Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Серия: Le Seigneur des Anneaux #1
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois
- ISBN: 9782267027419
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
La Lune éclairait maintenant la face grise du roc ; mais ils ne purent rien voir d’autre sur le moment. Puis l’on vit apparaître lentement à sa surface, là où le magicien avait passé ses mains, des lignes à peine visibles, comme de minces veines d’argent courant dans la pierre. Ce n’étaient au début que de pâles filandres, si fines qu’elles ne faisaient que scintiller par intervalles quand elles accrochaient les rayons de la Lune ; mais peu à peu, elles se firent plus larges et plus claires, et il fut bientôt possible d’en deviner le dessin.
Tout en haut, aussi haut que Gandalf pouvait tendre les bras, se voyait une arche parcourue d’un entrelacement de caractères elfiques. Sous elle, bien que par endroits les fils aient été estompés ou brisés, se discernait le contour d’une enclume et d’un marteau surmontés d’une couronne aux sept étoiles. Plus bas encore se trouvaient deux arbres, chacun portant à ses branches des croissants de lune. Enfin, plus claire que le reste, au centre de la porte, brillait une unique étoile aux multiples rayons.
« Voilà les emblèmes de Durin ! » s’écria Gimli.
« Et aussi l’Arbre des Hauts Elfes ! » dit Legolas.
« Et l’Étoile de la Maison de Fëanor, dit Gandalf. Ils sont faits d’ithildin, qui ne reflète que la lumière des étoiles et de la lune, et qui demeure en sommeil jusqu’au moment d’être touché par quelqu’un qui prononce des mots aujourd’hui bien oubliés en Terre du Milieu. Il y a longtemps que je ne les ai entendus, et il m’a fallu une profonde réflexion pour pouvoir les rappeler à mon esprit. »
« Que dit l’inscription ? demanda Frodo, essayant de déchiffrer les mots sur l’arche. Je pensais connaître l’écriture elfique, mais je n’arrive pas à lire celle-ci. »
« Les mots sont dans la langue elfique de l’ouest de la Terre du Milieu aux Jours Anciens, répondit Gandalf. Mais ils ne nous apprennent rien d’important. Ils disent seulement : Les Portes de Durin, Seigneur de Moria. Parle, ami, et entre. Et en dessous, en petits caractères, il est écrit : Moi, Narvi, je les ai faites. Celebrimbor de Houssière a dessiné ces signes. »
« Qu’entend-on par parle, ami, et entre ? » demanda Merry.
« C’est pourtant clair, dit Gimli. Si vous êtes un ami, dites le mot de passe, alors les portes s’ouvriront et vous pourrez entrer. »
« Oui, dit Gandalf, ces portes sont sans doute régies par des mots. Certaines portes des Nains ne s’ouvrent qu’en des occasions particulières ou pour certaines personnes uniquement ; d’autres sont munies de serrures, et il faut des clés pour les ouvrir même quand toutes les autres conditions sont remplies. Ces portes-ci n’en possèdent pas. Au temps de Durin, elles n’étaient pas secrètes. La plupart du temps, elles étaient ouvertes et tenues par des gardiens. Mais lorsqu’elles étaient closes, ceux qui connaissaient la formule d’ouverture n’avaient qu’à la prononcer pour entrer. C’est du moins ce que rapportent les sources anciennes, n’est-ce pas, Gimli ? »
« En effet, dit le nain. Mais la formule n’est plus connue de nos jours. Narvi et son art, et tous les siens, ont disparu de la terre. »
« Mais vous, Gandalf, ne connaissez-vous pas la formule ? » demanda Boromir, surpris.
« Non ! » dit le magicien.
Les autres parurent décontenancés ; seul Aragorn, qui connaissait bien Gandalf, demeura silencieux et impassible.
