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READ-E-BOOK » Фэнтези » Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]
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Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]

Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, la planète géante, règne Lord Valentin le Coronal, qui, naguère jongleur, a retrouvé son trône, mais conservé un corps d’emprunt. Ces faits de haute chronique ont été relatés dans Le château de Lord Valentin.
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
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— Le pense-t-il maintenant ? demanda Hissune.

— Non, lord Hissune. Il croit qu’elle est loin d’être perdue. Il est sur le point de lâcher de nouvelles créatures contre vous, et de nouvelles maladies, et il a le sentiment qu’il est au bord de la victoire.

— Alors pourquoi tuer la Danipiur ?

— Pour assurer sa victoire.

— C’est de la folie !

— C’est aussi mon avis, monseigneur.

Les yeux d’Aarisiim étaient grands ouverts et brillaient d’une étrange lueur dure.

— Il la considère évidemment comme une dangereuse rivale qui affectionne plus la paix que la guerre, reprit-il. Si elle disparaît, son pouvoir n’est plus menacé. Mais il y a bien pire que cela. Il veut l’immoler sur l’autel – pour offrir son sang aux rois des eaux afin qu’ils continuent à le soutenir. Il a fait construire un temple d’après le modèle de celui qui était à la Vieille Velalisier. Il mettra lui-même la Danipiur sur la table de pierre et la tuera de ses propres mains.

— Quand cela doit-il avoir lieu ?

— Cette nuit, monseigneur. À l’Heure du Haigus.

— Cette nuit ?

— Oui, monseigneur. Je suis venu aussi vite que j’ai pu, mais votre armée était très nombreuse et je craignais d’être tué si je ne trouvais pas vos gardes avant d’être découvert par vos soldats – je serais bien venu vous voir hier ou avant-hier, mais c’était impossible, je ne pouvais pas le faire…

— Combien de jours de voyage y a-t-il d’ici à la Nouvelle Velalisier ?

— Peut-être quatre, peut-être trois en faisant très vite.

— Alors la Danipiur est perdue ! s’écria Hissune avec colère.

— S’il ne l’immole pas cette nuit…

— Vous avez dit que c’était pour cette nuit.

— Oui, les lunes sont propices, les étoiles sont propices – mais si sa résolution flanche, s’il change d’avis au dernier moment…

— Celui lui arrive-t-il souvent ? demanda Hissune.

— Jamais, monseigneur.

— Alors nous ne pourrons pas y arriver à temps.

— Non, monseigneur, dit Aarisiim avec tristesse.

Hissune tourna les yeux vers le bouquet de dwikkas, l’air maussade. La Danipiur morte ? Cela ne laissait aucun espoir de parvenir à un accord avec les Changeformes : elle était la seule, selon lui, à pouvoir tempérer la fureur des rebelles et à permettre la négociation d’un compromis. Sans elle, ce serait nécessairement une lutte à mort.

— Où se trouve le Pontife en ce moment ? demanda Hissune à Alsimir.

— À l’ouest de Khyntor. Peut-être est-il déjà arrivé à Dulorn mais il est certainement dans la vallée.

— Pouvons-nous lui envoyer un message là-bas ?

— Les communications nous reliant à cette région sont très incertaines, monseigneur.

— Je sais. Je veux que tu trouves le moyen de lui faire parvenir cette nouvelle dans les deux heures qui viennent. Essaie tout ce qui peut marcher. Recours aux sorciers. Recours aux prières. Envoie un message à la Dame pour qu’elle essaie les rêves. Tous les moyens imaginables, Alsimir, tu comprends ? Il faut qu’il sache que Faraataa a l’intention de tuer la Danipiur cette nuit. Fais-le lui savoir d’une façon ou d’une autre. Et dis-lui qu’il est le seul à pouvoir la sauver.

7

Valentin songea qu’en plus de la dent de Maazmoorn, il allait avoir besoin du bandeau de la Dame. Il ne devait pas y avoir de ratés dans la transmission, pas de distorsion du message ; il utiliserait tous les moyens à sa disposition.

