Le vicomte de Bragelonne Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: les trois mousquetaires #3
- Год: 11
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome IV». Краткое содержание книги:
– Vous venez de dire le vrai mot, du premier coup.
– Il en résulte que…
– Il en résulte que nous sommes des rebelles, mon pauvre ami.
– Diable! diable!… s’écria Porthos désappointé.
– Oh! mais, cher Porthos, soyez calme, nous trouverons encore bien moyen de nous sauver, croyez-moi.
– Ce n’est pas cela qui m’inquiète, répondit Porthos; ce qui me touche seulement, c’est ce vilain mot de rebelles.
– Ah! voilà!…
– Et, de cette façon, le duché qu’on m’a promis…
– C’est l’usurpateur qui le donnait.
– Ce n’est pas la même chose, Aramis, fit majestueusement Porthos.
– Ami, s’il n’eût tenu qu’à moi, vous fussiez devenu prince.
Porthos se mit à mordre ses ongles avec mélancolie.
– Voilà, continua-t-il, en quoi vous avez eu tort de me tromper; car ce duché promis, j’y comptais. Oh! j’y comptais sérieusement, vous sachant homme de parole, mon cher Aramis.
– Pauvre Porthos! Pardonnez-moi, je vous en supplie.
– Ainsi donc, insista Porthos sans répondre à la prière de l’évêque de Vannes, ainsi donc, je suis bien brouillé avec le roi Louis XIV?
– J’arrangerai cela, mon bien bon ami, j’arrangerai cela. Je prendrai tout sur moi seul.
– Aramis!
– Non, non, Porthos, je vous en conjure, laissez-moi faire. Pas de fausse générosité! pas de dévouement inopportun! Vous ne saviez rien de mes projets. Vous n’avez rien fait par vous-même. Moi, c’est différent. Je suis seul l’auteur du complot. J’avais besoin de mon inséparable compagnon; je vous ai appelé et vous êtes venu à moi, en vous souvenant de notre ancienne devise: «Tous pour un, un pour tous». Mon crime, cher Porthos, est d’avoir été égoïste.
– Voilà une parole que j’aime, dit Porthos, et dès que vous avez agi uniquement pour vous, il me serait impossible de vous en vouloir. C’est si naturel!
Et, sur ce mot sublime, Porthos serra cordialement la main de son ami.
Aramis, en présence de cette naïve grandeur d’âme, se trouva petit. C’était la deuxième fois qu’il se voyait contraint de plier devant la réelle supériorité du cœur bien plus puissante que la splendeur de l’esprit.
Il répondit par une muette et énergique pression à la généreuse caresse de son ami.
– Maintenant, dit Porthos, que nous nous sommes parfaitement expliqués, maintenant que je me suis parfaitement rendu compte de notre situation vis-à-vis du roi Louis, je crois, cher ami, qu’il est temps de me faire comprendre l’intrigue politique dont nous sommes les victimes; car je vois bien qu’il y a une intrigue politique là-dessous.
– D’Artagnan, mon bon Porthos, d’Artagnan va venir, et vous la détaillera dans toutes ses circonstances: mais, excusez-moi: je suis navré de douleur, accablé par la peine, et j’ai besoin de toute ma présence d’esprit, de toute ma réflexion, pour vous sortir du mauvais pas où je vous ai si imprudemment engagé; mais rien de plus clair désormais, rien de plus net que la position. Le roi Louis XIV n’a plus maintenant qu’un seul ennemi: cet ennemi, c’est moi, moi seul. Je vous ai fait prisonnier, vous m’avez suivi, je vous libère aujourd’hui, vous revolez vers votre prince, Vous le voyez, Porthos, il n’y a pas une seule difficulté dans tout ceci.
– Croyez-vous? fit Porthos.
– J’en suis bien sûr.