« Quelle était donc l’utilité de nous emmener dans cet endroit maudit ? s’écria Boromir, jetant un coup d’œil vers l’eau sombre avec un frisson. Vous nous dites que vous êtes déjà passé à travers les Mines. Comment est-ce possible, si vous ne savez pas comment y entrer ? »
« La réponse à votre première question, Boromir, dit le magicien, est que je connais pas la formule – pour l’instant. Mais c’est ce que nous verrons bientôt. Et puis, ajouta-t-il avec une étincelle dans les yeux sous des sourcils hérissés, vous pourrez vous interroger sur l’utilité de mes actes quand ils se seront révélés inutiles. Quant à votre dernière question : doutez-vous de mon histoire ? Ou avez-vous perdu toute présence d’esprit ? Je ne suis pas entré de ce côté. J’arrivais de l’Est.
« Au cas où cela vous intéresserait, je vous dirai que ces portes s’ouvrent vers l’extérieur. De l’intérieur, il est possible de les ouvrir en poussant avec vos mains. De l’extérieur, rien ne les fera bouger hormis l’incantation de commandement. On ne peut les forcer vers l’intérieur. »
« Qu’allez-vous faire, alors ? » demanda Pippin, que les sourcils hérissés de Gandalf ne semblaient pas intimider.
« Cogner dessus avec votre tête, Peregrin Touc, dit Gandalf. Mais si ça n’enfonce pas les portes, et qu’on m’épargne un instant les questions oiseuses, je vais chercher la formule d’ouverture.
« Je connaissais autrefois tous les sortilèges, dans toutes les langues des Elfes, des Hommes ou des Orques, utilisés dans ce dessein. Je puis encore m’en rappeler quinze douzaines sans avoir à me creuser la tête. Mais il ne faudra que quelques essais, je pense ; et Gimli n’aura pas à me souffler des mots de la langue des nains, qu’ils gardent secrète et qu’ils n’enseignent pas. Les mots d’ouverture étaient elfiques, comme l’inscription figurant sur l’arche : cela paraît évident. »
Il s’avança de nouveau à la paroi, et de la pointe de son bâton, toucha légèrement l’étoile d’argent au milieu, sous le signe de l’enclume.
Annon edhellen, edro hi ammen !
Fennas nogothrim, lasto beth lammen !
dit-il d’un ton impérieux. Les fils d’argent s’estompèrent, mais la pierre, grise et uniforme, ne bougea pas.
Il répéta maintes fois ces mots, dans un ordre différent ou en les variant. Puis il essaya d’autres sortilèges, l’un à la suite de l’autre, en modifiant son débit, tantôt rapide et haut, tantôt lent et doux. Enfin, il prononça, un à un, de nombreux mots d’elfique. Rien ne se produisit. La nuit gagna la haute falaise, les étoiles innombrables s’allumèrent, un vent glacial se leva et les portes tinrent bon.
Gandalf se tint de nouveau près du mur, et, levant les bras, il prit un ton de commandement où pointait sa colère grandissante. Edro, edro ! cria-t-il, frappant le roc de son bâton. Ouvre-toi, ouvre-toi ! fit-il, et il répéta le même commandement dans les toutes les langues jamais entendues dans l’ouest de la Terre du Milieu. Puis il jeta son bâton sur le sol et s’assit en silence.
À ce moment, le vent porta à leurs oreilles attentives un distant hurlement de loups. Bill le poney tressaillit de peur, et Sam se précipita à ses côtés pour lui chuchoter doucement à l’oreille.
« Ne le laissez pas s’enfuir ! dit Boromir. Il semble que nous en aurons encore besoin, si les loups ne nous découvrent pas. Comme je hais cet horrible étang ! » Il se pencha pour ramasser une grosse pierre qu’il lança loin dans l’eau sombre.
La pierre disparut avec un faible ploc ; mais au même moment, il y eut un flic flac et un gargouillis. De grands anneaux concentriques apparurent loin sur l’eau, derrière l’endroit où la pierre était tombée, et ils gagnèrent lentement la rive au pied de la falaise.
« Pourquoi avez-vous fait ça, Boromir ? dit Frodo. Je n’aime pas non plus cet endroit, et j’ai peur. Je ne sais pas ce qui m’effraie : pas les loups, ni l’obscurité derrière les portes, mais quelque chose d’autre. J’ai peur de cet étang. Ne le remuez pas ! »
« Je voudrais qu’on puisse partir d’ici ! » dit Merry.