Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Серия: Majipoor (fr) #6
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-08929-4
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]». Краткое содержание книги:
Prestimion a décidé de rendre la paix à la planète géante et d’effacer de toutes les mémoires, avec l’aide de deux mages, le souvenir du conflit atroce et de tous ceux qui ont péri. Seuls deux de ses compagnons d’armes et lui-même en garderont la trace indélébile dans leurs souvenirs.
Mais comment Prestimion pourrait-il exulter de joie durant la cérémonie de son couronnement alors que ce secret lui pèse ? Et comment pourrait-il prendre femme comme le doit un Coronal alors qu’il demeure obsédé par l’image de Thismet ?
Pire, le charme d’oubli a creusé dans les esprits un vide insidieux que vient souvent remplir la folie. La sédition gronde. La violence menace à nouveau de ravager Majipoor.
Prestimion saura-t-il guérir les peuples dont il a la charge, et se sauver lui-même en retrouvant l’amour ?
— Ce que j’essayais de vous dire, madame, était simplement qu’il ne servait à rien d’interrompre les soins donnés à d’autres patients sérieusement atteints pour s’occuper du prince Akbalik. J’ai vu immédiatement que son état était si critique que… que…
— Il est mort ? s’écria Varaile. C’est ce que vous êtes en train de dire ?
Elle lut la réponse sur le visage du médecin avant qu’il prononce les mots définitifs.
13
Même dans ses rêves de jeunesse les plus débridés, Dekkeret ne s’était jamais imaginé dans une telle situation. Une suite royale au dernier étage d’un des plus hauts bâtiments de Stoien, à l’autre bout du continent. À sa droite le Coronal de Majipoor, Prestimion de Muldemar, le visage fermé, maussade. Derrière le Coronal le mage Su-Suheris, Maundigand-Klimd, à qui il semblait demander conseil en toute chose. De l’autre côté, la sublime Dame de l’Ile du Sommeil, la princesse Therissa, le front ceint du bandeau d’argent de sa charge. À l’autre bout de la pièce le jeune Dinitak Barjazid de Suvrael, tenant le sinistre appareil à contrôler les pensées dérobé à son père dans le campement des rebelles.
Le sort de la planète était entre les mains de ce petit groupe. Et lui, Dekkeret de Normork, en faisait partie. Jamais, même en rêve, il n’eût osé imaginer cela. Et pourtant, il était là. Bel et bien là.
— Puis-je revoir cet appareil, mon garçon, fit la princesse Therissa.
Dinitak Barjazid le lui apporta. Ses mains tremblaient quand il remit le casque à la Dame de l’Ile. Lui non plus, se dit Dekkeret, n’en revient pas de se trouver en pareille compagnie.
Elle l’avait déjà examiné minutieusement, des fils métalliques aux cristaux et à l’armature d’ivoire. Elle avait eu une longue discussion avec le garçon, totalement incompréhensible pour Dekkeret et, à l’évidence, pour le Coronal, sur des points techniques.
L’appareil était beau, à sa manière sinistre. Il rappelait à Dekkeret certains des instruments de sorcellerie que le mage avait détruits sur le bateau remontant de Piliplok à Ni-moya, juste avant de se jeter par-dessus bord.
Mais ce casque était un instrument scientifique, pas du matériel magique, ce qui le rendait peut-être encore plus effrayant. Dekkeret n’avait pas foi dans les pratiques magiques, même si certains sorciers – pas tous – disposaient de réels pouvoirs. La plupart, il en était convaincu, n’étaient que des charlatans qui abusaient de la crédulité populaire. Maundigand-Klimd lui-même l’avait souvent dit. Mais ce casque n’avait rien à voir avec un gadget de charlatan. Dekkeret avait entendu la Dame et Dinitak Barjazid en parler non comme d’un dispositif permettant d’invoquer les démons, mais en évoquant sa capacité à amplifier et transmettre les ondes cérébrales par des moyens électriques. Aucun rapport avec la sorcellerie. Et le casque de Barjazid fonctionnait ; il en avait subi personnellement le terrible pouvoir.
La Dame posa son bandeau d’argent et leva le casque au-dessus de sa tête.
— Mère, fit Prestimion, croyez-vous que ce soit prudent ?
— J’ai une certaine expérience de ce genre d’appareil, Prestimion, répondit-elle en souriant. Et Dinitak m’a expliqué le fonctionnement de celui-ci.
Elle le mit autour de sa tête, posa la main sur les organes de commande, fit quelques petits réglages.
