Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Серия: Majipoor (fr) #6
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-08929-4
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]». Краткое содержание книги:
Prestimion a décidé de rendre la paix à la planète géante et d’effacer de toutes les mémoires, avec l’aide de deux mages, le souvenir du conflit atroce et de tous ceux qui ont péri. Seuls deux de ses compagnons d’armes et lui-même en garderont la trace indélébile dans leurs souvenirs.
Mais comment Prestimion pourrait-il exulter de joie durant la cérémonie de son couronnement alors que ce secret lui pèse ? Et comment pourrait-il prendre femme comme le doit un Coronal alors qu’il demeure obsédé par l’image de Thismet ?
Pire, le charme d’oubli a creusé dans les esprits un vide insidieux que vient souvent remplir la folie. La sédition gronde. La violence menace à nouveau de ravager Majipoor.
Prestimion saura-t-il guérir les peuples dont il a la charge, et se sauver lui-même en retrouvant l’amour ?
— Nous allons établir notre campement ici ?
— As-tu vu un meilleur endroit ?
— Il n’y a pas d’eau.
— Il n’y a pas non plus de manganozas ni de crabes des marais, glissa Navigorn. Une nuit sans eux me ferait le plus grand bien. Et, demain matin, nous partirons directement vers le camp du Procurateur.
Gialaurys éclata d’un rire grinçant et cracha par terre.
— Cette fois, insista Navigorn, nous allons le trouver. J’en ai le pressentiment.
— Oui, fit Septach Melayn. Cela ne fait aucun doute.
Il s’éloigna d’eux et s’assit sur un rocher, au bord du lit de la rivière. De petits animaux gros comme la main, aux nombreuses pattes et au corps recouvert d’écailles, cherchaient leur nourriture dans la couche supérieure des cailloux, creusant pour saisir de petites créatures qu’ils remontaient à la surface afin de les manger. Des sortes de scarabées, de petits crustacés ou peut-être les poissons de cette rivière à sec. Des poissons à pattes seraient parfaitement adaptés à une rivière sans eau. Un des animaux écailleux se hissa sur les cailloux et considéra Septach Melayn avec sa demi-douzaine d’yeux ronds et brillants comme s’il s’apprêtait à lancer une attaque contre sa cheville pour en connaître le goût. Tout ne cherchait qu’à mordre à Stoienzar, même les plantes. Septach Melayn lança un cailloux dans la direction de la bestiole qui disparut aussitôt.
Malgré sa vitalité et sa résistance, la vie dans cette contrée était une rude épreuve. Quant aux autres, ils devaient souffrir le martyre. L’hostilité inlassable de la nature était si excessive qu’elle en devenait risible ; mais on ne riait pas longtemps quand le danger pouvait surgir à chaque instant. Et tout le monde commençait à se lasser de cette aventure. Ils avaient l’impression d’avoir passé leur vie à traquer Dantirya Sambail, d’abord dans les territoires du Levant, puis sur la route de Ketheron, Arvyanda et Sippulgar, et maintenant dans cette interminable traversée de Stoienzar.
Depuis combien de temps exactement étaient-ils là ? Des semaines ? Des mois ? Chaque jour se fondait dans le suivant. Ils avaient l’impression que des siècles s’étaient écoulés depuis leur arrivée dans cette région monstrueuse.
À trois reprises, déjà, des éclaireurs avaient rapporté qu’ils avaient découvert le campement du Procurateur. Un endroit animé, grouillant de centaines d’hommes, contenant des tentes, des flotteurs et des montures, des provisions en quantité… Mais tout disparaissait dans la nuit quand ils faisaient avancer les troupes pour se préparer à l’assaut. Les éclaireurs étaient-ils victimes d’une illusion ? Ou bien était-ce l’absence du campement, quand ils revenaient avec l’armée, qui constituait une illusion ?
Quoi qu’il en fût, Septach Melayn était convaincu qu’il y avait de la sorcellerie dans l’air. Dantirya Sambail jouait avec eux. Et il se préparait assurément, pendant ce temps, à lancer l’attaque longuement mûrie lui permettant de se venger de Prestimion qui contrecarrait ses plans depuis si longtemps et l’empêchait d’assouvir sa soif de pouvoir.
