Le bûcher d'un roi
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Серия: Le Trone de fer #13
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 978-2-7564-0586-5
- Переводчик: Patrick Marcel
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:
— Pire encore que ça, ’spèce de bougre, riposta Franklyn Flowers. Ils m’ont fait ch’valier, en plus. » Il attrapa Griff par l’avant-bras, l’attira dans une embrassade à lui broyer les os. « T’as vraiment une sale gueule, même pour un type qu’est mort depuis une douzaine d’années. Des cheveux bleus, hein ? Quand Harry m’a raconté que t’allais te pointer, j’en ai failli me chier aux chausses. Et Haldon, ’spèce de con frigide, c’est bon d’ te revoir, aussi. T’as toujours ton bâton dans l’ cul ? » Il se tourna vers Griff le Jeune. « Et v’là donc…
— Mon écuyer. Petit, je te présente Franklyn Flowers. »
Le prince lui adressa un hochement de tête. « Flowers est un nom de bâtard. Vous êtes du Bief.
— Oui-da. Ma mère était lavandière à Cidre jusqu’à ce qu’un des fils du messire la viole. Ça a fait de moi un genre de pomme pourrie, chez les Fossovoie, comme je vois les choses. » Flowers leur fit signe de passer la porte. « V’nez avec moi. Paisselande a convoqué tous les officiers dans sa tente. Conseil de guerre. Ces foutus Volantains font les méchants et exigent d’ connaître nos intentions. »
Les hommes de la Compagnie Dorée se trouvaient devant leurs tentes, jouant aux dés, buvant et chassant les mouches. Griff se demanda combien d’entre eux le connaissaient. Guère. C’est long, douze années. Même les hommes qui avaient chevauché avec lui pourraient ne pas reconnaître lord Jon Connington, l’exilé à la barbe d’un roux flamboyant, dans le visage ridé, glabre, et les cheveux teints en bleu de Griff le mercenaire. Pour autant que la plupart d’entre eux étaient concernés, la boisson avait eu raison de Connington à Lys après qu’il avait été chassé de la Compagnie, disgracié pour avoir puisé dans le coffre de guerre. La honte de ce mensonge lui était restée en travers de la gorge, mais Varys avait insisté sur sa nécessité. « Nous ne tenons pas à entendre des chansons sur le valeureux exilé, avait gloussé l’eunuque de sa voix précieuse. Ceux qui connaissent une mort héroïque laissent un long souvenir ; les voleurs, les ivrognes et les couards sont bientôt oubliés. »
Qu’est-ce qu’un eunuque sait de l’honneur d’un homme ? Griff avait suivi le plan de l’Araignée pour le bien du petit, mais cela ne voulait pas dire que cela lui plaisait tellement. Que je vive assez longtemps pour voir le petit siéger sur le Trône de Fer, et Varys me paiera cet affront, et bien plus encore. Et ensuite, nous verrons bien qui sera bientôt oublié.
La tente du capitaine général était en drap d’or, entourée par un cercle de piques surmontées de crânes dorés. L’un d’eux était plus gros que le reste, déformé dans de grotesques proportions. En dessous se trouvait un second, pas plus gros qu’un poing d’enfant. Maelys le Monstrueux et son frère anonyme. Les autres crânes présentaient une certaine uniformité, même si certains avaient été fendus et brisés par les coups qui les avaient tués, et si l’un avait des dents limées et pointues. « Lequel est Myles ? se surprit à demander Griff.
— Là. Celui du bout. » Flowers tendit le doigt. « Attends. Je t’annonce. » Il se glissa à l’intérieur de la tente, laissant Griff contempler le crâne doré de son vieil ami. Vivant, ser Myles Tignac avait été laid comme le péché. Son célèbre ancêtre, Terrence Tignac, le beau ténébreux chanté par les poètes, avait eu une face si avenante que même la maîtresse du roi n’avait pu lui résister ; Myles, lui, avait été doté d’oreilles décollées, d’une mâchoire en galoche et du plus gros nez qu’ait jamais vu Jon Connington. Mais quand il vous souriait, plus rien de cela ne comptait. Cœurnoir l’avaient surnommé ses hommes, à cause de l’emblème sur son bouclier. Myles avait adoré le nom et tout ce qu’il laissait entendre. « Un capitaine général se doit d’être craint, par ses amis et ses ennemis également, avait-il un jour avoué. Si les hommes me croient cruel, tant mieux. » La vérité était autre. Soldat jusqu’à la moelle, Toyne avait été farouche mais toujours juste, un père pour ses hommes et toujours généreux envers lord Jon Connington, l’exilé.
