au moment où la demie de onze heures tombait dans la nuit des temps. Un instant, les vibrations sonores de la cloche gémirent dans l’air calme, puis tout retomba à cet énorme silence du Paris nocturne d’alors.

Charles, dans le court trajet de la rue des Barrés à l’église Saint-Paul, avait bien entrevu des ombres se glissant au long des murs, apparaissant pour disparaître aussitôt; mais il avait pensé que c’étaient des tire-laine, gens peu redoutables pour un homme bien décidé, et il s’était contenté d’assurer dans sa main le manche de sa bonne dague. Quant à Violetta, elle n’avait rien vu, rien entendu. Suspendue au bras de son fiancé, elle eût traversé sans s’en apercevoir une légion de démons.

Devant la porte de l’église, Charles s’arrêta et regarda autour de lui, non qu’il eût quelque soupçon ou qu’il craignît une attaque, mais pour voir s’il n’apercevrait pas ceux qui l’attendaient. Il ne vit personne. Mais il s’aperçut aussitôt que la porte était entrouverte. Donc, on l’attendait à l’intérieur.

– Entrons! murmura-t-il palpitant.

Ils entrèrent. L’église était vaguement éclairée par deux cierges allumés au maître-autel. Près du chœur, il entrevit alors trois hommes debout qui, formés en groupe, semblaient attendre en causant entre eux.

– Les voici! dit Charles.

– Mon père? demanda Violetta.

– Oui, votre père, chère âme… et voici… oh! voici le prêtre qui va nous unir…

Ils frissonnèrent tous deux longuement et se serrèrent l’un contre l’autre, dans une douce étreinte, arrêtés près de la porte en cette minute de ravissement et de pur bonheur. Le prêtre revêtu de ses ornements venait en effet d’apparaître, suivi de deux autres prêtres en surplis.

– Allons, mon cher seigneur, dit Violetta.

– Oui, car voici minuit qui va sonner bientôt… voici l’heure où nous allons nous unir pour l’éternité…

Ils s’avancèrent lentement vers le chœur.

À mesure qu’ils avançaient, un étrange mouvement se produisait dans l’église. Des chapelles latérales noyées d’obscurité, de tous les recoins ténébreux sortaient des hommes qui, silencieusement, se mettaient à marcher derrière le couple. Bientôt, ces inconnus furent au nombre d’une trentaine et, enveloppés dans leurs manteaux, la main sur la garde de leurs épées, ils semblaient une escorte rassemblée pour le mariage secret d’un prince.

Charles et Violetta, les yeux fixés sur les trois hommes qui attendaient dans le chœur, s’avançaient en souriant. Tout à coup Charles tressaillit, et ses yeux hagards dardèrent un regard de stupéfaction et de terreur sur ceux qu’il croyait être ses amis…

Ces trois inconnus venaient de laisser tomber leurs manteaux… Et ce n’était pas Pardaillan! Ce n’était pas Farnèse! Ce n’était pas Claude!…

Dans le même instant Charles reconnut deux de ces hommes: il les avait vus en quelques circonstances, notamment au moulin de la butte Saint-Roch: c’étaient Maineville et Bussi-Leclerc. Quant au troisième, il portait un masque.

D’un mouvement instinctif, Charles entoura Violetta de son bras gauche, tandis que de la main droite il dégainait son poignard. Au même moment, la jeune fille jeta un cri d’épouvante. Elle aussi venait de regarder les trois hommes. Immobiles, graves, sans un geste, ils semblaient d’ailleurs n’avoir aucune mauvaise intention.

– Ne craignez rien, chère âme, dit rapidement Charles.

– Je n’ai pas peur, dit Violetta en se serrant contre lui.

Charles, alors, contempla un instant ces trois statues immobiles qui le regardaient sans parler.

– Messieurs, dit-il d’une voix sourde, que faites-vous ici?…

– Monseigneur, répondit Bussi-Leclerc d’une voix très calme, nous sommes ici pour une double cérémonie: un mariage…

– Un mariage! s’exclama Charles qui commençait à sentir une sueur froide pointer à la racine de ses cheveux. Quel mariage?… Messieurs, prenez garde!

Il se sentait envahi par une folie; son étreinte devenait convulsive.

– Quel mariage? gronda-t-il avec un rauque soupir.

– Mais, fit à son tour Maineville, le mariage de la fille du prince Farnèse, nommée Violetta.

Violetta, mourante d’angoisse, jeta un faible gémissement.

– Oh! rugit Charles, ceci est insensé!… Maineville! Leclerc! que me voulez-vous? Prenez garde encore une fois!…

Il cherchait l’occasion de bondir et de frapper. Doucement de son bras gauche, il essayait de se dégager de l’étreinte de Violetta… Il croyait rêver… Maineville et Bussi-Leclerc, dans l’église, au lieu de Pardaillan et de Farnèse!… Seulement le beau rêve de tout à l’heure devenait un cauchemar.

– Monseigneur, dit alors Bussi-Leclerc, toujours avec le même calme, ce que nous faisons, vous allez le savoir. Nous sommes ici pour une double cérémonie – un mariage, vous ai-je dit, et si vous m’aviez laissé achever, j’aurais ajouté: une arrestation… Monseigneur, veuillez me remettre votre épée; au nom du lieutenant général de la Sainte-Ligue, je vous arrête! Que voulez-vous, chacun son tour, et ceci est notre revanche du moulin de Saint-Roch…

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