— Reste près de moi, dit-il à Carabella.

Puis il se tourna vers Deliamber, Tisana et Sleet.

— Entourez-moi, dit-il. Quand je projetterai mon esprit, prenez ma main. Ne dites rien ; serrez-moi seulement la main.

C’était une belle matinée ensoleillée. L’air était vif, pur et doux comme un nectar d’alabandina. Mais à Piurifayne, beaucoup plus à l’est, la nuit commençait déjà à descendre.

Il ceignit son front du bandeau. Il serra la dent du roi des eaux. Il respira profondément l’air pur et doux jusqu’à ce que sa tête commence à tourner.

Maazmoorn ?

L’appel jaillit de Valentin avec une telle force que ceux qui l’entouraient durent percevoir une secousse. Sleet tressaillit, Carabella porta la main à ses oreilles et les tentacules de Deliamber se tortillèrent brusquement.

Maazmoorn ? Maazmoorn ?

Le bruit des cloches. Les mouvements pesants d’un corps gigantesque dans les froides eaux septentrionales. Les bruissements des grandes ailes noires.

— J’entends, frère Valentin.

— Aidez-moi, Maazmoorn.

— Vous aider ? Mais comment ?

— Laissez-moi parcourir la planète sur votre esprit.

— Alors venez sur moi, frère roi, frère Valentin.

C’était d’une merveilleuse facilité. Valentin se sentit devenir léger. Il prit son essor et se mit à flotter, à voler. Au-dessous de lui s’étirait la grande courbe de la planète qui se fondait dans la nuit à l’orient. Le roi des eaux le transportait sans effort, sereinement, comme un géant pouvait porter un chaton dans la paume de sa main. Et ils survolaient la planète qui s’ouvrait totalement à Valentin. Il avait l’impression que Majipoor et lui ne faisaient plus qu’un, qu’il incarnait les vingt milliards d’habitants, humains et Skandars, Hjorts et Métamorphes et tous les autres qui circulaient en lui comme les globules de son sang. Il était partout à la fois ; il était tous les chagrins du monde et toutes les joies, tous les désirs du monde et tous les besoins. Il était tout. Il était un univers bouillonnant de contradictions et de conflits. Il sentait la chaleur du désert, la pluie tiède des tropiques et le froid des cimes. Il riait, pleurait, mourait et aimait, il mangeait, buvait, dansait, se battait et chevauchait à une allure folle au milieu de collines inconnues, il travaillait dans les champs et se frayait un chemin dans les jungles aux lianes enchevêtrées. Dans les océans de son âme d’énormes dragons de mer remontaient à la surface, émettaient de monstrueux rugissements et replongeaient dans les profondeurs. Il voyait sous lui les cassures de la planète, les fractures de l’écorce qui s’était soulevée et avait éclaté ; et il comprenait comment la cicatriser, comment lui rendre son unité et sa sérénité. Car tout tendait vers la sérénité. Tout était englobé dans Ce Qui Est. Tout participait d’une vaste harmonie ininterrompue.

Mais dans cette vaste harmonie il percevait une discordance.

Un hurlement, un grincement, un cri aigu qui déchirait le tissu de la planète comme un couteau, laissant derrière lui une trace sanglante, brisant l’unité.

Valentin savait que même cette discordance était un aspect de Ce Qui Est. Mais dans sa folie, agitée, tumultueuse, grondante, elle était le seul aspect de Ce Qui Est qui refusait d’accepter Ce Qui Est. C’était une force puissante qui hurlait un non véhément à tout le reste. Elle s’élevait contre ceux qui voulaient rétablir l’harmonie, réparer le tissu, reconstituer l’amitié.

— Faraataa ?

— Qui êtes-vous ?

— Je suis le Pontife Valentin.

— Valentin le niais. Valentin l’enfant.

— Non, Faraataa. Valentin le Pontife.

— Cela ne signifie rien pour moi. Je suis le Roi Qui Est !

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