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Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]

Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, la planète géante, règne Lord Valentin le Coronal, qui, naguère jongleur, a retrouvé son trône, mais conservé un corps d’emprunt. Ces faits de haute chronique ont été relatés dans Le château de Lord Valentin.
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
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— Ce n’est pas de colère qu’il s’agit, frère Valentin. Ce que vos chasseurs nous infligent est naturel. Cela fait partie de la vie ; c’est un aspect de Ce Qui Est. Comme moi, comme vous. Nous louons Ce Qui Est dans toutes ses manifestations. Vous nous tuez quand nous longeons la côte de ce que vous appelez Zimroel et vous vous servez de nous ; parfois nous vous tuons sur vos bateaux, quand cela nous semble opportun, et nous nous servons de vous ; tout cela fait partie de Ce Qui Est. Un jour, le peuple Piurivar a immolé quelques-uns d’entre nous dans sa cité de pierre morte aujourd’hui, ils ont cru commettre un crime monstrueux et ont détruit leur propre ville pour l’expier. Mais ils n’ont rien compris. Aucun de vous, enfants de la terre ne comprend que tout n’est que Ce Qui Est.

— Et si nous résistons aux Piurivars qui provoquent le chaos chez nous ? Avons-nous tort de le faire ? Devons-nous accepter calmement notre sort, parce que c’est aussi Ce Qui Est ?

— Votre résistance est également Ce Qui Est, frère Valentin.

— Votre philosophie n’a pas de sens pour moi, Maazmoorn.

— Vous n’avez pas à y trouver un sens, frère Valentin. Mais c’est aussi Ce Qui Est.

Valentin se tut de nouveau, un peu plus longtemps cette fois, mais il veilla à maintenir le contact.

— Je veux mettre un terme à cette époque de destruction. Je veux préserver ce que nous, habitants de Majipoor, avons compris comme Ce Qui Est.

— Bien sûr.

— Je veux que vous m’aidiez.

6

— Nous avons capturé un Changeforme qui prétend être porteur d’un message urgent pour vous, et vous seul, monseigneur, dit Alsimir.

— Crois-tu que ce soit un espion ? demanda Hissune en fronçant les sourcils.

— Très probablement, monseigneur.

— Ou même un assassin.

— Il ne faut bien entendu jamais négliger cette possibilité. Mais je crois qu’il n’est pas venu pour cela. Je sais que c’est un Changeforme, monseigneur, et nous pouvons faire des erreurs de jugement, pourtant j’étais parmi ceux qui l’ont interrogé. Il paraît sincère. Je dis : il paraît.

— Un Changeforme sincère ! dit Hissune en éclatant de rire. N’ont-ils pas envoyé un espion voyager dans l’entourage de lord Valentin ?

— C’est ce qu’on m’a dit. Que dois-je faire de lui alors ?

— Amène-le moi.

— Et s’il prépare un mauvais coup ?

— Il faudra être plus rapide que lui, Alsimir. Mais amène-le ici.

Hissune savait que c’était risqué. Mais on ne pouvait pas renvoyer quelqu’un qui assurait être un messager de l’ennemi, ni le mettre à mort sur le champ sur de simples soupçons de traîtrise. Il reconnut que ce serait intéressant de voir enfin un Métamorphe, après tant de semaines passées à parcourir cette jungle humide. Durant tout ce temps, ils n’en avaient pas rencontré un, pas un seul.

Il avait établi son camp juste au bord d’un groupe de dwikkas géants, à la lisière orientale de Piurifayne, pas très loin des berges de la Steiche. Les dwikkas étaient très impressionnants – ils étaient d’une taille étonnamment grande avec des troncs aussi larges qu’une maison, une écorce d’un rouge vif fendue par de profondes crevasses et des feuilles si larges que vingt hommes pouvaient s’abriter sous l’une d’elles pendant une pluie torrentielle, et d’énormes fruits grumeleux gros comme un flotteur contenant une pulpe euphorisante. Mais les merveilles botaniques étaient une piètre compensation pour la monotonie de cette interminable marche forcée à travers la forêt tropicale Métamorphe. Il pleuvait constamment ; l’humidité et la moisissure s’attaquaient à tout et même à l’esprit, songeait parfois Hissune. Bien que l’armée fût maintenant déployée sur une ligne de plus de cent cinquante kilomètres et que l’agglomération Métamorphe d’Avendroyne fût censée se trouver tout près du milieu de cette ligne, ils n’avaient vu aucune ville, aucun signe d’anciennes villes, aucune trace de routes d’évacuation et aucun Métamorphe. Comme si c’étaient des êtres mythologiques et cette jungle inhabitée.

