Le vicomte de Bragelonne Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: les trois mousquetaires #3
- Год: 11
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome IV». Краткое содержание книги:
Il apprit que le roi, depuis quinze jours, était sombre; que la reine mère était malade et fort accablée; que Monsieur, frère du roi, tournait à la dévotion; que Madame avait des vapeurs, et que M. de Guiche était parti pour une de ses terres.
Il apprit que M. Colbert était rayonnant que M. Fouquet consultait tous les jours un nouveau médecin, qui ne le guérissait point, et que sa principale maladie n’était pas de celles que les médecins guérissent, sinon les médecins politiques.
Le roi, dit-on à d’Artagnan, faisait à M. Fouquet la plus tendre mine, et ne le quittait plus d’une semelle; mais le surintendant, touché au cœur comme ces beaux arbres qu’un ver a piqués, dépérissait malgré le sourire royal, ce soleil des arbres de cour.
D’Artagnan apprit que Mlle de La Vallière était devenue indispensable au roi; que le prince, durant ses chasses, s’il ne l’emmenait point, lui écrivait plusieurs fois, non plus des vers, mais, ce qui était bien pis, de la prose, et par pages.
Aussi voyait-on le premier roi du monde, comme disait la pléiade poétique d’alors, descendre de cheval d’une ardeur sans seconde, et, sur la forme de son chapeau, crayonner des phrases en phébus, que M. de Saint-Aignan, aide de camp à perpétuité, portait à La Vallière, au risque de crever ses chevaux.
Pendant ce temps les daims et les faisans prenaient leurs ébats, chassés si mollement, que, disait-on, l’art de la vénerie courait risque de dégénérer à la Cour de France.
D’Artagnan alors pensa aux recommandations du pauvre Raoul, à cette lettre de désespoir destinée à une femme qui passait sa vie à espérer, et, comme d’Artagnan aimait à philosopher, il résolut de profiter de l’absence du roi pour entretenir un moment Mlle de La Vallière.
C’était chose aisée: Louise, pendant la chasse royale, se promenait avec quelques dames dans une galerie du Palais-Royal, où précisément le capitaine des mousquetaires avait quelques gardes à inspecter.
D’Artagnan ne doutait pas que, s’il pouvait entamer la conversation sur Raoul, Louise ne lui donnât quelque sujet d’écrire une bonne lettre au pauvre exilé; or, l’espoir, ou du moins la consolation pour Raoul, en une disposition du cœur comme celle où nous l’avons vu, c’était le soleil, c’était la vie de deux hommes qui étaient bien chers à notre capitaine.
Il s’achemina donc vers l’endroit où il savait trouver Mlle de La Vallière.
D’Artagnan trouva La Vallière fort entourée. Dans son apparente solitude, la favorite du roi recevait, comme une reine, plus que la reine peut-être, un hommage dont Madame avait été si fière, alors que tous les regards du roi étaient pour elle et commandaient tous les regards des courtisans.
D’Artagnan, qui n’était pas un muguet, ne recevait pourtant que caresses et gentillesses des dames; il était poli comme un brave, et sa réputation terrible lui avait concilié autant d’amitié chez les hommes que d’admiration chez les femmes.
Aussi, en le voyant entrer, les filles d’honneur lui adressèrent-elles la parole. Elles débutèrent par des questions.
Où avait-il été? Qu’était-il devenu? Pourquoi ne l’avait-on pas vu faire, avec son beau cheval, toutes ces belles voltes qui émerveillaient les curieux au balcon du roi?
Il répliqua qu’il arrivait du pays des oranges.
Ces demoiselles se mirent à rire. On était au temps où tout le monde voyageait, et où, pourtant, un voyage de cent lieues était un problème résolu souvent par la mort.
– Du pays des oranges? s’écria Mlle de Tonnay-Charente; de l’Espagne?
– Eh! eh! fit le mousquetaire.
– De Malte? dit Montalais.
– Ma foi! vous approchez, mesdemoiselles.
– C’est d’une île? demanda La Vallière.
– Mademoiselle, dit d’Artagnan, je ne veux pas vous faire chercher: c’est du pays où M. de Beaufort s’embarque à l’heure qu’il est pour passer en Alger.
– Avez-vous vu l’armée? demandèrent plusieurs belliqueuses.
– Comme je vous vois, répliqua d’Artagnan.
– Et la flotte?
– J’ai tout vu.
– Avons-nous des amis par-là? fit Mlle de Tonnay-Charente froidement, mais de manière à attirer l’attention sur ce mot, d’une portée calculée.
– Mais, répliqua d’Artagnan, nous avons M. de La Guillotière, M. de Mouchy, M. de Bragelonne.
La Vallière pâlit.
– M. de Bragelonne? s’écria la perfide Athénaïs. Eh quoi! il est parti en guerre… lui?
Montalais lui marcha sur le pied, mais vainement.
– Savez-vous mon idée? continua-t-elle sans pitié en s’adressant à d’Artagnan.
– Non, mademoiselle, et je voudrais bien la savoir.
– Mon idée, c’est que tous les hommes qui vont faire cette guerre sont des désespérés que l’amour a traités mal, et qui vont chercher des Noires moins cruelles que ne l’étaient les Blanches.
Quelques dames se mirent à rire; La Vallière perdait son maintien; Montalais toussait à réveiller un mort.
– Mademoiselle, interrompit d’Artagnan, vous faites erreur quand vous parlez des femmes noires de Djidgelli; les femmes, là-bas, ne sont pas noires; il est vrai qu’elles ne sont pas blanches: elles sont jaunes.
– Jaunes!
– Eh! n’en dites pas de mal; je n’ai jamais vu de plus belle couleur à marier avec des yeux noirs et une bouche de corail.
– Tant mieux pour M. de Bragelonne! fit Mlle de Tonnay-Charente avec insistance, il se dédommagera, le pauvre garçon.
Il se fit un profond silence sur ces paroles.
D’Artagnan eut le temps de réfléchir que les femmes, ces douces colombes, se traitent entre elles beaucoup plus cruellement que les tigres et les ours.
Ce n’était pas assez pour Athénaïs d’avoir fait pâlir La Vallière; elle voulut la faire rougir.
Reprenant la conversation sans mesure:
– Savez-vous, Louise, dit-elle, que vous voilà un gros péché sur la conscience!
– Quel péché, mademoiselle? balbutia l’infortunée en cherchant un appui autour d’elle sans le trouver.
– Eh! mais, poursuivit Athénaïs, ce garçon vous était fiancé. Il vous aimait. Vous l’avez repoussé.
– C’est un droit qu’on a quand on est honnête femme, reprit Montalais d’un air précieux. Lorsqu’on sait ne devoir pas faire le bonheur d’un homme, mieux vaut le repousser.
Louise ne put pas comprendre si elle devait un blâme ou un remerciement à celle qui la défendait ainsi.
– Repousser! repousser! c’est fort bon, dit Athénaïs, mais là n’est pas le péché que Mlle de La Vallière aurait à se reprocher. Le vrai péché, c’est d’envoyer ce pauvre Bragelonne à la guerre; à la guerre, où l’on trouve la mort.
Louise passa une main sur son front glacé.
– Et s’il meurt, continua l’impitoyable, vous l’aurez tué: voilà le péché.
Louise, à demi morte elle-même, vint en chancelant prendre le bras du capitaine des mousquetaires, dont le visage trahissait une émotion inaccoutumée.
– Vous aviez à me parler, monsieur d’Artagnan, dit-elle d’une voix altérée par la colère et la douleur. Qu’aviez-vous à me dire?