Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » История » Histoire de la Russie et de son empire
Histoire de la Russie et de son empire - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Histoire de la Russie et de son empire

Электронная книга - «Histoire de la Russie et de son empire». Краткое содержание книги:

Fruit de plus de dix ans de travail, ce maître-livre raconte la riche et grande histoire de la Russie, des origines à la fin de l’URSS, en passant par l’établissement d’une autocratie impérialiste assise sur la force de l’orthodoxie et d’un nationalisme conquérant. Un classique dont l’ampleur et l’intelligence se conjuguent avec un rare bonheur d’écriture, ici présenté dans une édition entièrement revue et augmentée d’une préface inédite de Marie-Pierre Rey.
Michel Heller (1922-1997), né en Biélorussie, a été arrêté, puis déporté durant six ans, avant d’émigrer en Pologne, puis en France, où il a notamment enseigné l’histoire et la littérature soviétiques à l’université Paris-IV-Sorbonne.
1 ... 95 96 97 98 99 100 101 102 103 ... 376
Перейти на страницу:

3 Les imposteurs

Maintes fois tué, maintes fois ressurgi

J’ai gouverné vingt ans le pays de mes pères,

Mon règne fut glorieux sur la Moscovie

Et jamais la terre de Russie

Ne connut années plus sanglantes.

Maximilian VOLOCHINE.

Dmetrius imperator, 1591-1613.

Dans le livre qu’il consacre aux Faux-Dmitri, Prosper Mérimée fait remarquer : « Les révolutions, comme les maladies, s’annoncent par un malaise vague dont on ne comprend l’importance que lorsqu’on en a vu les suites1. » Une sorte de rumeur souterraine se répand à travers l’État moscovite après l’élection de Boris, qui s’amplifie au fur et à mesure que s’accroît le mécontentement de toutes les couches de la population. Une paix de vingt ans a été signée avec la Pologne. La guerre de Livonie a pris fin. Vaincu aux portes de Moscou, le khan de Crimée est aux prises avec les incursions cosaques. Boris Godounov s’attache à développer les relations commerciales et d’autres contacts avec l’Occident. Aux yeux de certains historiens, il apparaît comme un « occidentaliste », précurseur de Pierre le Grand. « Aucun des précédents tsars moscovites ne montra la bienveillance que témoigna Boris aux étrangers », note Kostomarov2. Les marchands allemands, naguère venus des villes de Livonie s’établir dans la Rus, obtiennent de larges privilèges, certains ont même une franchise pour le commerce avec l’étranger ; ayant prêté serment, ils peuvent circuler librement à travers le pays et même en quitter les limites. Un régiment particulier est créé, formé de deux mille mercenaires, allemands, grecs, suédois, polonais. Le capitaine Margeret compte parmi ses commandants. On autorise l’ouverture d’un temple protestant dans le Faubourg des Allemands (Nemietskaïa sloboda), quartier de la capitale réservé aux étrangers. Boris cherche en outre à marier sa fille Xenia à un prince étranger. Il invite d’abord à Moscou le prince suédois Gustave, fils exilé d’Éric XIV qui a été déposé. Il lui octroie Kalouga en domaine patrimonial, mais le Suédois refuse de se convertir à l’orthodoxie et de se séparer de la maîtresse qui l’accompagne. Le duc Jean de Danemark accepte, lui, toutes les conditions requises, mais il meurt subitement, foudroyé par une maladie (on rend Boris responsable de ce décès).

Les contemporains rapportent que Boris encourage la suppression des barbes (à la manière occidentale). Toutefois, la manifestation la plus inattendue de l’intérêt que le tsar porte à l’Occident est l’envoi à l’étranger, à des fins d’instruction, d’un groupe de « garçons de Russie », des jeunes nobles. On en ignore le nombre exact. Sergueï Platonov parle de dix-huit (répartis par groupes de six en Angleterre, en France et en Allemagne), James Billington de trente3. Les historiens s’accordent en revanche sur le fait que tous (sauf, peut-être, deux) restent en Occident. Le résultat de cette expérience audacieuse et manquée est sans doute l’instauration définitive (jusqu’à Pierre le Grand) de cette règle dont parle Grigori Kotochikhine : « On n’envoie pas ses enfants dans les autres États pour s’y instruire et y connaître les mœurs étrangères ; on craint en effet que, familiarisés avec les croyances et les usages de ces États et ayant goûté à la bienheureuse liberté, ils ne s’avisent de renier leur foi pour en adopter d’autres, et ne se soucient point de retrouver leurs maisons et leurs familles, qu’ils n’y songent même pas4. »

