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Электронная книга - «La victoire d'Angélique». Краткое содержание книги:

La victoire d'Angélique
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Elle était tentée de le croire. Elle était prête à prendre le risque d'une illusion, d'un mirage. Mais chaque étape lui apparut insurmontable : Par où sortir ? Pourrait-elle monter sur le toit ? Mettre ses raquettes ? S'avancer dans la neige profonde ? Elle tomberait, mourrait seule...

Personne pour la secourir.

– Si je tombe, personne ne viendra... Les enfants mourront.

– Approchez.

La même voix étrangère l'adjurait :

– Approchez !

De ce lit où il gisait à demi assis, il lui faisait signe.

– Approchez ! Venez là !

Elle lui obéit, incertaine que cet ordre vînt de lui, méfiante de la folie qui semblait s'être emparée de ce demi-mort, et ne pouvant lui résister.

– Venez plus près !

Il tendait vers elle deux bras raidis qui avaient peine à se mouvoir et deux mains qui la saisissaient, pliaient sa volonté rétive. Que lui voulait-il ? Il l'obligeait à s'agenouiller près du lit. Et toujours avec cette énergie de fer contre laquelle sa faiblesse ne pouvait rien, il attirait sa tête contre son épaule, il l'y maintenait serrée.

Elle l'entendait parler au-dessus d'elle.

– Vous le pourrez ! Vous gagnez toujours ! Avec cet orignal, c'est de la viande jusqu'au printemps pour vous et vos enfants. Vous devez l'abattre... Vous le pourrez...

– Et si je le ratais ?...

– Vous ne le raterez pas. Ne dit-on pas que vous tirez si bien, Mme de Peyrac ? Mieux que n'importe quel arquebusier... Gagnez ! Gagnez encore, Mme de Peyrac. Vous avez été chef de guerre.

Soudain, elle se retrouva debout, harnachée de pied en cap, pénétrée d'une volonté farouche. Elle gagna la grande salle. Elle avait décidé de sortir par le galetas, sur la plate-forme. De là, elle pourrait tout d'abord se rendre compte s'il y avait vraiment, dans les parages du fort, un orignal, comme il l'affirmait.

La nuit était plus glaciale encore qu'elle ne l'avait appréhendé, mais claire par la magie d'une lune presque ronde et qui paraissait un friable coquillage de nacre, prêt à se briser sous l'effet du gel. Les étoiles petites et nombreuses givraient le firmament de traînées pâles, adoucissant le bleu velouté de la nuit. Sous la voûte céleste, tout était blanc ou noir. Blanche la plaine gelée, noirs les bouquets d'arbres, les forêts à la lisière desquelles d'impalpables traînées de brume semblaient capter en lumières fugaces les miroitements de la clarté lunaire. Le blizzard avait arraché la neige des arbres, d'où leurs silhouettes et leur masse obstinément ténébreuses.

Elle regarda autour d'elle, avide de surprendre, dans ce silence pétrifié, l'écho d'un pas, la mouvance d'une ombre. Rien ne bougeait. Ses yeux lui faisaient mal. Elle sentait sur ses cils fleurir de petits cristaux de glace.

Elle n'avait pas voulu le croire, mais maintenant qu'elle constatait l'inanité de son avertissement, elle s'apercevait, à sa déception, que l'espérance s'était emparée d'elle aussitôt.

Elle fit le tour de la plate-forme, jetant un regard vers tous les points de l'horizon. Si l'animal était passé près de la maison, elle aurait dû apercevoir ses traces. Mais la neige autour du fortin était d'un beau tapis blanc immaculé qui, depuis longtemps, n'avait retenu ni pas d'homme, ni galop de bête. Elle s'attacha à examiner le boqueteau le plus proche qui s'avançait comme une île sur une mer laiteuse.

Elle ne voulait pas abandonner sans avoir tout essayé, et envisagea de sauter par-dessus le rempart, qui se trouvait à une toise à peine du sol avec l'accumulation des neiges, pour aller débusquer ce gibier fantôme dans la forêt, s'il s'y trouvait. Ce fut à cet instant qu'elle discerna un remuement dans la zone d'ombre projetée en lisière du petit bois. Sortant précautionneusement de son abri, l'animal apparut. Sa silhouette semblait immense se détachant sur la neige. Il avançait à pas hésitants, humant l'air. Derrière lui, quelque chose bougea et un élan de plus petite taille vint à sa suite.