Dekkeret eut à peine le courage de regarder quand elle s’offrit à la puissance du casque. La Dame était la plus belle femme qu’il lui ait été donné de voir, sans âge, glorieuse, absolument superbe. Son gracieux port de reine, la sérénité de ses traits, sa magnifique chevelure lustrée, la sobre élégance de sa robe sur laquelle ressortait la stupéfiante pierre rouge sang dans une monture en or fixée sur sa poitrine… Elle était assurément la reine du monde ! Et si la machine monstrueuse des Barjazid provoquait des lésions dans son cerveau ? Et si en poussant un cri et en blêmissant, elle s’affaissait devant eux ?
Elle ne cria pas ; elle ne tomba pas. Elle demeura droite comme toujours, rigoureusement immobile, pétrifiée par ce qu’elle vivait, transportée, semblait-il, dans quelque royaume lointain.
Rien n’indiquait que le casque lui faisait du mal. Mais, au bout d’un moment, une ride se forma sur son front d’albâtre, ses lèvres se pincèrent et s’abaissèrent pour prendre une expression réprobatrice que Dekkeret ne lui avait jamais vue. Quand, après ce qui sembla durer une éternité, elle retira enfin le casque et le rendit à Dinitak Barjazid, ses doigts frémissaient d’une manière presque imperceptible.
— Extraordinaire, déclara-t-elle.
Sa voix paraissait plus grave qu’à l’accoutumée, voilée par une raucité inhabituelle.
— On dirait un jouet en comparaison, reprit-elle en montrant son bandeau d’argent.
— Comment était-ce, mère ? demanda Prestimion. Peux-tu nous décrire ce que tu as vu ?
— Il faudrait que tu l’essaies toi-même pour comprendre. Et tu n’es pas prêt, loin de là. J’ai senti la présence de votre père, poursuivit-elle en tournant la tête vers le jeune Barjazid. J’ai effleuré son esprit avec le mien.
Elle ne semblait pas vouloir en dire plus sur son contact avec l’esprit de Barjazid, mais le visage de Dinitak se ferma, comme s’il comprenait parfaitement ce qu’elle avait ressenti.
— J’ai aussi effleuré l’esprit du Procurateur, ajouta la Dame en se retournant vers Prestimion. Cet homme est un démon.
— L’appareil permet d’identifier des esprits individuels ? demanda Dekkeret.
— Ces deux-là brillaient comme des phares dans la nuit, répondit la Dame. Mais avec un peu d’entraînement, oui, je pense que je pourrai en trouver d’autres. J’ai senti les émanations de Septach Melayn plus à l’est – du moins je crois que c’était lui – et peut-être de Gialaurys, ou bien de Navigorn. Ils progressent vers lui à travers une jungle abominable.
— Et mon épouse ? demanda Prestimion. Et Akbalik ?
— Je n’ai pas essayé d’aller si loin, répondit la Dame Therissa en secouant la tête. Si j’ai trouvé facilement votre père, poursuivit-elle à l’adresse de Dinitak, c’est parce qu’il en portait un aussi. Quand j’ai projeté mon esprit au loin, l’émission mentale de son casque est la première chose que j’ai trouvée. Le sien est plus puissant que celui-ci, n’est-ce pas ?
— Oui, madame. Un modèle plus récent. Je n’ai pas osé essayer de le lui prendre ; il ne s’en sépare jamais.
— Il l’utilise pour répandre la folie, comme nous le redoutions. J’ai vu à quel point il est facile de le faire. Ce sortilège d’oubli que tu as fait jeter par tes mages à la fin de la guerre, Prestimion : comme tu l’as dit, il a fragilisé de nombreux esprits, provoqué des faiblesses structurelles dont il n’est pas difficile de profiter. Il suffit à cet homme, avec l’aide de son casque, d’effleurer…
Un son, qu’on eût dit de douleur, franchit les lèvres de Prestimion.
— Mère ! Il faut que cela cesse !
Il était au supplice. Dekkeret le considéra d’un air horrifié.
— Ce ne sera peut-être pas si simple, déclara gravement Maundigand-Klimd. Il utilise le casque pour se protéger, lui et son maître, d’une attaque, n’est-ce pas, Dame Therissa ?
— Oui. Vous l’avez senti, Maundigand-Klimd. Il a élevé une sorte d’écran qui rend tout contact difficile. Quand j’ai enfin réussi à le pénétrer, j’ai trouvé quelque chose de très trouble. Et je ne saurais dire, à cinq cents kilomètres près, où se trouve leur campement.
— Bien sûr, fit Prestimion. Il est plus que vraisemblable que Barjazid se sert du casque pour cacher l’emplacement du camp de Dantirya Sambail à des assaillants. Akbalik m’en a parlé. Il pensait que le Procurateur avait fait appel à un mage pour jeter ce qu’il a appelé un « voile d’ignorance », mais quand je lui ai raconté l’histoire de la rencontre de Dekkeret avec Barjazid à Suvrael, il a conclu que les disparitions répétées de Dantirya Sambail devaient être l’œuvre de Barjazid.