– Alors pourquoi, dit l’admirable bon sens de Porthos, alors pourquoi, si nous sommes dans une aussi facile position, pourquoi, mon bon ami, préparons-nous des canons, des mousquets et des engins de toute sorte? Plus simple, il me semble, est de dire au capitaine d’Artagnan: «Cher ami, nous nous sommes trompés, c’est à refaire; ouvrez-nous la porte, laissez nous passer, et bonjour!»
– Ah! voilà! dit Aramis en secouant la tête.
– Comment, voilà? Est-ce que vous n’approuvez pas ce plan cher ami?
– J’y vois une difficulté.
– Laquelle?
– L’hypothèse où d’Artagnan viendrait avec de tels ordres, que nous soyons obligés de nous défendre.
– Allons donc! nous défendre contre d’Artagnan? Folie! Ce bon d’Artagnan!…
Aramis secoua encore une fois la tête.
– Porthos, dit-il, si j’ai fait allumer les mèches et pointer les canons, si j’ai fait retentir le signal d’alarme, si j’ai appelé tout le monde à son poste sur les remparts, ces bons remparts de Belle-Île que vous avez si bien fortifiés, c’est pour quelque chose. Attendez pour juger, ou plutôt, non, n’attendez pas…
– Que faire?
– Si je le savais, ami, je l’eusse dit.
– Mais il y a une chose bien plus simple que de se défendre: un bateau, et en route pour la France, où…
– Cher ami, dit Aramis en souriant avec une sorte de tristesse, ne raisonnons pas comme des enfants; soyons hommes pour le conseil et pour l’exécution. Tenez, voici qu’on hèle du port une embarcation quelconque. Attention, Porthos, sérieuse attention!
– C’est d’Artagnan, sans doute, dit Porthos d’une voix de tonnerre en s’approchant du parapet.
– Oui, c’est moi; répondit le capitaine des mousquetaires en sautant légèrement les degrés du môle.
Et il monta rapidement jusqu’à la petite esplanade où l’attendaient ses deux amis.
Une fois en chemin Porthos et Aramis distinguèrent un officier qui suivait d’Artagnan, emboîtant le pas dans chacun des pas du capitaine.
Le capitaine s’arrêta sur les degrés du môle, à moitié route. Son compagnon l’imita.
– Faites retirer vos gens, cria d’Artagnan à Porthos et à Aramis; faites-les retirer hors de la portée de la voix.
L’ordre, donné par Porthos, fut exécuté à l’instant même.
Alors d’Artagnan, se tournant vers celui qui le suivait:
– Monsieur, lui dit-il, nous ne sommes plus ici sur la flotte du roi, où, en vertu de vos ordres, vous me parliez si arrogamment tout à l’heure.
– Monsieur, répondit l’officier, je ne vous parlais pas arrogamment; j’obéissais simplement, mais rigoureusement, à ce qui m’a été commandé. On m’a dit de vous suivre, je vous suis. On m’a dit de ne pas vous laisser communiquer avec qui que ce soit sans prendre connaissance de ce que vous feriez: je me mêle à vos communications.
D’Artagnan frémit de colère, et Porthos et Aramis qui entendaient ce dialogue, frémirent aussi, mais d’inquiétude et de crainte.
D’Artagnan, mâchant sa moustache avec cette vivacité qui décelait en lui l’état d’une exaspération la plus voisine d’un éclat terrible, se rapprocha de l’officier.
– Monsieur, dit-il d’une voix plus basse et d’autant plus accentuée, qu’elle affectait un calme profond et se gonflait de tempête, monsieur, quand j’ai envoyé un canot ici, vous avez voulu savoir ce que j’écrivais aux défenseurs de Belle-Île. Vous m’avez montré un ordre; à l’instant même, à mon tour, je vous ai montré le billet que j’écrivais. Quand le patron de la barque envoyée par moi fut de retour, quand j’ai reçu la réponse de ces deux messieurs et il désignait de la main à l’officier Aramis et Porthos, vous avez entendu jusqu’au bout le discours du messager. Tout cela était bien dans vos ordres; tout cela est bien suivi, bien exécuté, bien ponctuel, n’est-ce pas?