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Dôme. Tome 1 [Under the Dome - fr]

Электронная книга - «Dôme. Tome 1 [Under the Dome - fr]». Краткое содержание книги:

Le Dôme : personne n’y entre, personne n’en sort. A la fin de l’automne, la petite ville de Chester Mill, dans le Maine, est inexplicablement et brutalement isolée du reste du monde par un champ de force invisible. Personne ne comprend ce qu’est ce dôme transparent, d’où il vient et quand — ou si — il partira. L’armée semble impuissante à ouvrir un passage tandis que les ressources à l’intérieur de Chester Mill se raréfient. Big Jim Rennie, un politicien pourri jusqu’à l’os, voit tout de suite le bénéfice qu’il peut tirer de la situation, lui qui a toujours rêvé de mettre la ville sous sa coupe. Un nouvel ordre social régi par la terreur s’installe et la résistance s’organise autour de Dale Barbara, vétéran de l’Irak et chef cuistot fraîchement débarqué en ville…
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Seulement deux adultes eurent des crises semblables pendant les cinquante-cinq premières heures. Elles se produisirent le lundi soir au moment du coucher de soleil, à peu près, l’une et l’autre ayant des causes faciles à identifier.

Dans le cas de Phil Bushey, alias le Chef, la cause était avant tout de son fait. À peu près au moment où Rusty et Big Jim se séparaient, Chef Bushey était assis devant la remise, à l’arrière de WCIK, regardant rêveusement le coucher de soleil (à cette distance, relativement proche du point d’impact des missiles, la suie qui couvrait le Dôme assombrissait encore un peu plus les lueurs du couchant), tenant mollement sa pipe à shit à la main. Il était shooté aux amphètes au moins jusqu’à l’ionosphère, sinon à mille kilomètres plus loin. Au sein des quelques nuages bas qui flottaient dans la lumière ensanglantée, il voyait les visages de sa mère, de son père, de son grand-père ; il voyait aussi Sammy et Little Walter.

Tous ces visages nuageux saignaient.

Lorsque son pied droit se mit à tressaillir, bientôt imité par son pied gauche, il n’y prêta pas attention. On tressaillait quand on se shootait, tout le monde savait ça. Puis ses mains commencèrent à trembler et sa pipe tomba dans l’herbe (jaunie et atrophiée, résultat des activités qui se déroulaient dans le secteur). L’instant suivant, sa tête se mettait à osciller de droite à gauche.

Ça y est, pensa-t-il avec un calme mêlé de soulagement. J’ai fini par trop tirer sur la corde. Je passe l’arme à gauche. C’est probablement aussi bien.

Mais il ne passa pas l’arme à gauche ; il ne tomba même pas dans les pommes. Il glissa lentement de côté, agité de tressaillements, tandis qu’il voyait une bille noire s’élever dans le ciel rouge. Elle prit la taille d’une boule de bowling, puis d’un énorme ballon de plage. Elle continua à grandir jusqu’à ce qu’elle ait dévoré le ciel rouge.

C’est la fin du monde, pensa-t-il. C’est probablement aussi bien.

Un moment, il crut qu’il se trompait car les premières étoiles étaient apparues. Sauf qu’elles n’étaient pas de la bonne couleur. Elles étaient roses. Et alors, oh, Seigneur, elles commencèrent à tomber, laissant une longue traîne rose derrière elles.

Puis vint le feu. Une fournaise rugissante comme si venait de s’ouvrir une trappe cachée, déchaînant l’enfer lui-même sur Chester’s Mill.

« C’est nos bonbons », marmonna-t-il. Il pressait sa pipe contre son bras mais ce n’est que plus tard qu’il vit la marque de la brûlure. Il gisait dans l’herbe jaune, tressaillant de tout son corps, ses yeux révulsés n’exhibant plus qu’un blanc laiteux qui reflétait le coucher de soleil criard. « Nos bonbons de Halloween. Tout d’abord la bonne blague… et ensuite les bonbons. »

L’incendie devenait un visage, une version orangée des faces ensanglantées qu’il avait vues dans les nuages juste avant que la crise ne lui tombe dessus. Le visage de Jésus. Jésus lui faisait les gros yeux.

Et parlait. Lui parlait. Lui disait que l’incendie était de sa faute. Sa responsabilité. La sienne. L’incendie et le… le…

« La pureté, marmonna-t-il, toujours allongé dans l’herbe. Non… la purification. »

Jésus n’avait plus l’air aussi furieux, maintenant. Et son visage se défaisait. Pourquoi ? Parce que le Chef avait compris. Il y avait eu tout d’abord les étoiles roses ; puis le feu purificateur ; et le procès allait se terminer.

Chef Bushey cessa de trembler ; la crise se terminait. Il sombra dans son premier véritable sommeil depuis des semaines, peut-être depuis des mois. Quand il se réveilla, il faisait nuit noire — il n’y avait plus la moindre trace rouge dans le ciel. Il était glacé jusqu’aux os, mais pas mouillé.

