Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Серия: Le Seigneur des Anneaux #1
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois
- ISBN: 9782267027419
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
« Pourquoi est-ce que Gandalf ne fait pas quelque chose et vite ? » dit Pippin.
Gandalf ne leur prêtait aucune attention. Il était assis tête baissée, en proie au désespoir ou dans une réflexion inquiète. Le hurlement lugubre des loups se fit entendre de nouveau. Les rides grandissaient sur l’eau et s’approchaient ; certaines clapotaient déjà sur la rive.
Avec une soudaineté qui les fit tous sursauter, le magicien bondit sur ses pieds. Il riait ! « J’ai trouvé ! s’écria-t-il. Bien sûr, bien sûr ! Simple comme bonjour, comme la plupart des énigmes quand on découvre la réponse. »
Ramassant son bâton, il se tint devant le rocher et dit d’une voix claire : Mellon !
L’étoile luisit un court instant et s’estompa de nouveau. Puis, sans aucun bruit, une grande porte se dessina, là où ne se voyait auparavant la moindre fente ou jointure. Lentement, elle se divisa au milieu et s’ouvrit vers l’extérieur, pouce par pouce, jusqu’à ce que les deux battants soient déployés contre la paroi. À travers l’ouverture, on apercevait un raide escalier qui montait dans l’ombre ; mais au-delà des premières marches, les ténèbres étaient plus profondes que la nuit. La Compagnie resta saisie d’étonnement.
« J’avais tort, tout compte fait, dit Gandalf, et Gimli aussi. Merry, en revanche, était sur la bonne piste. La formule d’ouverture se trouvait inscrite sur l’arche depuis le début ! Il aurait fallu traduire : Dites “ami” et entrez. Je n’ai eu qu’à prononcer le mot elfique pour ami et les portes se sont ouvertes. Rien de plus simple. Trop simple pour un maître en tradition en ces jours de défiance. C’était une époque plus heureuse. Maintenant, allons-y ! »
Il s’avança et posa le pied sur la première marche. Mais à cet instant, plusieurs choses se produisirent. Frodo sentit quelque chose le saisir à la cheville, et il tomba avec un cri. Bill le poney poussa un terrible hennissement de peur, fit demi-tour et détala le long de la rive, dans les ténèbres. Sam bondit à sa poursuite, puis, entendant le cri de Frodo, il revint en toute hâte, pleurant et jurant. Les autres, se retournant brusquement, virent les eaux du lac s’agiter, comme si une armée de serpents nageaient vers eux depuis la pointe sud.
De l’eau était sorti un long tentacule sinueux et humide, d’un vert pâle et lumineux. Son extrémité, munie de doigts, retenait le pied de Frodo et tentait de l’entraîner dans l’eau. Sam, à genoux, le tailladait maintenant à coups de couteau.
Le bras lâcha alors prise, et Sam tira Frodo vers lui, appelant à l’aide. Vingt autres bras surgirent, dégouttant d’eau. L’étang noir bouillonna et il y eut une affreuse puanteur.
« Par la porte ! L’escalier ! Vite ! » s’écria Gandalf avec un bond en arrière. Les secouant de l’horreur qui, Sam mis à part, semblait les avoir cloués sur place, il les poussa en avant.
Ils s’enfuirent juste à temps. Sam et Frodo n’avaient monté que quelques marches, et Gandalf était encore au pied de l’escalier quand les tentacules se contorsionnèrent au-dessus l’étroite rive et vinrent tâtonner la paroi rocheuse et les portes. L’un d’eux vint se tortiller sur le seuil, luisant à la lumière des étoiles. Gandalf se retourna et s’arrêta. S’il se demandait quel mot prononcer pour refermer les portes de l’intérieur, c’était inutile. Plusieurs bras tordus saisirent les portes de part et d’autre, et, avec une force épouvantable, les firent tourner sur leurs gonds. Elles se refermèrent avec un écho fracassant, et toute lumière s’évanouit. Un bruit de déchirement et d’écroulement leur parvint, assourdi, à travers la pierre pondéreuse.
Sam, accroché au bras de Frodo, s’effondra sur une marche dans les ténèbres noires. « Pauvre vieux Bill ! dit-il d’une voix étranglée. Pauvre vieux Bill ! Des serpents et des loups ! Mais les serpents, c’était trop pour lui. Fallait que je choisisse, monsieur Frodo. Fallait que je vienne avec vous. »
Ils entendirent Gandalf redescendre et appuyer son bâton contre les portes. La pierre frémit et l’escalier trembla, mais les portes ne s’ouvrirent pas.