Hissune savait que Divvis rencontrait les mêmes difficultés à l’autre extrémité de Piurifayne. Les Métamorphes n’étaient pas nombreux et leurs agglomérations semblaient transportables. Ils devaient voleter d’un endroit à l’autre comme les insectes nocturnes aux ailes diaphanes. Ou bien ils se déguisaient en arbres et en buissons, restant silencieux et étouffant leur rire sur le passage des armées du Coronal. Ces immenses dwikkas sont peut-être des éclaireurs Métamorphes, songea Hissune. Parlons à l’espion, ou au messager, ou à l’assassin, ou quoi qu’il soit : il nous apprendra peut-être quelque chose ou à tout le moins il nous divertira.

Alsimir revint au bout d’un moment avec le prisonnier sous bonne garde.

C’était, comme les rares Piurivars qu’Hissune avait déjà vus, un être à l’aspect étrangement déroutant, extrêmement grand, mince au point d’en paraître fluet, il portait en tout et pour tout une bande de cuir qui lui ceignait les reins. Il avait la peau et les fines mèches élastiques de ses cheveux d’une curieuse teinte vert pâle et son visage était pratiquement dépourvu de traits. Les lèvres étaient presque inexistantes, le nez réduit à un léger renflement et les yeux très écartés à peine visibles sous les paupières. Il avait l’air mal à l’aise et ne semblait pas particulièrement dangereux. Hissune aurait tout de même souhaité avoir à ses côtés quelqu’un possédant le don de lire dans les esprits, un Deliamber, une Tisana ou Valentin lui-même, pour qui les secrets d’autrui semblaient souvent ne pas être de véritables secrets. Ce Métamorphe avait peut-être encore quelque désagréable surprise en tête.

— Qui êtes-vous ? lui demanda Hissune.

— Je m’appelle Aarisiim. Je sers le Roi Qui Est que vous connaissez sous le nom de Faraataa.

— Est-ce lui qui vous a envoyé ?

— Non, lord Hissune. Il ignore ma présence ici.

Le Métamorphe se mit brusquement à trembler, agité d’étranges convulsions, et pendant un instant la forme de son corps parut changer et flotter. Les gardes du Coronal s’avancèrent immédiatement, s’interposant entre le Métamorphe et Hissune au cas où ces mouvements seraient le prélude d’une attaque. Mais Aarisiim retrouva son contrôle et reprit sa forme.

— Je suis venu ici pour trahir Faraataa, dit-il à voix basse.

— Avez-vous l’intention de nous conduire à sa cachette ? demanda Hissune, stupéfait.

— Oui.

C’est trop beau pour être vrai, songea Hissune en jetant un coup d’œil à la ronde, à Alsimir, à Stimion et à ses autres proches conseillers. Manifestement ils partageaient son impression : ils semblaient sceptiques, sur la défensive, hostiles, méfiants.

— Pourquoi faites-vous cela ?

— Il a enfreint la loi.

— C’est seulement maintenant que vous vous en apercevez ; cette rébellion dure depuis…

— Je veux dire qu’il a enfreint nos principes, monseigneur, pas les vôtres.

— Ah. Qu’a-t-il donc fait ?

— Il est allé à Ilirivoyne et a enlevé la Danipiur qu’il a l’intention de tuer. Il est illégal de s’emparer de la personne de la Danipiur. Il est illégal de lui ôter la vie. Il n’a voulu écouter aucun conseil. Il l’a enlevée. À ma grande honte j’étais parmi ceux qui l’accompagnaient. J’ai cru qu’il voulait simplement la faire prisonnière pour qu’elle ne puisse pas contracter contre nous une alliance avec Ceux Qui Ne Changent Pas. Il disait qu’il ne la tuerait pas, à moins qu’il ne pense que la guerre était entièrement perdue.

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