– Deux ! Ils sont deux ! Une femelle et son enfançon !

Elle commencerait par abattre l'adulte. On verrait ensuite à s'assurer l'autre prise.

Elle s'approcha du rebord de bois sur lequel elle comptait prendre appui.

Ce qui la picotait sur son visage, c'était des gouttes de sueur gelées. Sa langue était si sèche, sa soif était telle qu'elle attrapa une poignée de neige et la porta à sa bouche. La douleur lui fit un choc et en même temps du bien. Son esprit clarifié lui permettait de raisonner. Elle devait avoir des gestes lents, précis, et ne pas trembler.

Elle avait calculé qu'à cette distance elle avait encore une chance de l'atteindre. Mais voici, qu'alerté peut-être, l'animal s'ébroua et prit quelque distance, puis commença de courir.

Sur la neige dure, l'orignal s'éloignait comme à petit trot, et l'écho de ses sabots diminuant et s'étouffant, scandait la folle déception d'Angélique. Maintenant, elle ne pouvait plus le tirer de la plate-forme. C'était trop loin.

Le jeune, qui avait essayé de suivre la course de sa mère, marquait de l'hésitation et s'arrêtait : Elle décida de tenter le coup. Essayer au moins d'atteindre celui-là.

Soudain l'adulte revenait au galop... Angélique, qui s'apprêtait à changer de place pour mieux viser le jeune élan, ne comprit pas tout d'abord la direction prise par cette masse en mouvement, ombre noire sur le clair de lune. En la voyant grossir, elle réalisa que la bête se rapprochait, et promptement elle se mit en position au bord du créneau.

Lorsqu'elle épaula et posa le doigt sur la détente, elle sentit que ce doigt au repos avait adhéré contre une plaque d'acier et qu'elle y laissait, en le relevant, un lambeau de chair. Elle perçut à peine la blessure. La douleur n'était rien dans un moment si crucial.

Elle souhaitait laisser l'animal s'approcher le plus près possible, puisqu'il semblait lancé comme un boulet vers le poste.

Mais, le voyant ralentir sa course, puis s'arrêter et humer l'air, tournant de droite et de gauche un profil goitreux au long museau caprin, elle ne voulut pas risquer de le voir repartir dans une autre direction et tira.

Elle avait visé, en rassemblant toutes ses facultés de vision, de précision, d'instinct, visant au garrot pour atteindre le cœur, car elle craignait que la tête petite et mouvante ne présentât une cible moins sûre.

Lorsqu'elle regarda dans le fracas des échos du coup de feu répété de façon infinie jusqu'aux derniers sommets courbes des monts Appalaches, l'animal était toujours debout.

En hâte elle rechargea, ne sachant avec quels doigts elle pouvait accomplir les gestes nécessaires car elle ne les sentait plus.

Mais comme, tremblante d'impatience et d'anxiété, elle relevait l'arme pour viser à nouveau, elle ne vit plus l'orignal. À sa place il y avait un monticule noir sur la surface blafarde de l'étendue neigeuse. L'enfançon s'était enfui et réfugié sous le couvert du petit bois.

La bête était tombée foudroyée. Seule, la poussée de son corps pesant, répartie sur quatre pattes aux sabots élastiques, d'assiette large et préhensible comme des ventouses, l'avait maintenue debout quelques secondes après sa mort. Puis elle s'abattait lourdement.

Une sorte d'ivresse de joie envahit Angélique devant l'effet d'une victoire si totale, et si pleine d'assurance de vie plus enivrante encore. Au-delà du corps de la bête tuée, c'était l'hiver vaincu.

Elle dégringola les degrés des échelles du galetas, traversa pièces et couloirs sans toucher terre.

– Je l'ai eu ! Je l'ai eu !

Elle se jeta au pied du lit, riant et sanglotant, et serrant dans ses bras le corps de son mort-vivant.

– Je l'ai eu ! Je l'ai eu ! Oh ! Mon cher Père, merci. Nous sommes sauvés ! Nous sommes sauvés !

– Avez-vous ramené la bête ?

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