La famine est le catalyseur de tous les mouvements qui, après la mort d’Ivan IV, ébranlent les fondements de la Moscovie. Elle se déclare en 1601 et dure trois ans. En 1602, les gens meurent par milliers et dizaines de milliers. Rien qu’à Moscou, rapporte Jacques Margeret, on compte cent vingt mille victimes5. Le gouvernement fait de son mieux, mais l’ampleur de la catastrophe, l’immensité du territoire où sévit la famine sont telles que tous les efforts restent vains. On ne peut ni acheter ni recevoir de blé. Il n’est plus qu’une solution : le pillage.

Les bandes pillardes se déchaînent à travers la Russie et arrivent aux portes de Moscou. En août 1603, une véritable bataille oppose, sous les murs de la capitale, les « pillards » dirigés par Khlopko Kossolap, et les troupes du tsar placées sous le commandement de Basmanov, célèbre chef militaire du Terrible. Le voïevode périt au cours de ce combat acharné, Khlopko est fait prisonnier et pendu, son armée défaite et dispersée.

Jusqu’à une date très récente, les historiens soviétiques interprétaient unanimement le Temps des Troubles comme une époque de « révoltes antiféodales de masse », une guerre paysanne. Khlopko Kossolap y apparaissait donc comme le chef des insurgés, le leader d’un mouvement populaire6. R. Skrynnikov, l’un des meilleurs spécialistes de cette époque, écrit : « Les documents officiels visaient à discréditer les manifestations de la base, les qualifiant de “menées de bandits”7. » Il ne peut ignorer, bien sûr, que tous les historiens « prémarxistes » parlaient aussi de pillards et de bandits, en décrivant les événements du Temps des Troubles. Ainsi S. Platonov évoque-t-il la « bande pillarde du “sage” Khlopko », et il signale qu’après la défaite, les « pillards se débandèrent8 ». R. Skrynnikov publie sa biographie de Boris Godounov, dont est extraite la citation ci-dessus, en 1978. Dix ans plus tard, dans une biographie de Grigori Otrepiev, l’historien se permet d’émettre quelques doutes : « Peut-on vraiment voir dans les “manifestations” des bandits une lutte des masses opprimées contre le féodalisme ? » interroge Skrynnikov9. Et il en vient à la conclusion qu’il est « difficile de délimiter la frontière entre les pillages de bandits et les émeutes de miséreux affamés ». Il songe alors aux révoltes de 1602-1603.

En soulignant le caractère « antiféodal » des mouvements armés du Temps des Troubles, les historiens soviétiques entérinent d’abord la théorie contestable de l’existence du féodalisme en Russie, confirmant par là même la justesse de la doctrine marxiste sur le sens de l’histoire ; ils trouvent en outre les ancêtres dont les bolcheviks ont besoin. Parallèlement, les historiens insistent sur l’importance de la Saint-Georges, période d’une semaine pendant laquelle, nous l’avons dit, les paysans pouvaient passer d’un maître à l’autre. En 1601, année désastreuse sur le plan des récoltes et premier signal d’alarme, Boris Godounov restaure la Saint-Georges, mais en ajoutant de nombreuses restrictions à la loi. Il ne tarde pas toutefois – dès 1603 – à revenir sur sa propre décision et abolit définitivement ce système. La possibilité de changer de propriétaire donnait au paysan une impression de liberté, tout en limitant l’arbitraire du seigneur. La disparition de la Saint-Georges signifie l’asservissement complet des paysans, réduits en esclavage. Il ne leur reste qu’une issue vers la liberté : la fuite vers le sud et le dikoïé polié.

1 ... 95 96 97 98 99 100 101 102 103 ... 376
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)