Sous le Dôme, la rosée ne tombait plus.

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Tandis que le Chef observait le visage de Jésus dans les couleurs malsaines du coucher de soleil, le troisième conseiller Andrea Grinnell, assise sur son canapé, essayait de lire. Son générateur était tombé en panne — avait-il seulement tourné ? Elle ne savait plus. Elle possédait cependant un gadget appelé Mighty Bright, une lampe qu’elle avait trouvée dans sa chaussette de Noël l’an dernier. Mise là par sa sœur Rose. Elle n’avait jamais encore eu l’occasion de l’utiliser, mais elle fonctionnait très bien. On la fixait au livre par une pince et on la mettait en marche. Simple comme bonjour. Si bien que l’éclairage n’était pas un problème. Les mots, malheureusement, si. Les mots n’arrêtaient pas de se tortiller sur les pages, échangeaient même parfois leur place, et la prose sentimentale de Nora Roberts, d’ordinaire limpide comme le cristal, n’avait pas le moindre sens. Andrea s’entêtait néanmoins, parce qu’elle ne voyait pas ce qu’elle pouvait faire d’autre.

La maison empestait, même avec les fenêtres ouvertes. Andrea était atteinte de diarrhée et la chasse des toilettes ne fonctionnait plus. Elle avait faim mais était incapable de manger. Elle avait mangé un sandwich vers cinq heures de l’après-midi — un sandwich au fromage des plus inoffensifs — et l’avait vomi dans la poubelle de la cuisine quelques minutes après. C’était d’autant plus dommage que l’avaler n’avait pas été facile. Elle transpirait abondamment ; elle s’était déjà changée une fois et allait probablement devoir se changer à nouveau (si elle y arrivait) et ses pieds ne cessaient de tressauter.

Ce n’est pas pour rien qu’on dit qu’il faut sacrément se secouer pour perdre ce genre d’habitude, pensa-t-elle. Et jamais je ne pourrai aller à une réunion d’urgence ce soir, si jamais Jim a l’intention d’en convoquer une.

Si elle songeait à la manière dont s’était déroulée la dernière conversation qu’elle avait eue avec Big Jim et Sanders, il valait peut-être mieux ; si jamais elle se montrait, ils ne se priveraient pas de la rudoyer un peu plus. L’obligeraient à faire des choses qu’elle n’aurait aucune envie de faire. Il valait mieux rester loin d’eux tant qu’elle n’aurait pas réglé ce… ce…

« Cette merde, dit-elle à haute voix, repoussant une mèche humide qui lui tombait dans les yeux. Cette foutue merde qui coule dans mes veines. »

Une fois qu’elle serait redevenue elle-même, elle pourrait s’opposer à Jim Rennie. Voilà longtemps qu’elle aurait dû le faire. Elle lui tiendrait tête en dépit de son pauvre dos douloureux, une vraie catastrophe sans l’OxyContin (mais pas l’horreur absolue à laquelle elle s’était attendue — ce qui avait été une heureuse surprise). Rusty aurait préféré qu’elle prenne de la méthadone. De la méthadone, pour l’amour du Ciel ! De l’héroïne sous un faux nom !

Si vous envisagez d’arrêter brusquement, d’un coup, surtout pas, lui avait-il dit. Pour commencer, vous risquez d’avoir des crises d’épilepsie.

Il avait ajouté que, de cette façon, cela lui prendrait dix jours ; mais elle ne pensait pas pouvoir attendre aussi longtemps. Pas avec cet affreux Dôme au-dessus de leurs têtes. Autant en finir tout de suite. Étant arrivée à cette conclusion, elle avait balancé toutes ses pilules — pas seulement celles de méthadone, mais celles d’OxyContin qui lui restaient et qu’elle avait retrouvées au fond du tiroir de sa table de nuit — dans les toilettes. Cela remontait à deux tirages de chasse avant que les toilettes ne tombent en panne et maintenant elle était là, assise et tremblante, cherchant à se convaincre qu’elle avait eu raison.

C’était la seule issue, se dit-elle. La solution radicale.

Elle voulut tourner la page de son livre et heurta le lampe Mighty Bright au passage. Le gadget tomba par terre. Son rayon de lumière s’éleva jusqu’au plafond. Andrea le regarda et, soudain, s’éleva elle-même. Et vite. Comme si elle avait pris un ascenseur express invisible. Elle eut juste le temps de regarder vers le bas et de voir son corps toujours sur le canapé, pris de tremblements incoercibles. Une bave écumeuse coulait de sa bouche sur son menton. Elle vit une tache humide s’étendre à l’entrejambe de son jean et pensa Eh ouais, je vais devoir me changer encore, c’est clair. Si je survis à ça, évidemment.

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