Un des petits animaux écailleux du lit de la rivière le regardait maintenant, à trois ou quatre mètres de distance. À demi dressé, il dessinait dans l’air des arabesques avec sa multitude de petites pattes.
— Es-tu un espion du Procurateur ? Eh bien, tu lui rapporteras ceci de la part de Septach Melayn !
Il lança une pierre en direction de l’animal, en visant soigneusement cette fois. Mais la petite créature parvint à éviter le projectile en se déplaçant prestement de quelques centimètres ; elle continua de le regarder fixement, comme pour le mettre au défi de recommencer.
— Bien joué ! Il n’y en a pas beaucoup qui sont capables d’éviter les attaques de Septach Melayn !
Il se désintéressa du petit animal. Une somnolence venait de le prendre, bien que ce fût à peine l’heure du crépuscule. Dans un premier temps, il essaya de résister, redoutant, s’il cédait au sommeil, que les animaux de la rivière se jettent sur lui. Puis il reconnut les signes annonciateurs d’un message de la Dame et s’abandonna à son pouvoir.
Il glissa en quelques instants dans l’état de rêve, au bord du lit caillouteux de la rivière à sec. Il ne se trouvait plus dans la terrible jungle de Stoienzar, mais dans une radieuse clairière du merveilleux parc de lord Havilbove, sur les pentes du Mont du Château et la Dame de l’île était en sa compagnie, la mère de Prestimion, la belle princesse Therissa, qui lui disait qu’il n’avait pas à avoir peur, qu’il devait aller de l’avant et frapper fort.
— Ce n’est pas une question de peur, madame. Mais comment frapper quelque chose que je ne puis voir ?
— Nous vous aiderons à voir, dit la Dame de l’île. Nous vous montrerons le visage de l’ennemi. Et alors, Septach Melayn, ce sera à vous d’agir.
Ce fut tout. Le message était terminé. La Dame avait disparu. Septach Melayn ouvrit les yeux en battant des paupières ; il se rendit compte qu’il avait rêvé.
Devant lui une demi-douzaine des petits animaux à écailles, sortis des cailloux, étaient disposés en demi-cercle, à vingt centimètres du bout de ses bottes. À demi dressés, ils agitaient leurs pattes supérieures un peu comme s’ils voulaient jeter un charme sur lui. Serait-ce un conclave de sorciers miniatures ? Préparaient-ils une attaque concertée ? Allaient-ils se jeter sur lui et plonger leurs petites griffes dans sa chair ?
Apparemment pas. Ils restaient là, à le regarder. Fascinés, peut-être, par le spectacle de cet humain aux jambes interminables allongé sur un rocher. Il ne se sentait pas en danger. La vue des petits animaux gravement disposés en demi-cercle était avant tout amusante.
Il se dit que c’étaient les premiers habitants de la péninsule de Stoienzar qui n’avaient rien de pernicieux dans leur aspect.
Un bon présage. Les choses allaient peut-être commencer à s’arranger. Peut-être.
14
— Maintenant ! fit Prestimion. Si vous êtes prêts, commençons !
Ils étaient rassemblés autour de lui, tous les quatre, dans la suite royale du Pavillon de Cristal dont il avait fait son quartier général : Dinitak, Dekkeret, Maundigand-Klimd et la Dame de l’île. C’était juste avant l’aube. Ils se préparaient depuis dix jours pour ce moment, avec la plus intense concentration.
Dinitak portait le casque des rêves : il serait le fer de lance de l’attaque. La Dame, le front ceint de son bandeau d’argent, superviserait tous les aspects de l’affrontement et en tiendrait Prestimion informé.
— Oui, monseigneur, je suis prêt, fit le jeune Barjazid avec un clin d’œil impudent au Coronal.
Il ferma les yeux. Régla quelque chose sur le bord du casque. Projeta son esprit au loin, vers le campement de Dantirya Sambail.
Une éternité s’écoula. La joue gauche de Dinitak commença à frémir, le coin de sa bouche se releva en une affreuse grimace ; il leva la main gauche, écarta les doigts qui se mirent à trembler comme des feuilles au vent.
— Il concentre l’énergie du casque sur son père, murmura la princesse Therissa. Il le trouve. Il établit le contact.