Moby Dick
- Автор: Мелвилл Герман
- Язык: французский
- Жанр: Морские приключения
Электронная книга - «Moby Dick». Краткое содержание книги:
Faut-il présenter ce livre mythique, magnifique aventure, suspense prenant qui nous amène peu à peu à l'apocalypse finale, parabole chargée de thèmes universels et nouvelle Bible aux accents prophétiques.
Mais quoi? Au cours de cette quête étendue, Achab n’abordait-il jamais? Son équipage vivait-il de l’air du temps? Sûrement il devait s’arrêter pour refaire sa réserve d’eau. Non! Voici bien longtemps déjà que le soleil dans sa course embrasée ne se nourrit que de lui-même. Ainsi en va-t-il d’Achab. Et aussi du navire baleinier. Tandis que d’autres cales sont remplies de denrées étrangères destinées à des quais étrangers, le navire baleinier, ce vagabond du globe entier, n’a point d’autre charge que lui-même, son équipage, ses armes et de quoi pourvoir à ses besoins. Tout un lac est mis en bouteilles dans sa vaste cale. Il est lesté de nécessités premières, point ne lui faut des gueuses de plomb ou de fer. Il charrie dans ses flancs des années d’eau. De la bonne vieille eau de Nantucket qu’au long de ces trois ans de voyage dans le Pacifique un Nantuckais préfère au breuvage saumâtre fraîchement soustrait aux rivières indiennes ou péruviennes. Aussi, tandis que d’autres vaisseaux ont touché des vingtaines de ports en allant de New York en Chine et retour, le baleinier, pendant ce temps, peut n’avoir point aperçu un grain de sable et son équipage point d’autre visage humain que ceux de marins, comme lui, appartenant au large, de sorte que si vous les informiez d’un nouveau déluge, ils répondraient simplement: «Eh bien, les gars, voici l’arche!»
Comme de nombreux cachalots avaient été pris au large de la côte ouest de Java, tout près du détroit de la Sonde, comme l’endroit était tenu par les pêcheurs pour un excellent lieu de croisière, les guetteurs du Péquod étaient interpellés sans cesse et invités à garder l’œil ouvert tandis que le navire se rapprochait toujours du cap de Java. Encore que les palmes vertes des falaises se fussent bientôt dessinées à tribord et que l’air ait apporté le parfum enchanteur de la cannelle fraîche, aucun souffle ne fut signalé. Le navire, ayant pénétré le détroit, avait renoncé à rencontrer une gamme dans les parages lorsque retentit le cri traditionnel et joyeux, tombé du ciel, et bientôt nous fûmes accueillis par un spectacle d’une singulière magnificence.
Disons d’abord que, vu la chasse acharnée qui leur a été livrée sur les quatre océans, les cachalots, au lieu de se déplacer en petits groupes, comme par le passé, forment maintenant des troupes si nombreuses, des foules telles parfois qu’on dirait presque que plusieurs nations d’entre eux ont signé solennellement un traité d’assistance et de protection mutuelles. C’est parce qu’ils voyagent en caravanes si immenses que vous pouvez parfois naviguer des semaines et des mois durant sans qu’un seul souffle vous salue et recevoir soudain l’ovation de milliers et de milliers d’entre eux, vous semblera-t-il.
À deux ou trois milles de part et d’autre du navire, en large demi-cercle embrassant le plat horizon, une chaîne continue de jets jouaient et étincelaient dans la lumière de midi. Contrairement aux jets jumeaux et perpendiculaires de la baleine franche qui, se divisant à leur sommet, retombent comme deux branches de saule, le souffle unique du cachalot, incliné vers l’avant, offre un bouquet d’épaisses boucles de brume blanche, s’élevant et retombant toujours sous le vent.
Vue du pont du Péquod perché sur une colline de la mer, cette armée de souffles vaporeux aux boucles isolées estompés par un voile bleuâtre, apparaissait comme les milliers de riantes cheminées d’une grande ville à un cavalier les apercevant d’une hauteur par une douce matinée d’automne.
