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Le bûcher d'un roi

Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:

Le destin des Sept Royaumes est sur le point de basculer. A l’Est, Daenerys, dernière descendante de la Maison Targaryen, secondée par ses terrifiants dragons arrivés à maturité, règne sur une cité de mort et de poussière, entourée d’ennemis. Mais alors que certains voudraient la voir passer de vie à trépas, d’autres entendent rallier sa cause, tel Tyrion Lannister, le Lutin, dont la tête vaut de l’or depuis qu’il s’est rendu coupable du meurtre de son père, Tywin. Au Nord, où se dresse l’immense Mur de glace et de pierre qui garde la frontière septentrionale des Royaumes, Jon Snow, le bâtard de feu Eddard Stark, a été élu 998e Commandant en chef de la Garde de Nuit, mais ses adversaires se dissimulent des deux côtés du Mur, y compris parmi les troupes de Stannis Baratheon qui ont élu domicile dans ces contrées glacées…
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Des fantômes et des menteurs, estima Griff en parcourant des yeux leurs visages. Les revenants de guerres oubliées, de causes perdues, de rébellions matées, une confrérie de perdants et de déchus, de disgraciés et de déshérités. Voilà mon armée. Voilà notre meilleur espoir.

Il se tourna vers Harry Paisselande.

Harry Sans-Terre ne ressemblait guère à un guerrier. Corpulent, avec une grosse tête ronde, des yeux gris et doux, et des cheveux clairsemés qu’il peignait de côté pour cacher une tonsure, Paisselande était assis sur un siège de camp, les pieds trempés dans un baquet d’eau salée. « Tu me pardonneras si je ne me lève pas, annonça-t-il en guise de salut. Notre marche a été épuisante et j’ai des orteils sujets aux ampoules. C’est une malédiction. »

Un signe de faiblesse. On croirait entendre une vieille femme. Les Paisselande appartenaient à la Compagnie Dorée depuis sa fondation, car l’arrière-grand-père d’Harry avait perdu ses terres en se soulevant avec le Dragon noir lors de la première rébellion Feunoyr. « L’or depuis quatre générations », se vantait Harry, comme si quatre générations d’exil et de défaites valaient titre de gloire.

« Je peux vous préparer un onguent pour ça, intervint Haldon, et il existe certains sels minéraux qui vous endurciront la peau.

— C’est fort aimable à vous. » Paisselande fit signe à son écuyer. « Watkyn, du vin pour nos amis.

— Grand merci, mais non, assura Griff. Nous allons boire de l’eau.

— Comme tu préfères. » Le capitaine général sourit au prince. « Et voilà donc ton fils. »

Est-ce qu’il sait ? se demanda Griff. Qu’est-ce que Myles lui a raconté ? Varys avait été intransigeant sur le besoin du secret. Les plans qu’il avait échafaudés avec Illyrio et Cœurnoir n’étaient connus que d’eux seuls. Le reste de la compagnie était demeurée dans l’ignorance. Ce qu’ils ne savaient pas, ils ne pouvaient pas le laisser échapper par mégarde.

Ce temps était révolu, cependant. « Aucun homme n’aurait pu espérer fils plus valeureux, répondit Griff, mais le petit n’est pas de mon sang, et il ne s’appelle pas Griff. Messires, je vous présente Aegon Targaryen, premier-né de Rhaegar, prince de Peyredragon, par la princesse Elia de Dorne… Bientôt, avec votre aide, il sera Aegon, sixième du nom, roi des Andals, des Rhoynars et des Premiers Hommes, et Seigneur des Sept Couronnes. »

Un silence accueillit sa proclamation. Quelqu’un se racla la gorge. Un des Cole remplit à nouveau sa coupe avec la carafe. Gorys Edoryen jouait avec une de ses bouclettes en tire-bouchon, et murmura quelque chose dans une langue que Griff ne connaissait pas. Laswell Peake toussa. Mandragore et Lothston échangèrent un regard. Ils savent, comprit alors Griff. Ils savaient déjà. Il se tourna pour regarder Harry Paisselande. « Quand le leur as-tu dit ? »

Le capitaine général tortilla ses orteils couverts d’ampoules dans son bain de pieds. « Quand nous avons atteint le fleuve. La compagnie s’impatientait, à bon droit. On a dédaigné une campagne facile dans les Terres Disputées, et pour quoi ? Pour pouvoir mariner dans cette chaleur faillie des dieux, à regarder nos pécules fondre et nos lames se rouiller pendant que je rejette de riches contrats ? »

Cette nouvelle donna la chair de poule à Griff. « Qui ça ?