La mort lui avait volé ses oreilles, son nez et toute sa chaleur. Le sourire demeurait, transformé en un scintillant rictus doré. Tous les crânes ricanaient, même celui d’Aigracier sur sa haute perche, au centre. Quelle raison a-t-il de ricaner ? Il est mort vaincu et seul, un homme brisé en terre étrangère. Sur son lit de mort, ser Aegor Rivers avait donné à ses hommes l’ordre fameux de bouillir son crâne pour en détacher la chair, de le plonger dans l’or, et de le porter en tête de la Compagnie quand ils traverseraient la mer pour reprendre Westeros. Ses successeurs avaient suivi son exemple.
Jon Connington aurait pu être l’un de ces successeurs si son exil s’était déroulé autrement. Il avait passé cinq ans avec la Compagnie, gravissant les échelons jusqu’à une place d’honneur à la main droite de Toyne. S’il était resté, les hommes auraient fort bien pu se tourner vers lui, après la mort de Myles, plutôt que vers Harry Paisselande. Mais Griff ne regrettait pas la route qu’il avait choisie. Quand je rentrerai à Westeros, ce ne sera pas comme un crâne au faîte d’une perche.
Flowers sortit de la tente. « Entre donc. »
À leur entrée, les officiers supérieurs de la Compagnie Dorée se levèrent de leurs tabourets et de leurs sièges de camp. De vieux amis saluèrent Griff avec des sourires et des accolades, les plus récentes recrues de façon plus formelle. Tous ne sont pas aussi ravis de nous voir qu’ils aimeraient me le faire croire. Il sentait des couteaux tirés derrière certains sourires. Jusqu’à très récemment, la plupart d’entre eux croyaient lord Jon Connington bien au chaud dans sa tombe, et nul doute que, pour beaucoup, la place convenait à merveille à un homme qui avait détroussé ses frères d’armes. Griff aurait pu avoir la même opinion à leur place.
Ser Franklyn procéda aux présentations. Certains capitaines mercenaires portaient comme Flowers des noms de bâtards : Rivers, Hill, Stone. D’autres revendiquaient des noms qui avaient jadis tenu une place importante dans les chroniques des Sept Couronnes ; Griff compta deux Fort, trois Peake, un d’Alluve, un Mandragore, un Lothston, une paire de Cole. Tous n’étaient pas authentiques, il le savait. Dans les compagnies libres, un homme pouvait se dénommer à sa guise. Quel que soit leur nom, les épées-louées affichaient une splendeur barbare. Comme maints représentants de leur profession, ils conservaient leurs richesses terrestres sur leur personne : s’exposaient des épées ornées de joyaux, des armures filigranées, de lourds torques et de belles soieries, et chacun ici portait une rançon de roi en bracelets d’or. Chaque anneau représentait une année de service au sein de la Compagnie Dorée. Marq Mandragore, dont le visage défiguré par la vérole portait un trou dans une joue à l’endroit où une marque d’esclave avait été oblitérée au fer rouge, exposait au surplus une chaîne de crânes dorés.
Tous les capitaines n’étaient pas de sang ouestrien. Balaq le Noir, un Estivien aux cheveux blancs à la peau d’un noir de suie, commandait les archers de la compagnie, comme au temps de Cœurnoir. Il portait un manteau de plumes vert et orange, magnifique à contempler. Gorys Edoryen, le cadavérique Volantain, avait succédé à Paisselande au poste de trésorier. Une peau de léopard était drapée sur une épaule, et sur sa nuque croulaient en frisures huilées des cheveux aussi rouges que le sang, malgré le noir de sa barbe pointue. Le maître espion était nouveau pour Griff, un Lysien du nom de Lysono Maar, avec des yeux lilas, des cheveux d’or blanc et des lèvres qu’aurait jalousées une ribaude. Au premier coup d’œil, Griff l’avait d’abord pris pour une femme. Il avait les ongles peints en mauve, et ses lobes d’oreilles dégouttelaient de perles et d’améthystes.