Moby Dick
- Автор: Мелвилл Герман
- Язык: французский
- Жанр: Морские приключения
Электронная книга - «Moby Dick». Краткое содержание книги:
Faut-il présenter ce livre mythique, magnifique aventure, suspense prenant qui nous amène peu à peu à l'apocalypse finale, parabole chargée de thèmes universels et nouvelle Bible aux accents prophétiques.
N’y avait-il pas un autre moyen grâce auquel la baleine aurait pu déposer le prophète à si peu de distance de Ninive? Si. Elle a pu doubler le cap de Bonne-Espérance Mais, pour ne pas parler de la traversée de toute la Méditerranée que cela implique, ni celle du golfe Persique et de la mer Rouge, une telle supposition exigerait qu’une circumnavigation complète ait été accomplie en trois jours autour de l’Afrique, sans compter que, près de Ninive, les eaux du Tigre n’ont pas la profondeur voulue pour qu’y puisse nager une baleine. De plus, admettre que Jonas ait doublé le cap de Bonne-Espérance à une époque aussi reculée, frustrerait de l’honneur de sa découverte Barthélémy Diaz, le célèbre navigateur, et rendrait mensongère l’histoire moderne.
Mais tous ces arguments insensés du vieux Sag Harbor ne font que prouver son fol orgueil – d’autant plus répréhensible qu’il n’avait guère d’autre instruction que celle que lui avaient donnée le soleil et la mer. Je dis qu’ils prouvent seulement son orgueil stupide, impie, et sa révolte abominable et satanique contre le révéré clergé, Car, selon un prêtre catholique portugais, l’aventure de Jonas se rendant à Ninive par le cap de Bonne-Espérance, n’est qu’une image exaltant de tout ce miracle. Et ce fut bien cela. De plus, et jusqu’à ce jour, des Turcs remarquablement éclairés croient avec dévotion à l’historicité de l’aventure de Jonas. Il y a quelque trois cents ans, un voyageur anglais rapportait dans les Voyages de Harris que, dans une mosquée turque bâtie à l’honneur de Jonas, se trouvait une lampe miraculeuse qui brûlait sans huile.
CHAPITRE LXXXIV Le javelot
Si l’on graisse les essieux des voitures, c’est afin de leur donner plus d’aisance et de rapidité; dans un but à peu analogue, certains baleiniers soumettent leurs pirogues à un semblable traitement en graissant leurs quilles. Ce qui ne peut en rien leur nuire et comporte sans doute des avantages non négligeables si l’on tient compte du fait que l’huile et l’eau sont incompatibles, que l’huile est une matière glissante et que le but est de faire glisser bravement la baleinière. Queequeg croyait fermement à l’onction de sa pirogue et un matin, peu de temps après la disparition de la Vierge , il mit plus de soin que jamais à cet ouvrage et rampant sous la quille suspendue aux potences, il la frotta avec une application telle qu’on eût dit qu’il cherchait à faire pousser une toison de cheveux sur le crâne chauve de l’embarcation, semblant obéir à un pressentiment que les événements justifièrent.
Vers midi, des baleines furent signalées mais, dès que le navire eut amené sur elles, elles firent demi-tour et s’enfuirent précipitamment. Ce fut une débandade digne de celles des barges de Cléopâtre à Actium.
Toutefois les pirogues se lancèrent, celle de Stubb en tête. Après de pénibles efforts, Tashtego réussit enfin à planter un fer, mais la baleine piquée poursuivit sa fuite horizontale sans sonder, à une vitesse accrue. Une telle traction continue devait tôt ou tard arracher le dard. Il devenait urgent de l’attaquer à la lance si l’on ne voulait pas la perdre. L’aborder était impossible tant elle nageait rapidement et furieusement. Que faire dès lors?
De tous les merveilleux stratagèmes, tours d’adresse ou de prestidigitation et autres innombrables subtilités auxquels les vétérans de la pêche à la baleine sont souvent contraints d’avoir recours, nul n’égale la magnifique performance faite avec la lance que l’on appelle javelot. Aucun exercice à l’arme blanche ne le surpasse. Cet exploit n’est indispensable que dans le cas d’une baleine fuyant avec acharnement et la prouesse réside dans l’étonnante distance de laquelle est jetée, avec précision, la longue lance, depuis une pirogue emportée violemment, bondissant et roulant. La lance, fer et hampe, mesure en tout quelque dix ou douze pieds, cette hampe est beaucoup plus fine que celle du harpon et d’un bois plus léger, du pin. Elle est munie d’une estrope ténue, un grelin très long, permettant de la reprendre en main après l’avoir lancée.
Mais avant d’aller plus loin, il est important de le dire, si le harpon peut être jeté de la même manière que la lance, cette manœuvre est rarement pratiquée, et plus rarement encore couronnée de succès, à cause du poids plus grand et de la longueur du harpon comparés à celui de la lance et constituant un handicap sérieux. Aussi convient-il en général d’avoir harponné la baleine avant d’entreprendre un lancer au javelot.
Regardez Stubb à présent! C’est l’homme dont le sang-froid réfléchi et teinté d’humour, dont l’égalité d’humeur dans les situations les plus critiques, le désignaient pour exceller dans le lancer du javelot. Voyez-le, il se tient droit à l’avant secoué de sa pirogue en plein vol, enveloppé dans la laine de l’écume. La baleine qui le remorque est à quarante pieds devant lui. Manipulant légèrement la longue lance, il l’examine sur toute sa longueur pour vérifier qu’elle soit bien droite; tout en sifflotant, il tient la glène de grelin d’une main de manière à en assurer l’extrémité libre dans sa prise, laissant courir le reste. Puis, tenant la lance droit devant lui, au niveau de sa taille, il vise la baleine; cela fait, il en abaisse sans à-coups l’extrémité inférieure, élevant d’autant la pointe jusqu’à ce qu’enfin l’arme soit bien équilibrée sur sa paume, le fer dressé à quinze pieds en l’air. Il fait penser à un jongleur balançant une longue perche sur son menton. L’instant d’après, l’élan rapide et indicible est donné. Décrivant une courbe élevée et grandiose, l’acier brillant franchit la distance écumeuse et vibre enfin au centre vital de la baleine. Son souffle n’a plus son étincelante blancheur, un jet de sang fuse par son évent.
– Ça lui a ouvert la bonde! s’écria Stubb, c’est aujourd’hui l’immortel 4 juillet et le vin doit couler des fontaines! Dommage que ce ne puisse être du vieux whisky d’Orléans, ou du vieil Ohio, ou de l’ineffable vieux Monon-gahéla! Alors Tashtego, ami, je vous aurais invité à tenir sous ce jet un pichet et nous aurions bu en chœur! Oui, vraiment, mes jolis cœurs, nous aurions préparé un punch de choix dans le bol de cet évent et à cette coupe vivante nous aurions bu la vie!
Sans que Stubb interrompe son joyeux bavardage, le dard adroitement part et repart, la lance revenant chaque fois à son maître tel un lévrier tenu par une laisse habile. La haleine à l’agonie fleurit, on donne du mou à la touée, le lancier retournant à la poupe, joint les mains et regarde en silence mourir le monstre.