Comme les armées en marche, affrontant l’hostilité d’un défilé de montagne, pressent le pas dans leur hâte d’avoir traversé ses dangers et de se déployer dans la sécurité relative de la plaine, l’armée de cachalots semblait se précipiter à travers le détroit, resserrant les ailes de son demi-cercle pour former une masse compacte toujours développée en forme de croissant.
Toutes voiles dehors, le Péquod les talonna et ses harponneurs, leurs armes à la main, poussaient des cris joyeux à l’avant de leurs pirogues suspendues encore à leurs potences. Ils n’en doutaient pas, si le vent ne faiblissait pas, cette armée ne s’élargirait dans les mers orientales que pour assister à la prise de quelques-uns d’entre eux. Et qui sait si, au sein de cette congrégation, Moby Dick lui-même ne se trouvait pas, pareil à l’éléphant blanc sacré des cortèges du couronnement au Siam! Aussi, bonnette sur bonnette, chassions-nous ces léviathans devant nous, lorsque la voix retentissante de Tashtego attira notre attention dans notre sillage.
Si un croissant avançait devant nous un autre nous suivait paraissant élever des souffles de vapeur blanche, jaillissant et retombant quelque peu comme ceux des baleines. Toutefois, ils n’étaient pas intermittents et restaient suspendus sans jamais disparaître. Achab virevolta prestement dans son trou de tarière, leva sa longue-vue et s’écria: «Ohé de la hune! Équipez les cartahus et les bailles pour mouiller les voiles. Les Malais sont à nos trousses!»
Comme si, en attendant que le Péquod fût fermement engagé dans le détroit, ils n’avaient que trop tardé derrière leurs promontoires, ces bandits asiatiques nous serraient maintenant de près pour rattraper le temps perdu à la prudence. Mais le rapide Péquod, vent arrière soufflant frais, livrait lui-même une chasse ardente, et ces philanthropes basanés étaient fort charitables de l’aiguillonner à coups d’éperons ou de cravache! Sa longue-vue sous le bras, Achab arpentait le pont, épiant à l’avant les monstres auxquels il livrait la chasse, à l’arrière les pirates sanguinaires qui la lui livraient à lui. Cette pensée avait dû lui venir! Tandis qu’il regardait les vertes parois du défilé marin que traversait le navire et songeait que c’était la porte ouvrant sur la route de sa vengeance, et qu’il s’y trouvait à la fois chassant et chassé vers son but meurtrier, et que, de plus, une bande impitoyable de pirates sauvages, de démons inhumains et mécréants lui hurlaient la salutation infernale de leurs malédictions, tandis que ces réflexions l’habitaient, elles avaient laissé marqué et farouche, le front d’Achab, semblable à la plage de sable noir corrodée par la marée d’une tempête mais que rien pourtant ne peut arracher à ses assises.
L’insouciance de la plupart des hommes n’était pas troublée par de pareilles considérations et quand le Péquod eut laissé loin, et toujours plus loin, derrière lui les pirates et la verdure éclatante de la pointe de Cockatoo du côté de Sumatra, quand il eut gagné les vastes eaux qui s’ouvraient au-delà, alors les harponneurs semblèrent regretter l’avance prise par les rapides cachalots plus que se réjouir de la victoire remportée sur les Malais. Mais enfin le navire, toujours dans le sillage des baleines, s’en rapprocha comme elles semblaient ralentir, et le vent tombant, l’ordre fut donné de mettre les pirogues à la mer. À peine la troupe eut-elle senti la présence des trois baleinières à leur poursuite, bien qu’elle fût à un mille encore, avertie par ce merveilleux instinct que l’on prête au cachalot, elle se regroupa en rangs serrés, bataillon dont les souffles étaient un faisceau étincelant de baïonnettes et qui accélérait sa marche.