— Les Yunkaïis. L’émissaire qu’ils ont envoyé pour se gagner les faveurs de Volantis a déjà dépêché trois compagnies libres dans la baie des Serfs. Il souhaite que nous soyons la quatrième et il offre le double de ce que Myr nous payait, ainsi qu’un esclave pour chaque homme de la compagnie, dix pour chaque officier et une centaine de vierges de choix, toutes pour moi. »

Bordel. « Ça demanderait des milliers d’esclaves. Où les Yunkaïis s’attendent-ils à en trouver tant ?

— À Meereen. » Paisselande fit signe à son écuyer. « Watkyn, une serviette. L’eau devient froide et mes orteils sont fripés comme des raisins secs. Non, pas cette serviette-là. La douce.

— Tu as refusé, dit Griff.

— Je lui ai répondu que je réfléchirais à sa proposition. » Harry fit la grimace tandis que son écuyer lui essuyait les pieds. « Doucement, avec les orteils. Traite-les comme des grains de raisin à la peau délicate, petit. Tu dois les sécher sans les écraser. Tapote, ne frotte pas. Voilà, oui, comme ça. » Il se retourna vers Griff. « Refuser brutalement n’aurait pas été sage. Les hommes pourraient à bon droit se demander si j’avais perdu la tête.

— Vous ne tarderez pas à avoir de l’emploi pour vos lames.

— Vraiment ? interrogea Lysono Maar. Vous savez, je suppose, que la Targaryen n’a pas encore pris la route vers l’ouest ?

— Nous avons entendu cette fable à Selhorys.

— Ce n’est pas une fable. Une simple vérité. La raison en est plus difficile à saisir. Mettre Meereen à sac, certes, pourquoi pas ? J’aurais agi de même à sa place. Les cités esclavagistes puent l’or, et les conquêtes exigent de l’argent. Mais pourquoi traîner ? La peur ? La folie ? La mollesse ?

— Peu importe la raison. » Harry Paisselande déroula une paire de bas de laine rayés. « Elle est à Meereen et nous, ici, où les Volantains sont chaque jour moins ravis de notre présence. Nous sommes venus proclamer un roi et une reine qui nous ramèneraient chez nous à Westeros, mais cette Targaryen semble plus soucieuse de planter des oliviers que de revendiquer le trône de son père. Pendant ce temps, ses ennemis se massent. Yunkaï, la Nouvelle-Ghis, Tolos. Barbesang et le Prince en Guenilles se rangeront tous les deux sur le champ de bataille contre elle… Et bientôt, les flottes de l’antique Volantis vont également fondre sur elle. De quoi dispose-t-elle ? D’esclaves de plaisir armés de bâtons ?

— Des Immaculés, corrigea Griff. Et des dragons.

— Des dragons, certes, admit le capitaine général. Mais jeunes encore, récemment éclos. » Paisselande glissa délicatement le bas sur ses ampoules, et le long de sa cheville. « À quoi lui serviront-ils quand toutes ces armées se refermeront comme un poing sur sa ville ? »

Tristan Rivers tambourinait de ses doigts contre son genou. « Raison de plus pour la rejoindre en toute hâte, selon moi. Si Daenerys ne vient pas à nous, nous devons aller à Daenerys.

— Savons-nous marcher sur les vagues, ser ? s’enquit Lysono Maar. Je vous le répète, nous ne pouvons atteindre la reine d’argent par voie de mer. Je me suis personnellement introduit dans Volantis, en me faisant passer pour un négociant, afin de déterminer de combien de vaisseaux nous pourrions disposer. Le port regorge de galères, de cogues et de caraques de toutes sortes et de toutes tailles, et pourtant, je me suis vite vu contraint de traiter avec des contrebandiers et des pirates. Nous avons dix mille hommes dans la compagnie, comme lord Connington s’en souvient, j’en suis sûr, après ses années de service chez nous. Cinq cents chevaliers, chacun avec trois chevaux. Cinq cents écuyers, avec une monture chacun. Et des éléphants, n’oublions surtout pas les éléphants. Un navire pirate ne suffira pas. Nous aurions besoin d’une flotte pirate… Et même si nous en trouvions une, la nouvelle s’est propagée depuis la baie des Serfs : Meereen est soumise à un blocus.

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