« Bon, eh bien ! Le passage est bloqué derrière nous, maintenant, dit le magicien, et il n’y a plus qu’une issue : de l’autre côté des montagnes. Le bruit me fait craindre qu’on ait entassé des rochers et déraciné les arbres pour les mettre en travers de la porte. Je le regrette ; car ces arbres étaient beaux, et ils poussaient là depuis si longtemps. »
« Du moment que mon pied a touché cette eau, j’ai senti qu’il y avait là quelque chose d’horrible, dit Frodo. Qu’était cette chose, ou y en avait-il plusieurs ? »
« Je ne sais pas, dit Gandalf, mais tous les bras étaient guidés par une même intention. Quelque chose est sorti ou a été chassé des eaux sombres sous les montagnes. Il est des choses plus vieilles et plus ignobles que les Orques dans les profondeurs du monde. » Il se garda d’exprimer à haute voix ce qu’il se disait en lui-même, à savoir que, quelle que fût cette chose tapie au fond du lac, elle s’était jetée sur Frodo avant tout autre membre de la Compagnie.
Boromir marmonna entre ses dents, mais le son de sa voix, amplifié par les échos de la pierre, fut comme un souffle rauque que tous purent entendre : « Dans les profondeurs du monde ! Et c’est là que nous allons, bien contre mon gré. Qui donc nous guidera dans ces ténèbres mortelles ? »
« Moi, dit Gandalf, et Gimli marchera avec moi. Suivez mon bâton ! »
Tandis que le magicien passait devant eux dans le grand escalier, il éleva son bâton, et la pointe de celui-ci émit un faible rayonnement. Le vaste escalier semblait en parfait état. Ils comptèrent deux cents marches, larges et peu profondes ; et tout en haut, ils arrivèrent à un passage voûté, au sol plat, qui s’enfonçait dans le noir.
« Asseyons-nous sur ce palier et prenons le temps de manger un morceau, puisqu’il n’y a pas de salle à manger ! » dit Frodo. Il se libérait peu à peu de l’horreur du tentacule et se sentait soudain très affamé.
Cette proposition fut unanimement accueillie ; ils s’installèrent donc sur les plus hautes marches, formes indistinctes assises dans l’obscurité. Lorsqu’ils eurent fini de manger, Gandalf leur donna à chacun une troisième gorgée du miruvor de Fendeval.
« Il n’en reste plus beaucoup, dit-il ; mais je crois que nous en avons besoin après cette horreur à la porte. Et, à moins d’avoir beaucoup de chance, le reste sera avalé avant que nous soyons de l’autre côté ! Ménagez aussi l’eau ! Il y a bien des ruisseaux et des puits dans les Mines, mais il ne faut pas y toucher. Nous n’aurons peut-être pas l’occasion de remplir nos outres et nos gourdes avant de descendre au Val de Ruisselombre. »
« Combien de temps cela va nous prendre ? » demanda Frodo.
« Je ne saurais le dire, répondit Gandalf. Cela dépend de bien des aléas. Mais si nous allons tout droit, sans nous perdre ni rencontrer rien de fâcheux, j’estime qu’il nous faudra trois ou quatre longues marches. Il ne peut y avoir moins de quarante milles en ligne droite de la Porte de l’Ouest au Portail de l’Est, et la route peut faire bien des détours. »
Après un court répit seulement, ils se remirent en route. Tous étaient pressés d’en finir avec ce voyage ; aussi étaient-ils prêts, malgré une grande fatigue, à continuer de marcher pendant plusieurs heures encore. Gandalf, comme précédemment, allait en tête. Son bâton, qu’il tenait levé dans sa main gauche, n’éclairait que le sol à ses pieds ; son épée Glamdring était à sa main droite. Derrière lui venait Gimli, tournant la tête de côté et d’autre ; ses yeux étincelaient dans la faible lumière. Frodo marchait derrière le nain, et il avait tiré la courte épée Dard. Aucune lueur n’émanait de la lame de Dard ni de Glamdring ; et cela au moins était rassurant, car ces épées étaient l’œuvre de forgerons elfes des Jours Anciens, et elles brillaient d’une froide lueur quand il y avait des Orques à proximité. Derrière Frodo venait Sam, et Legolas après lui, puis les jeunes hobbits, et Boromir. Dans les ténèbres à l’arrière marchait Aragorn, sévère et silencieux.